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281 projects, most recent first. Page 3 of 5.

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2021

POLECOWW2 — Economie politique historique de la seconde guerre mondiale en France

L’objectif de ce projet interdisciplinaire est d’étudier les conséquences socio-démographiques, économiques et politiques de la seconde guerre mondiale en France. Pour ce faire, nous utiliserons des données historiques et en utilisant les méthodes de l’économie et de la science politique. Ce projet considère les effets de la guerre à court, moyen et long terme à travers trois principales dimensions : occupation étrangère et violences internes, réactions des élites et changements institutionnels durant le conflit, et, finalement, guerre internationale de libération. Selon la littérature traitant des conflits ayant lieu principalement dans des contextes différents de la France, il apparait que les conflits peuvent affecter le capital humain, le capital économique, le capital social, la confiance dans les institutions ainsi que la confiance interpersonnelle, la légitimité des décideurs publics, et enfin les inégalités entre les hommes et les femmes. Afin d’étudier empiriquement de possibles effets de cette nature de la Seconde Guerre Mondiale en France, le projet s’appuie sur une collecte originale de données venant de multiples sources et permettant de mesurer l’intensité des trois principales dimensions du conflit. Les variations géographiques dans l’intensité du conflit au niveau local seront ensuite confrontées à des mesures socio-économiques et politiques. En complément des études monographiques et qualitatives, le projet doit permettre d’élargir nos connaissances des effets de cette guerre et d’offrir un matériel empirique novateur à l’économie politique historique. Pour ce faire, le projet considère la Seconde Guerre Mondiale à différentes échelles géographiques et temporelles afin de mesurer son impact sur les inégalités au sein des territoires et entre territoires. Au-delà de ces variations géographiques et temporelles, le projet s’intéressera aux inégalités dans leur ensemble, qu’elles soient générationnelles ou de genre.

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2021

CONTER — Conflits territoriaux sur les fronts d’expansion agricole (Amazonie brésilienne) : violences, expulsions et domination politique

Les régions d’expansion agricole en Amazonie brésilienne se caractérisent par des conflits pour le contrôle de l’espace et des ressources naturelles qui approfondissant les inégalités sociales, la ségrégation économique, et la soumission des populations pauvres rurales et des minorités ethniques aux groupes dominants. Plus que d’une somme de conflits individuels, il s’agit de configurations socio-économiques et institutionnelles permettant à certains groupes de faire appel à l’intimidation, à la violence physique, voire à l’assassinat. À partir de cas ethnographiques minutieusement documentés et d’analyses spatiales et juridiques, le projet transdisciplinaire explicitera les mécanismes institutionnels et économiques à œuvre, montrera comment ces derniers contribuent à recomposer les rapports sociaux dans l’espace et analysera les reconfigurations politiques des mobilisations sociales.

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2021

VERELECT — La fabrique de la vérité électorale. Controverses nationales et circulations internationales

Ce projet a pour objectif d’analyser, dans une perspective comparée et transnationale, la construction de « la vérité électorale » » comme un accord publiquement exprimé sur les règles de la compétition politique et partant, l’acceptation des résultats des élections. En effet, les dénonciations de fraudes sont au cœur de la compétition politique dans de nombreux pays et les questionnements sur la validité des scrutins au cœur de légitimité démocratique : malgré le rôle croissant d’experts navigant d’ONG en organisations internationales, et alors même que les élections n’ont jamais été aussi technicisées et contrôlées, elles apparaissent de plus en plus contestées. Ce paradoxe est au cœur de l’intrigue théorique de ce projet. Notre questionnement comparatif sera abordé depuis des terrains à conflictualité de long court (États-Unis, Mexique, Kenya) et des terrains à conflictualité plus récente (Égypte, Turquie, Ouganda). Un accent sera aussi mis sur la circulation de normes. Notre première hypothèse découle de ce paradoxe : selon des logiques tantôt de coopération, tantôt de concurrence, les multiples acteurs participant à l’organisation et au contrôle des élections – partis, bureaucraties électorales, experts nationaux et internationaux, juges – contribuent souvent à mettre en doute la robustesse des résultats. Se considérant comme les « gardiens de la démocratie », ils se constituent en professionnels de la dénonciation de la déviance électorale. Ils sont également porteurs de visions concurrentes – techniques et morales - de ce qu’est une « bonne élection ». Ce faisant, ces multiples acteurs contribuent à saper la crédibilité de l’élection à travers la remise en cause permanente de ce mécanisme essentiel de légitimation démocratique. La seconde hypothèse porte sur la circulation de normes et de pratiques en matière électorale : certains pays à conflictualité électorale longue ont été parties prenantes de la construction d’un milieu d’experts internationaux – c’est par exemple le cas du Mexique. Par ailleurs, certaines technologies électorales (identification biométrique, e-vote, machines à voter, transmission électronique des résultats…) sont développées et commercialisées par des entreprises privées et étrangères, et donc soumises à des logiques marchandes et de transaction parfois corruptive. S’articulent ainsi des logiques de circulation et de diffusion répondant à divers investissements, qui placent la question de la matérialité électorale au cœur de l’expertise démocratique internationale. La construction sociale de la « transparence électorale » est alors au cœur d’un débat technologique et expert, porté par des intérêts divers. A rebours de cette hyper professionnalisation de l’acte électoral, la troisième hypothèse renvoie à une forme de vernacularisation de l’élection : des groupes affinitaires, mais aussi des groupes porteurs d’intérêts divers faisant du marketing ciblé (targeting politique), se saisissent des enjeux électoraux, alimentent des controverses, et parfois produisent des vérités alternatives et les diffusent largement, notamment sur les réseaux sociaux. Ces contestations et la production de ces vérités alternatives ne se font pas uniquement selon des logiques partisanes, mais répondent à des logiques souvent plus complexes, qui constitueront l’un des axes d’investigation du projet.

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2021

EGALITES-Covid — Étude de la gestion et des apprentissages dans la lutte contre l'infection et la transmission du virus en squats de la Covid-19

En s’appuyant sur des approches théoriques et méthodologiques issues de l’anthropologie et de la sociologie, et à travers un cadre d’analyse empruntant également aux sciences politiques, ce projet de recherche interdisciplinaire propose d’analyser les effets de la COVID-19 sur des populations habitant en squats de pauvreté. Notre objectif est de documenter les pratiques mises en place par les occupant.es de ces lieux (collectifs ou familiaux) illégaux pendant la période de pandémie pour se protéger et protéger les autres de la contamination et d’appréhender l’appropriation différentielle, multiforme et diachronique des mesures sanitaires parmi cette population précaire, très majoritairement migrante. Cette enquête de terrain aura pour but principal 1) de retracer les trajectoires de soins de personnes contaminées ou « cas contacts » pendant les différentes étapes de l’urgence sanitaire (premier confinement, période de couvre-feu, deuxième confinement) et d’analyser, en leur sein, les formes de socialisation en santé dans leur permanence ou leur recomposition, 2) de mieux appréhender le rôle des pouvoirs publics, des associations humanitaires et des collectifs militants dans le soutien et la prise en charge socio-sanitaire de ces populations vivant en squats (transmission d’informations médicales, mise en place de protocoles sanitaires, prise en charge des cas de contamination etc.). Il est important de mener cette enquête alors que l’épidémie est encore active, afin de récolter des données fiables et précises à travers des observations et des entretiens. Compte tenu de la période de déroulement de l’enquête, l’étude s’intéressera également aux discours et aux pratiques autour de la vaccination et de son accessibilité pour les personnes éligibles habitant dans ces lieux.

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2021

DigiByzSeal — Révéler le potentiel méconnu des sceaux : nouvelles méthodologies pour la recherche historique dans le domaine des études byzantines

Les études byzantines, dédiées à l'empire chrétien médiéval d'Orient dont Constantinople fut la capitale (4e–15e siècle), sont nées des efforts conjoints de chercheurs français et allemands. Au regard du monde occidental, Byzance souffre d'un déficit de sources documentaires que peuvent seuls pallier les sceaux originellement appendus aux documents. Conservés en grand nombre, ils offrent une manne d’informations, objet des recherches en sigillographie. Leur dispersion et l'absence de normes unifiées pour leur publication ont néanmoins entravé l'exploitation de leur potentiel pour les études byzantines. Ce projet franco-allemand se donne pour but de mettre à profit les nouveaux outils et compétences numériques pour pallier cette situation et entamer une transformation de la sigillographie byzantine à même d’entraîner un renouvellement de nos connaissances. Le cœur du projet consiste en l'édition scientifique et la publication de quatre collections majeures, rassemblant environ 4000 sceaux, qui feront l'objet d'une analyse historique et sigillographique approfondie : chaque sceau sera étudié en tant qu'objet spécifique, au moyen d'une édition individuelle, tandis qu'un certain nombre d'études historiques thématiques sera mené sur l'ensemble de ce corpus. L'encodage de ces collections s’appuiera sur le travail déjà effectué par l'équipe pour développer un standard pour les sceaux (SigiDoc), qui sera testé en fonction des exigences spécifiques de chacune des quatre collections. L'édition des sceaux sera renouvelée et enrichie grâce à l'utilisation de la Reflectance Transformation Imaging (RTI), à la mise à profit d'informations externes – telles que les géodonnées – et à l'intégration de chaque sceau aux autres ressources numériques sous forme de Linked Open Data. Enfin, un portail sigillographique centralisé sera développé et testé pour permettre l’exploration de ces collections. Le projet répondra au problème de la pérennité des ressources numériques de deux manières : par l’hébergement conjoint des ressources produites par la Très Grande Infrastructure de Recherche (TGIR) Huma-Num et le Data Center for the Humanities (DCH – Cologne), qui fait partie de la Nationale Forschungsdateninfrastruktur (NFDI), et, plus important encore, par le développement de la circulation des connaissances. Nous travaillerons avec les conservateurs pour leur permettre de gérer et d'enrichir leurs fonds, ainsi que de toucher un public plus large. Le projet entend former chercheurs, conservateurs et étudiants à l’utilisation des outils développés, pour les mettre dans les conditions de mener leurs propres recherches et créer leurs propres publications, également disponibles à travers le portail sigillographique centralisé. Ainsi, ces nouveaux outils et compétences contribueront au renouvellement des études byzantines.

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2021

KONSCHEL — Analyse d’une constellation franco-allemande Max Scheler digital

L’intérêt renouvelé pour la philosophie de Max Scheler dans les dernières années est porté par une réévaluation de sa contribution à la théorie de l’intersubjectivité, à la philosophie des sentiments et à la théorie des valeurs. Beaucoup de nouvelles interprétations ne considèrent cependant pas Scheler comme un penseur isolé, mais le comprennent comme un acteur important de l’histoire des débuts du mouvement phénoménologique, une nébuleuse qu’on ne peut comprendre qu’en terme de constellation. Nous souhaitons mettre en évidence le rôle des auteurs française dans cette constellation. Scheler était en contact avec de nombreux auteurs français, et en a reçu des impulsions décisives. Par ailleurs son œuvre a eu un impact important en France et y a joué un rôle central dans l’établissement de la phénoménologie. Comment expliquer cet impact ? Pour comprendre comment la phénoménologie et arrivée en France, Il faut sans doute prendre en compte l’aura de Scheler en tant qu’intellectuel dans l’espace public, et sa capacité à réfléchir de façon critique sur son époque. Le but de ce projet est de renforcer la coopération franco-allemande autour de la pensée de Scheler, non seulement parce que sa réception est particulièrement forte dans ces deux pays mais aussi parce nous considérons que cet auteur s’inscrit dans une constellation franco-allemande. Cette recherche en termes de constellation intellectuelle permet d’établir un lien avec le projet éditorial associé à cette recherche. L’idée centrale de la théorie des constellations est la thèse selon laquelle ne une école de pensée peut se comprendre que dans sa relation avec d’autres paradigmes. Pour notre problématique, cela signifie : 1. Que nous devons reconstruire l’environnement intellectuel des textes de Scheler, en prenant en compte des matériaux qui n’ont pas été assez considérés : les lettres, les conférences, les cours (pris en note par des étudiants), les réseaux intellectuels autour des revues dans lesquelles Scheler a publié. 2. De nombreuses traces importantes de ces constellations se trouvent dans des matériaux non publiés (qui se trouvent dans le fonds Scheler à Munich). 3. L’analyse des constellations ne vise pas seulement à replacer l’auteur d’un texte dans son contexte, mais aussi à retracer l’évolution de sa pensée dans ce contexte. Dans le cas de Scheler, qui n’a cessé de retravailler et de compléter ses textes, cette évolution peut être analysée à partir des modifications successives apportées à ces textes. On peut donc dire que l’édition historico-critique de textes est la condition même d’une recherche en termes de constellation, et c’est la raison pour laquelle nous projetons de construire une base de données. Cette base de données sera également un premier pas pour sortir d’une situation éditoriale désastreuse, car l’édition imprimée dont nous disposons actuellement pose de nombreux problèmes. Cette base de données sera accessible sur une page web en open access.

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2021

ELEMENT — Un saut européen? L'histoire de la politique européenne de l'environnement (1980-2000)

A European Leap? The History of EC/EU Environmental Policy, 1980–2000 (ELEMENT) étudie le renforcement de la politique de l'environnement de la Communauté Européenne (CE) puis de l'Union Européenne (UE). Aujourd'hui, de nombreuses études estiment que l'UE a une influence dans ce champ qui dépasse celle des états, et qui en fait un leader à l'echelle internationale (Bradford 2020; Hadjiyianni 2019). Ce projet entend tester cette affirmation et expliquer ce renforcement apparent. Pour cela, ELEMENT veut évaluer 1) comment les politiques européennes de l'environnement se sont imposées par rapport à celles des Etats; 2) comment leur technique de gouvernance ont changé, et si cela a signifié le développement d'une approche plus "néolibérale", plus souple avec les pollueurs; 3) si la CE/UE est effectivement devenue un leader international dans ce champ, tant en comparaison avec les autres organisations internationales (OI) qu'avec les Etats-Unis, qui étaient auparavant parfois considérés comme un leader. ELEMENT vise à dépasser la séparation entre trois champs de recherches: 1) l'histoire de l'intégration européenne; 2) l'histoire environnementale et 3) la recherche en science sociales sur les politiques européennes de l'environnement. Ces trois champs sont rarement analysés de concert pour la période 1980-2000, cruciale pour le renforcement de ce domaine de politique publique. ELEMENT les met en relation à travers des concepts communs et des recherches nouvelles fondées sur des sources primaires. Pour cela, une équipe franco-allemande de sept personnes est constituée. Les deux coordinateurs ont une grande expérience de coopération internationale et dans l'histoire des politiques économiques et sociales européennes, y compris, dans une certaine mesure, dans le domaine environnemental. L'équipe inclut aussi Christophe Bonneuil, un expert dans l'histoire de l'environnement, des sciences et des technologies. 4 doctorants vont travailler sur 4 sujets complémentaires (taxe carbone et émissions automobiles à Paris; pollution de l'eau et "verdissement" de la PAC à Munich). Le conseil scientifique est composé de spécialistes de politiques européennes de l'environnement (en histoire et en sciences sociales) et de spécialistes d'autres pays européens, afin de compléter l'expertise de l'équipe de coeur. La valeur-ajoutée franco-allemande est double: 1) ELEMENT vise à dépasser les frontières entre trois domaines historiographiques; 2) le projet vise à créer un groupe franco-allemand servant de base pour des recherches internationales plus larges. L'équipe franco-allemande adopte une approche intégrée, avec des réunions régulières, des voyages communs aux archives, des publications et des évènements de valorisation communs. ELEMENT vise à produire une recherche sur un sujet d'actualité crucial, tout en encourageant la coopération internationale et interdisciplinaire à la croisée de plusieurs domaines de recherche qui dialoguent encore assez peu entre eux.

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2021

DITES — La DImension TErritoriale de la crise Sanitaire

Dans les travaux scientifiques ainsi que dans les arrangements politiques, la résilience est devenue un qualificatif incontournable pour décrire la capacité de résistance des libanais aux différentes crises qui ont impacté le Liban. Peu d’études se sont attachées à activer la dimension territoriale de ces crises, en particulier la crise sanitaire. Pourtant c’est bien dans les déploiements territoriaux multiscalaires que se jouent les dynamiques socio-économiques et que s’impose la mise en place d’un système de gestion des risques efficace et durable. Le projet DITES se saisit de la question de la résilience dans une approche systémique pour saisir tous les échelons de la gouvernance, de l’Etat aux citoyens. Il a pour objectif de réévaluer et de proposer des modalités de coopération entre les échelons territoriaux pour définir des modes de gouvernance qui permettraient d’anticiper et de s’adapter aux différentes crises. La gouvernance est ici appréhendée par les rôles et les responsabilités des acteurs à différentes échelles d’action, étatiques ou non-étatiques, aux niveaux nationaux et locaux et participant à assurer le bon déroulement, la continuité et la pérennité des activités. Pour ce faire, DITES initie une identification inédite des mobilités qui s’effectuent entre les territoires, qui ont perduré ou émergé pendant la pandémie. DITES défrichera aussi les politiques publiques dans la mise en place d’associations et de réseaux entre les territoires. DITES ambitionne ainsi de saisir les partenariats complexes de la gouvernance étatique avec celle des pratiques ordinaires, entre normes publiques et leur accommodation avec les autres acteurs (municipalités et société civile) pour davantage d’efficience et de légitimité au quotidien. C’est bien le rôle des aménageurs, géographes, architectes et urbanistes d’alerter sur les enjeux de la prise en compte des fonctionnements des territoires pour mieux comprendre les faits en période de crises. Ces professionnels sont les plus à même de proposer des modes de gouvernance inclusifs afin que les recommandations préconisées par les élus soient au plus proches du terrain et conduisent à une plus grande adhésion des populations aux mesures mises en œuvre. Un document-guide sera élaboré pour proposer un plan d’action pour des villes et des territoires résilients.

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2021

MA4SURE — Agroécosystèmes Méditerranéens pour la Durabilité et la Résilience dans le cadre du Changement Climatique

Contexte général La sécheresse et la chaleur sont des stress abiotiques majeurs qui réduisent la productivité des cultures et compromettent la sécurité alimentaire en Méditerranée dans le contexte des impacts croissants du changement climatique (CC). Les pratiques d'agroforesterie (AF) contribuent à renforcer la résilience grâce à la conservation de la biodiversité (BD) et à la diversité des moyens de subsistance, en apportant également des avantages économiques. L’agriculture mixte (AM) peut réduire les engrais and autres apports chimiques et fournir davantage de services écosystémiques (SE). Les systèmes AF/AM combinés augmentent la complexité des agroécosystèmes (AE), ce qui nécessite de créer concepts de gestion innovants. Objectifs L’objectif global est de caractériser des systèmes AF/AM durables et rentables, résilients et adaptables au CC. Les objectifs spécifiques sont: 1) évaluer la viabilité et la reproductibilité de systèmes AF/AM efficaces et résilient qui sont climatiquement intelligents; 2) examiner des scénarios capables de soutenir la productivité des cultures et des plantes ligneuses tout en améliorant la qualité du sol, les chaînes de valeur et les infrastructures vertes en tant que fournisseurs de SE; 3) fournir des solutions efficaces pour assurer le plus haut niveau de performance et de diffusion des AF/AM à l’échelle de la l'exploitation et du paysage dans les scénarios de CC actuels et futurs; 4) améliorer les ES grâce à une gestion intégrée des terres et du bétail qui contribue à l'atténuation de gaz à effet de serre (GES) et à l'adaptation au CC; 5) développer de nouvelles synergies entre les unités de production agricole pour éviter les gaspillages, réduire la surutilisation et la pollution de l’eau et compenser les émissions de GES; 6) promouvoir une approche socioéconomique inclusive de la AF/AM pour assurer des avantages sociaux et économiques égaux; 7) renforcer la capacité des décideurs à formuler des politiques à plus long terme pour restaurer et améliorer les AE. Méthode Notre approche transdisciplinaire et multi-acteurs intègre une implication précoce comme partenaires du projet des parties prenantes et des utilisateurs finaux dans le développement du projet, des méthodes et du cadre. Nous combinons l’approche conceptuel AF/AM de la FAO avec une évaluation socio-économique. Les partenariats multisectoriels prévus permettent d'aborder l'évaluation biophysique du système polyculturel qui fournit des services et des avantages à la société, et l'évaluation économique finale de ces systèmes. Pertinence Les systèmes AF/AM sont plus résistants que la plupart des méthodes de production agricole actuelles. En combinant des plantes vivaces ligneuses avec du fourrage et des cultures vivrières, les zones arides et semi-arides peuvent produire des aliments pour la consommation humaine, du fourrage pour le bétail et contribuer aux besoins énergétiques des ménages. Par conséquent, les technologies AF/AM sont importantes pour contrôler la désertification et améliorer les systèmes de production dans les zones arides, et sont un outil clé pour atténuer les CC.

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2021

COVPATH — Coviability Path, a new framework to sustainably link mankind and biosphere

Socio-ecological coviability is defined as human/nature interdependence resulting from interactions between human and non-human systems based on mutual sustainability (Barrière et al., 2019). The CovPath project proposes to implement this concept of socio-ecological coviability with a bottom-up approach, starting from local actors. It defines a paradigm for a new trajectory of sustainability under the concept of One Health. Therefore, the CovPath project will further advance the concept of coviability by involving the local actors (populations, managers, decisionmakers...) and consequently will enable an empirical understanding of the concept. Ultimately, the outcomes will serve as basis to develop a framework for a concrete implementation. Work on coviability has been federated between numerous disciplines in the humanities, ecological and mathematical sciences collectively. Coviability lies at the heart of the interrelationships of the Sustainable Development Goals, particularly those relating to SDG2, SDG3, SDG13, SDG15, SDG17. The network CovPath will rely on a broad representativeness of case studies starting from UNESCO designated biosphere reserves, which are model regions for sustainable development. Of the six reserves located on four continents, the research focus on an endogenous definition (from within for social acceptance) and an empirical approach to the pathway to socio-ecological coviability to prepare a guide on human/non-human interactions defining coviability. From there, the objective is to lay the foundations for extrapolation perspectives of this new trajectory of sustainability: on the one hand, by formalizing a methodology for the co-constructed and participative implementation of this trajectory and, on the other hand, by moving forward coviability modeling elements for the sustainable management and the resilience of social-ecological systems.

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2021

ADDEME — Appropriation Des Discours scientifiques Et Médiation en santé En quartier populaire

Comment les personnes résidant sur le territoire français accèdent-elles aux informations de santé publique depuis le début de la pandémie de Covid-19 ? Comment des personnes aux ressources matérielles, technologiques et culturelles différenciées s’approprient-elles ces informations et adaptent-elles leur mode de vie ? Comment la médiation scientifique en santé est-elle organisée dans les quartiers populaires ? Les réponses à ces questions sont essentielles pour la gestion de la crise. Mais les grandes enquêtes menées par Internet depuis le début de la crise sanitaire y apportent des réponses limitées dans la mesure où elles ne touchent qu’une partie de la population et laissent de côté les personnes les plus démunies, qui sont aussi les plus exposées au risque de contamination. En s’appuyant sur trois enquêtes qualitatives qui mettent en valeur la diversité des modalités de réception des informations de santé dans la population ; les difficultés propres à l’appropriation des recommandations sanitaires dans les squats et les spécificités d’un dispositif de médiation en santé en quartier populaire, nous analysons des formes plurielles de réception de la communication en santé par différents publics en fonction de leurs conditions matérielles, de leurs caractéristiques sociales, de leurs rapports aux normes de santé et à l’autorité publique. Associant les ressources de la philosophie sociale et de la philosophie des sciences avec les analyses menées sur ces terrains par des sociologues et anthropologues, ce projet permet d’évaluer comment circule la parole scientifique dans une société en crise et structurée par des inégalités.

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2020

SESAME — évolution paléocologique sociale et culturelle des premiers peuplement en Amérique du sud

Comprendre la chronologie et les schémas des premiers peuplements des Amériques ne peuvent s’entendre sans étudier les relations entre les populations passées et leur environnement. S’adapter, se déplacer, voire disparaître en réponse aux fluctuations climatiques sont les réactions attendues. Afin de caractériser ces différents scénarios, SESAME propose de se concentrer sur le nord-est du Brésiloù la présence humaine est attestée depuis au moins 40,000 ans. En reconstruisant les variations climatiques et environnementales passées NE Brésil et en révélant l’identité culturelle et technologique des sociétés passées, SESAME ambitionne de lever le voile sur l’évolution des relations entre les hommes et leur environnement, à travers le Pléistocène et l'Holocène. Cette reconstruction paléoécologique humaine permettra, de façon compréhensive, de formuler des hypothèses sur les voies potentielles de diffusion et d'implantation intracontinentales. Elles découleront du modèle du NE Brésil et de la recontextualisation des données archéologiques de la littérature dans un schéma paléoclimatique à l’échelle du continent.

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2020

H2C — Chaleur et Santé en Ville

La prévention des risques liés à la chaleur et la qualité de l’air (QA) est un enjeu de santé publique en ville. Adapter les mesures de prévention repose sur une compréhension des variations infra-urbaines de l'exposition à la chaleur et à la pollution atmosphérique en été, et du lien avec la mortalité et la morbidité. Cela implique de bien prévoir les conditions de température et QA en ville (par un meilleur traitement dans les modèles actuels des interactions complexes entre couvertures urbaines et phénomènes météorologiques locaux et par de nouvelles observations), et d'intégrer l'effet d'îlot de chaleur urbain (ICU) dans les études épidémiologiques. Le projet H2C aborde cette question par une approche interdisciplinaire, la finalité étant d'améliorer les services climatiques urbains pour soutenir les politiques de prévention de la chaleur, avec la région parisienne comme cas d'étude. Cela repose sur plusieurs objectifs scientifiques : 1) Mieux comprendre les impacts des couvertures urbaines sur l'ICU, le confort thermique, la météorologie locale et la QA. 2) Renforcer la synergie entre modélisation et observations multi-sources pour l'étude des phénomènes environnementaux, et pour l'estimation de l'exposition infra-urbaine à la chaleur et à la pollution, et des risques sanitaires associés. 3) Développer des informations utiles à l'action décisionnelle, en termes d'évaluation de l'ICU, de conséquences sur l'exposition extérieure/intérieure, et de prévention des impacts sur la santé. Pour répondre à ces objectifs, le consortium associe huit instituts couvrant des expertises diverses : chercheurs en physique de l'atmosphère, météorologie et climatologie urbaine, et chimie atmosphérique (modélisation numérique et méthodes expérimentales), en sciences et techniques du bâtiment, en épidémiologie, et acteurs institutionnels du monde de l'aménagement urbain, de l'environnement et de la santé. Le premier volet sera dédié à un état des lieux des connaissances actuelles sur le climat urbain de la région parisienne, et les rétroactions sur la météorologie et la QA à l'échelle locale. Il s'appuiera sur les observations disponibles et des configurations de modélisation à des résolutions spatiales et temporelles différentes, de l'étude climatologique sur l'Ile-de-France à l'échelle évènementielle sur Paris. Ce travail alimentera le deuxième volet consacré à l'étude épidémiologique visant à évaluer l'influence des indicateurs météorologiques et de pollution atmosphérique sur la mortalité et la morbidité, en croisant statistiquement de longues séries de paramètres d'exposition et de données sanitaires à l'échelle de la commune et des arrondissements. Un large volet expérimental sera aussi mené tout au long du projet pour renforcer les systèmes d'observation en combinant des mesures long terme et une campagne intensive durant l'été 2022. Une analyse croisée des données de sources multiples permettra des études de processus avancées et une évaluation fine des modèles. Les résultats de ces trois volets contribueront au développement d'un prototype de chaîne de modélisation de la prévision urbaine à l'échelle hectométrique sur la région parisienne pour la météorologie, la QA, le confort thermique intérieur et l'exposition à la chaleur. En particulier, on cherchera à faire le lien entre microclimat extérieur et conditions de confort dans l'espace intérieur, par une modélisation thermo-aéraulique de bâtiments "sensibles aux risques canicules". A l'issue de ces travaux, un dernier volet visera l'implémentation d'un outil d'information et de prise de décision pour la gestion des risques et la promotion de l'adaptation et de la prévention. Il pourra intervenir à court terme (lors de fortes chaleurs) pour accompagner le plan canicule en aidant à l'allocation de ressources ou à la conception de stratégies d'adaptation locales, et à long terme pour fournir des recommandations pour les documents relatifs à l'urbanisme, la santé et l'environnement.

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2020

AFFINITE — Analyse et Formalisation des Interactions Familiales avec les politiques de Transport et Energie

AFFINITE vise à analyser et mesurer les interactions entre individus, familles, parties prenantes et État dans le cadre des politiques environnementales et sanitaires. Les objectifs environnementaux sont considérés au sens large et incluent les enjeux liés au COVID-19 à court terme (télétravail, réduction de la congestion dans les transports publics), mais aussi la pollution atmosphérique locale (particules, oxyde d’azote, ozone) et les émissions de gaz à effet de serre au niveau des ménages et des usagers des transports. Les politiques environnementales, au sens large affectent le choix modal (transports en commun, modes doux ou voiture), le type d'énergie utilisée pour les voitures (électrique ou fossile) et la consommation d'énergie pour le chauffage. Les effets à plus long terme affectent aussi la relocalisation des ménages en lien avec le lieu de travail, l'adaptation des bâtiments en lien avec opportunités d'énergies renouvelables et l'offre de logements durables. Ces mécanismes seront insérés dans notre modèle LUTI. L'accent est mis sur l'environnement urbain (80% des Français vivent en milieu urbain). Ce qui distingue cette proposition de recherche au niveau de l’évaluation des politiques publiques est l'intégration du processus décisionnel intra-ménage. Ce processus s'appuie sur l’appariement, ainsi que sur les processus de négociation entre les conjoints pour déterminer les choix résidentiels, de qualité du logement, d’emplois et de modes de déplacement. Notre approche présente deux avantages. Elle permet une évaluation plus fine des politiques publiques et une étude des effets redistributifs au sein des ménages. Ces derniers sont aussi importants pour évaluer les effets du genre et de la distribution intergénérationnelle. L'objectif final est de construire un outil pour évaluer l'impact des différentes politiques environnementales et sanitaires relatives à la réduction du nombre de déplacements, au choix modal, à l'utilisation de véhicules plus propres ainsi qu'à la localisation des activités économiques ou au choix de logements plus respectueux de l'environnement. Nous procédons en trois étapes. Tout d'abord, nous construisons un cadre intégré pour traiter de manière cohérente les arbres de décision des individus et des ménages (choix du lieu de travail, de la résidence et des mouvements pendulaires). L'hétérogénéité des marchés immobiliers locaux sera aussi modélisée et utilisée dans un modèle d’équilibre simplifié. Ensuite, nous estimons un modèle utilisant pour l'Ile-de-France, de nouvelles données désagrégées / agrégées relatives aux comportements au sein de la famille (choix d'emploi, de résidence, modal) et les comportements du secteur immobilier relatifs à l'offre de logements. Enfin, nous complétons les éléments du modèle validés empiriquement par d’autres contributions de la littérature qui conduiront à une évaluation plus complète des impacts de politiques urbaines sur le bien-être, l'environnement, l'énergie et les transports. Dans cette évaluation, les décideurs ajustent leur comportement à court terme (choix de mode), moyen terme (choix de logements et d'emplois, consommation d'énergie des maisons) et à long terme (investissement immobilier et achat/utilisation d’une automobile). Notre cadre global permettra d'étudier les impacts agrégés de la congestion, de la pollution, des risques pour la santé et de l'énergie et évaluera les impacts des politiques publiques sur l'équité et le bien-être au sein de la famille. Ce projet ambitieux est proposé par un consortium à fort potentiel qui possède un excellent dossier de recherche dans le domaine de la prise de décision intrafamiliales, dans l'analyse empirique des décisions de mobilité et d’utilisation des terrains. Il enrichira un modèle de simulation LUTI pour analyser les interactions entre transport et développement urbain d'utilisation du sol.

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2020

ACTIMOD — Pour une histoire sociale de l’actionnariat en France à l’époque moderne

Le financement des entreprises par les actions marque l’époque moderne, et touche des secteurs entiers de l’économie. Les premières sociétés par actions s’inspirent au début du XVIIe siècle en France des modèles venus d’Angleterre et des Provinces-Unies. Le projet ACTIMOD est un projet d’histoire sociale qui grâce à une base de données sur les actionnaires identifiés participant aux différentes sociétés doit permettre de voir les caractéristiques sociales et culturelles de l’actionnariat en France et son évolution, et de mettre en évidence un groupe d’investisseurs actifs qui pèse sur les choix économiques et politiques de l’Etat et annonce les groupes d’influence de l’époque contemporaine. Ils sont une des clés de la compréhension des mutations économiques qui se produisent à la fin de la période moderne.

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2020

ProVirCap — Professionnel·les de la vertu du capitalisme: la responsabilité sociale des entreprises saisie par ses managers

L’institutionnalisation des dispositifs signalant la vertu des entreprises, ordinairement placés sous le label de la « Responsabilité Sociale des Entreprises », est une dimension centrale des mutations actuelles du capitalisme. Alors que la RSE est le plus souvent étudiée sous l’angle des discours et des instruments, ce projet offre une perspective inédite sur le « capitalisme responsable » en partant de l’étude ses managers, de leurs activités de travail et de leur milieux professionnels. En plaçant le regard sur les professionnel·les de la RSE, le programme de recherche ProVirCap poursuit une triple ambition théorique : 1/ éclairer la recomposition des frontières entre marché, État et société civile ; 2/ comprendre les reconfigurations du professionnalisme dans les entreprises globalisées ; 3/ saisir la manière dont les hiérarchies de genre travaillent la face vertueuse du capitalisme. Porté par un consortium de neuf chercheur·es reconnu·es pour leurs travaux sur différents champs associés à la RSE, le projet se nourrit du croisement de plusieurs perspectives d’analyse : sociologies du travail, des professions, de l’économie et des organisations, sociologie politique, sciences de gestion et études sur le genre. Le protocole d’enquête articule méthodes qualitatives (entretiens, observations) et quantitatives (webscraping de CV, enquête par questionnaire), et repose sur un double regard comparatif : entre sous-champs managériaux associés à la RSE (développement durable, investissement responsable, diversité et qualité de vie au travail, droits humains, mécénat, éthique) et entre cas nationaux (France, États-Unis, Espagne). Le dialogue étroit avec un comité d’expert·es international et interdisciplinaire viendra renforcer l’inscription du projet dans le champ transnational d’analyse du capitalisme responsable. La diffusion des résultats auprès des professionnel·les du secteur, au-delà du monde scientifique, permettra de promouvoir l’apport des sciences sociales dans un champ particulièrement réceptif aux échanges avec le monde académique, contribuant ainsi à alimenter les réflexions autour de la transformation du capitalisme – une question qui, dans le contexte de la crise du Covid-19, apparaît encore plus cruciale pour les sociétés contemporaines.

ANR

2020

ReTourS — Géopolitiques du patrimoine, économies du retour, imaginaires du tourisme

Alors que la question de la restitution des collections africaines fait polémique en France et en Europe, le programme comparatif, diachronique et multiscalaire ReTours vise à déplacer l’enquête 1) de l’Occident aux pays africains concernés, 2) des questions de restitution aux problématiques du retour, 3) de la vision muséo-centrée aux rôles des diasporas et du tourisme, 4) des instances et autorités officielles du patrimoine aux lieux, récits et transmissions considérés comme marginaux, secondaires ou officieux. Inscrit dans la temporalité des restitutions telle que préconisée par le rapport Sarr-Savoy, ReTours est un programme novateur tant dans ses objectifs de recherche critiques que par ses méthodes d’enquêtes et ses coopérations culturelles. Constitué d’un consortium international et pluridisciplinaire de 14 chercheurs, ReTours travaillera à partir du Bénin, du Cameroun, du Mali et du Sénégal et sur leurs diasporas. L’objectif du programme ReTours est de saisir des enjeux politiques, les rôles économiques, les usages sociaux du retour. Il s’organise à partir de trois axes qui sont autant de manières de désigner les objets : 1) Géopolitique du patrimoine, autour des mobilisations pour ou contre la restitution des “oeuvres”, 2) Économies du retour et imaginaires du tourisme, à propos des dispositifs d’accueil notamment touristiques des “pièces muséales” ; 3) Appropriations et resocialisations autour des mémoires sociales, de l’agency des “choses” revenues, des transformations des significations et des créations contemporaines. Le programme ReTours se propose ainsi de travailler selon les méthodes inspirées de l’anthropologie collaborative et de la recherche-action, qui impliquent une réflexivité attentive à la fois aux enjeux de pouvoirs et aux risques d’enclicage. Des ateliers intermédiaires associeront les acteurs du retour et de l’accueil (autorités traditionnelles, institutions culturelles, artistes, associations partenaires associés). En termes de résultats, ReTours croisera enquêtes de terrain, d’archives et numériques pour proposer des cartographies des mobilisations, des réseaux et des objets, des analyses comparées et multisituées, des biographies sociale d’objets, des analyses d’interventions artistiques. ReTours s’engage dans un ambitieux programme de conférences, de publications et de séminaires, propres ou co-conçus avec d’autres programmes de recherche internationaux. L’impact scientifique majeur attendu de ReTours est le changement du paradigme des recherches sur la circulation des collections et leurs appropriations : de nouvelles connaissances, mais aussi de nouvelles manières de faire de la recherche, avec des enquêtes collectives, réflexives et attentives aux effets d'asymétrie liées au statut, au genre et à l’origine. ReTours répond aux objectifs de recherche de l’axe “Culture, créations patrimoine”, en travaillant à de véritables coopérations culturelles avec un grand nombre de partenaires institutionnels, muséaux, culturels et artistiques associés au programme : expositions virtuelles, applications numériques, catalogues, outils pédagogiques, etc. En termes de retombées sociales et économiques, ReTours ambitionne de documenter les bonnes pratiques dans chacun des pays, de fournir aux institutions en charge du retour des outils utiles à la prise de décision, mais aussi de donner à voir et à entendre les mémoires de groupes sociaux souvent ignorés, notamment les femmes, et participer ainsi à la reconnaissance de leurs savoirs propres. ReTours enrichira ainsi les connaissances sur la restitution qui, focalisée sur les questions historiques, juridiques, politiques et muséales, n’a guère pris en compte l’argument touristique des pays africains demandeurs, ni développé le rôle des diasporas dans les mobilisations et les dimensions géopolitiques de la restitution

ANR

2020

GoA — La géométrie des algorithmes

Les algorithmes occupent aujourd'hui une place centrale dans le débat public : ils structurent nos interactions sociales et modifient notre façon de travailler, de nous déplacer, ainsi que nos instruments scientifiques et médicaux. Mais qui peut dire exactement ce qu'est un algorithme ? Parce qu'il n'existe aucun consensus parmi les experts, il importe de chercher à donner un fondement épistémologique solide au débat. C'est en effet en leur donnant une représentation mathématique précise que nous pourrons assigner un statut scientifique aux algorithmes. En particulier, l'utilisation des instruments de la géométrie permettra de distinguer la notion d’algorithme de notions voisines et pourtant différentes, comme celle de calcul ou de programme. Une telle analyse permettra ainsi de développer une ontologie propre à l'informatique et de faire de cette dernière une théorie mathématisée, au même titre que la physique.

ANR

2020

INFRAPATRI — Savoirs et attachements au végétal urbain en Afrique subsaharienne (Bénin, Cameroun, Nigeria, Sénégal) : identification et production d’un infra-patrimoine

Le projet interdisciplinaire INFRAPATRI souhaite étudier les savoirs et les formes d’attachement au végétal des habitants de quatre villes d’Afrique subsaharienne : Yaoundé au Cameroun, Ibadan au Nigeria, Porto-Novo au Bénin et Dakar au Sénégal. Il prend appui sur la notion « d’infra-patrimoine », permettant d’appréhender le rapport mémoriel des citadins au végétal, rarement reconnu par les démarches institutionnelles de patrimonialisation. Le végétal en ville, qui recouvre des figures et des espaces multiples, fait en effet l’objet d’usages variés portés par des savoirs d’ordre pratique ou symbolique. Ensemble, ces savoirs et usages relèvent de collectifs citadins divers fondés sur la famille, l’identité ethnique, le religieux, le quartier, la profession ou la représentation politique. Nous formulons l’hypothèse qu’ils sont préservés et transmis par différents canaux au fondement de formes d’identifications citadines diverses. Il s’agira de repérer ces formes infra-patrimoniales émanant de rapports pluriels au végétal, et de les analyser en regard des tentatives institutionnelles passées et présentes de patrimonialisation des entités et ensembles végétaux urbains. L’approche comparative se situe au centre de ce projet de recherche. Les quatre villes retenues pour l’enquête présentent des histoires et des écosystèmes contrastés mais non dénués de similarités. Tous n’en sont pas moins menacés aujourd'hui par des politiques d’urbanisation déterminées par une certaine conception de la “modernité” valorisant le recours au béton, l’artificialisation des sols et des modes de verdissement très encadrés, auxquelles s'ajoutent spéculations foncière et immobilières. Néanmoins dans chacune de ces villes, le végétal est depuis récemment remis au goût du jour par de nouvelles élites citadines ou par les pouvoirs publics, au prisme du modèle global de « ville durable » mis en avant par la coopération internationale et les grandes agences de développement. Dans le cadre d’INFRAPATRI, des collaborations interdisciplinaires entre sciences humaines et sociales et sciences naturelles seront mises en place afin d’appréhender la nature en ville à la fois comme une construction historique, sociale et culturelle, et comme un ensemble d’éléments vivants possédant des propriétés physiques, biologiques et écologiques tangibles. Le projet fait en outre une place importante à la collaboration entre scientifiques et artistes plasticiens et audiovisuels, non seulement en termes de dissémination des résultats à des publics variés (habitants, acteurs de l’aménagement urbain et du développement durable, acteurs académiques et culturels) mais aussi de méthodologie d’enquête. Ce projet interdisciplinaire regroupe ainsi géographes, anthropologues, historien, botanistes et artistes béninois, camerounais, français, nigerians et sénégalais, tous familiers des villes retenues pour l’enquête et des problématiques du projet. Pour aborder les questions interdisciplinaires d'INFRAPATRI, la méthodologie de recherche associera techniques d’enquête qualitatives et quantitatives, en partant à la fois de sources secondaires (archives, littérature grise contemporaine, cadastres, articles de presse locale, ressources en ligne) et primaires (via un travail de collecte de données directement sur les espèces et les espaces naturels en ville et auprès de différents types de citadins et des autorités en charge de la gestion de l’environnement et de l’aménagement urbain). En mêlant travail d’archives, inventaire botanique, production de données géolocalisées, cartographies, et enfin entretiens et observations ethnographiques de longue durée, le projet emprunte à plusieurs traditions disciplinaires. Notre démarche se veut finalement résolument participative, selon une optique « d’ethnographie multi-espèces » permettant d’envisager ensemble habitants et éléments naturels dans leurs interactions quotidiennes au sein de l’espace urbain.

ANR

2020

E-NDP — Notre-Dame de Paris et son cloître: les lieux, les gens, la vie

Le projet E-NDP propose de renouveler la connaissance de Notre-Dame de Paris par l’édition collaborative numérique des registres du chapitre, communauté de 51 chanoines qui se réunissait trois fois par semaine pour prendre toutes les décisions relatives à la gestion de ses droits, à l’administration de la cathédrale, de son patrimoine et de la société du cloître. Ce corpus de 170 volumes, couvrant les années 1326-1790, n’a jamais fait l’objet d’une étude systématique pour comprendre l’histoire de cette communauté urbaine qui jouissait jusqu’à la Révolution d’une exemption juridique et fiscale totale par rapport à la Ville et au roi. L’édition des 26 registres d’époque médiévale (1326-1503) actuellement conservés aux Archives nationales, coordonnée aux reconstitutions numériques du parcellaire du cloître et du fonds de la Bibliothèque du chapitre, dont 350 volumes sont aujourd’hui conservés dans les bibliothèques parisiennes (Bibliothèque nationale de France, Départements des manuscrits et de l’Arsenal, et Bibliothèque Mazarine), est destinée à valoriser un patrimoine unique en son genre, par des spécialistes de toutes les disciplines du texte, de l’histoire, de l’architecture et du bâti. Cette édition collaborative se fonde sur une procédure de reconnaissance optique de l’écriture manuscrite (handwriting text recognition ou HTR) testée et contrôlée par des chercheurs, enseignants et ingénieurs, alliant des compétences en histoire médiévale, paléographie, philologie et humanités numériques. Elle permettra de mieux connaître l’administration du chapitre Notre-Dame, sa puissance économique et politique dans la ville de Paris, ainsi que les rapports qu’il entretenait avec les autres institutions urbaines. Plus généralement, il s’agit d’exhumer une source majeure pour l’histoire et la vie des hommes, des femmes et des enfants qui ont animé par leurs multiples activités une communauté et un édifice qui était non seulement, depuis le Moyen Age central, un lieu de pouvoirs et un centre de vie économique, mais aussi un modèle pour l’architecture, la liturgie, les arts, la vie intellectuelle et scientifique, sans oublier l’assistance hospitalière par l’Hôtel-Dieu, plus important hôpital du royaume, placé sous la tutelle du chapitre. La reconstitution du parcellaire du cloître, appuyée sur le Système d’information géographique ALPAGE, développera la connaissance matérielle et spatiale du quartier médiéval de la cathédrale, l’évolution de son bâti et donc de toute la partie orientale de l’île de la Cité, depuis le XIVe siècle jusqu’à la Révolution. La reconstitution de la bibliothèque du chapitre, dont Alfred Franklin a pu écrire (1863) qu’elle constituait « la première bibliothèque publique établie en France », permettra de mieux saisir l’autorité intellectuelle qu’incarnait le groupe des chanoines de Notre-Dame, dont le chancelier était aussi le chancelier de l’Université. Enfin, le projet développe une valorisation sur trois niveaux, destinée à le pérenniser au-delà de son financement propre, autant que faire se peut : recherche, enseignement, publics non académiques. Pour la recherche, le projet met en perspective son objet et ses méthodes par une réflexion épistémologique qui pose Notre-Dame de Paris comme un ‘objet intégratif’ selon les termes de la réflexion pluridisciplinaire la plus récente. Pour l’enseignement, les processus et les livrables des différents objectifs sont destinés à irriguer un enseignement de la recherche, par le biais de séminaires et de bourses de Master pris en charge par les différentes institutions partenaires. Pour des publics non académiques, il s’agit non seulement de fournir des accès numériques aux sources documentaires et géographiques de l’histoire renouvelée d’un édifice patrimonial emblématique, mais de les accompagner par des informations et des outils de science participative permettant la découverte des moyens d’une construction critique de la connaissance.

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2020

CHUPICERAM — Réinterpréter les interactions Chupicuaro - Cuicuilco à la lumière des technologies céramiques (période préclassique, Mésoamérique).

Ce projet s’intéresse aux interactions entre deux aires culturelles qui ont joué un rôle prépondérant dans certains processus sociopolitiques des Hautes Terres mésoaméricaines: l’Ouest mexicain et le bassin de Mexico. L’étude des relations sociales inter-régionales est un sujet abondamment exploré par l’archéologie mésoaméricaine qui s'appuie traditionnellement sur les similitudes entre les productions matérielles concernées, en particulier la poterie. Depuis la mise en évidence dans le bassin de Mexico d’un Tertium Quid associé à une tradition céramique originaire de l’Ouest, au cours du Préclassique ancien (1000 - 800 av.J.-C), ce thème fait l’objet de débats récurrents. En effet, pour cette période,la nature des liens entre les deux régions reste mal comprise car les interprétations se fondent sur des correspondances stylistiques. C’est pourquoi le projet CHUPICERAM propose de combler cette lacune en exploitant de façon exhaustive le potentiel informatif du matériau céramique dans une perspective comparative. Le projet s’intéresse à la période préclassique moyenne et récente (600 av.J.-C. - 250 apr. J.-C.) au cours de laquelle se sont développés deux foyers culturels: Chupicuaro dans la vallée du Lerma (Guanajuato) et Cuicuilco dans le bassin de Mexico.Les analogies stylistiques mises en évidence au cours du XXème siècle ont été à l'origine d'hypothèses variées, mettant en scène des mouvements de population, des interactions d’ordre commercial ou des influences de nature politique et idéologique. Ces propositions prêtent souvent à Chupicuaro un rôle moteur, en tant que possible région d’émigration ou comme pôle de manufacture potière qui aurait distribué ses produits sur de longues distances. Pour préciser la nature et l’intensité de ces relations, CHUPICERAM étudiera les processus de fabrication de la céramique, depuis les stratégies d’acquisition des matières premières jusqu’aux produits finis. Le projet propose de caractériser les traditions techniques propres à chaque région, de comprendre les variations dans le temps, d’établir et d’interroger les liens entre les différents assemblages céramiques et, enfin, de discuter la question des relations inter-régionales en termes de proximité économique, sociale et culturelle. L’une des forces de CHUPICERAM est sa volonté d’appliquer une approche comparative méthodique en analysant un échantillon important et représentatif, et en intégrant à la fois des données archéologiques récentes sur Chupicuaro, et des collections muséales constituées à l’issue de fouilles réalisées dans la première moitié du XXème siècle, sur le site éponyme de Chupicuaro et dans le bassin de Mexico. C’est la première fois que ces différentes collections seront étudiées selon un protocole d’analyse commun, qui mobilise une palette d'outils complémentaires et adaptés à la nature des objets étudiés, tessons ou pièces complètes : études techno-stylistiques s’appuyant sur le concept de chaîne opératoire, identifications pétrographiques et minéralogiques, et analyses structurales comprenant des techniques de pointe non-invasives comme l’imagerie hyperspectrale, l’imagerie 3D, la spectrométrie de fluorescence X, ou encore les spectroscopies Raman et infrarouge. Nous considérons que seul le croisement de toutes ces approches permettra de dépasser les limites induites par les analogies stylistiques. Le projet regroupe des archéologues, des conservateurs de musée, des géologues et des spécialistes en physique appliquée et chimie analytique, originaires de différentes institutions mexicaines ou françaises. Ces chercheurs travailleront sur les mêmes échantillons pour répondre aux mêmes questions. En réunissant l’expertise française et mexicaine, CHUPICERAM releve le défi de remettre au premier plan deux cultures encore mal connues mais réputées pour avoir été parmi les plus singulières et créatives des traditions préclassiques mésoaméricaines.

ANR

2020

DESIGNSHS — Design graphique, recherche et patrimoine des sciences sociales. Le Laboratoire de graphique de Jacques Bertin

Ce projet vise à réaliser la première étude d'envergure des relations entre création graphique, design et sciences humaines et sociales, de 1950 à aujourd'hui. L'essor de la visualisation de données et des technologies d’imagerie place désormais le design et la visualité au coeur de tous les domaines de la connaissance, avec des implications fondamentales pour l’épistémologie scientifique. Le Laboratoire de graphique de Jacques Bertin fut un acteur majeur de ce mouvement au croisement de l’innovation graphique et des sciences sociales telles qu'elles se sont réinventées, notamment en France, au XXe siècle. Son étude sera fondée sur l'exploitation, la mise à disposition numérique de deux riches fonds d'archives et une approche interdisciplinaire impliquant et contribuant à nourrir les convergences actuelles entre design, humanités numériques et sciences sociales, y compris dans ses réflexions sur les nouveaux outils de patrimonialisation et valorisation des archives visuelles.

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2020

PIX — Pix Illyrica. Les gisements de bitume de Selenicë en Albanie : matière, territoire et société de l'Antiquité à nos jours

Ce projet porte sur l’exploitation des gisements de bitume du sud de l’Albanie et en propose une approche transhistorique et transdisciplinaire. Il repose sur une double hypothèse et se fixe un double objectif : nous considérons d’une part que cette ressource naturelle a façonné sur la longue durée la région d’où elle est extraite et nous chercherons à expliquer dans quelle mesure son mode d’exploitation, ses usages et sa circulation ont affecté la société environnante (structures foncières, relations intercommunautaires, croyances et pratiques religieuses, paysage et état sanitaire de la population) ; nous considérons d’autre part que l’« objet » bitume se prête à une approche interdisciplinaire et nous proposons d’en faire un observatoire de la mise en œuvre de la collaboration entre disciplines (archéologie, histoire, géologie, anthropologie, géographie) en réfléchissant à la façon dont chaque discipline impliquée contribue à construire cet objet et, en retour, est affectée par lui. Le projet est scientifiquement organisé autour de quatre thèmes : - Dimension matérielle et technologique. La matière bitume étant au centre du projet, il s’agit, par des analyses et études chimiques et physiques, présentes ou passées, d’étudier les différents types de produits extraits, leurs qualités, les possibilités et technique d’extraction ; la localisation, l’étendue et le type de gisements ; les types de transformations (sur place ou au loin – par exemple, Marseille, Bari, etc.) et les usages de ces produits, ainsi que leur conditionnement. On s’interrogera aussi sur les autres matériaux et objets nécessaires à la chaîne de production et de transports. - Dimension matérielle et technologique. La matière bitume étant au centre du projet, il s’agit, par des analyses et études chimiques et physiques, présentes ou passées, d’étudier les différents types de produits extraits, leurs qualités, les possibilités et technique d’extraction ; la localisation, l’étendue et le type de gisements ; les types de transformations et les usages de ces produits, ainsi que leur conditionnement. On s’interrogera aussi sur les autres matériaux et objets nécessaires à la chaîne de production et de transports. - Savoirs et croyances. Dans l’Antiquité, le gisement de bitume était associé à un sanctuaire situé au sud de la colonie grecque d’Apollonia d’Illyrie fondée par Corinthe dans le dernier quart du VIIe siècle av. J.-C. Ce sanctuaire des Nymphes, qui était aussi un gisement de bitume exploité dès l’Antiquité et où brûlait en permanence une flamme visible de loin dans le paysage, était la source d’un oracle singulier, mais sa situation exacte reste à découvrir. Il s’agit aussi de se pencher sur l’évolution des savoirs techniques et commerciaux, depuis l'Antiquité jusqu’aux études scientifiques, à partir de la fin du XVIIIe siècle. - Territoires, espaces, paysages. Cette dimension concerne le territoire utilisé et mobilisé suivant les époques pour l’extraction du bitume. On portera attention au lien avec les questions foncières, la mine étant située à l’époque ottomane dans un domaine impérial, devenu ensuite une ferme d’État au XXe siècle. Le système de concession instauré dans la seconde moitié du XIXe siècle pose également la question de la souveraineté. À un niveau régional, il conviendra donc aussi d’analyser l’articulation avec l’espace agro-sylvo-pastoral, ainsi que l’impact sur les paysages et l’environnement. - Hommes et femmes. Il s’agit de la dimension sociale, que ce soit la question de l’organisation du travail (ethno-confessionnelle, hommes et femmes, cadres/ouvriers, locaux/étrangers) et des interactions entre différents groupes (musulmans, valaques, étrangers) ou ses cadres institutionnels. On étudiera également les formes de travail spécifiques (comme le travail forcé mentionné pour l’époque ottomane et pour l’époque communiste) et leur articulation avec les autres activités, dont les activités agro-sylvo-pastorales.

ANR

2020

REACT — Les pratiques réactives : affronter l'injustice et le ressentiment

REACT est un projet de recherche sur les "pratiques réactives" - nos pratiques en rapport avec l’expérience d’une injustice ou d’un tort, telles que la punition, le blâme, la honte et le pardon. Le projet aborde les questions théoriques, normatives et empiriques relatives à ces pratiques, en se concentrant plus particulièrement sur les distorsions normatives associées à la discrimination. Son objectif est de préciser comment les pratiques réactives façonnent notre pouvoir d'agir individuel et collectif. La notion de "pratiques réactives" est conçue pour faire valoir les dimensions sociales, pratiques et institutionnelles de nos attributions et répartitions de responsabilité. Que signifie faire des reproches, éprouver du ressentiment à l'égard d'une personne ou lui pardonner ? Comment ces pratiques sont-elles liées à l'autonomie, au respect mutuel, à l'inclusion et à l'autonomisation individuelle et collective ? Comment affectent-elles les personnes politiquement opprimées, les personnes socialement défavorisées et les personnes présentant des atteintes cliniques ? Comment pouvons-nous déceler et contrecarrer les pratiques injustes et inappropriées et promouvoir des pratiques plus constructives ? Un premier volet appliqué se concentre sur les pratiques réactives dans le contexte du crime et de la peine. Il implique des interactions de notre équipe avec des magistrats et des professionnels de la formation judiciaire. La philosophie du droit pénal a souvent simplement exploré l'expression juridique de nos attitudes réactives - comme dans les théories expressives classiques de la peine. REACT, au contraire, s’intéressera à la relation entre nos pratiques punitives et nos pratiques réactives non punitives, mais liées au crime. Comment démarquer conceptuellement ces familles de pratiques ? Par exemple, "faire honte" est-il une forme de punition ? Quels sont les mérites des pratiques non punitives liées au crime ? En quoi cela éclaire-t-il la manière dont nos sociétés devraient traiter les affaires criminelles impliquant une addiction ? Comment les notions de responsabilité morale, de responsabilité juridique et de capacité à répondre de soi devant les autres sont-elles articulées dans nos pratiques réactives ? De quelles manières notre approche pourrait-elle éclairer les politiques visant à prévenir la récidive ? Un second volet appliqué est une étude de l’addiction à la lumière de nos pratiques réactives à leur propos. L'un des principaux défis des efforts descriptifs et normatifs autour de ce sujet concerne la responsabilité morale et le contrôle volontaire des actions. Cela alimente en retour les défis sociaux et judiciaires liés à nos pratiques réactives tournées vers le passé à l'égard des addicts - par exemple, blâmer, faire honte, stigmatiser et sanctionner. Notre objectif est de clarifier comment les différentes croyances en matière de responsabilité sont liées à différents modèles descriptifs de l'addiction. Nos enquêtes devraient montrer quels modèles peuvent éventuellement soutenir des pratiques réactives non stigmatisantes et tournées vers l'avenir à l'égard des personnes réputées addicts. Globalement, l'ambition est d'offrir un cadre pour réviser nos pratiques envers les addicts, de manière à engager, soutenir et finalement restaurer leur pouvoir d'agir - en aidant leur réadaptation, leur réhabilitation et leur réinsertion dans le paysage social.

ANR

2020

EpiPhiNoRe — Normalités réinventée en contexte de maladie chronique - Approches philosophiques et épidémiologique du point de vue des patients

Le projet Epiphinore vise l’élaboration de nouvelles connaissances sur le(s) contenu(s) de l’aspiration à vie « ordinaire », « normale », « comme avant », telle qu’elle est exprimée par des personne vivant - durablement ou provisoirement - une vie médicalisée à domicile ou en institution en raison d’une maladie chronique et/ou dégénérative. De manière spécifique, le projet se concentre sur le contexte des maladies chroniques et de la multimorbidité. Il mobilise une méthodologie qui combine une approche fondée sur les philosophies du normal et du pathologique (Canguilhem, Goldstein) et une approche épidémiologique innovante des perspectives des patients, celle de la cohorte ComPaRe (www.compare.aphp.fr). Il propose une enquête sur l’aspiration à la vie « normale » et l’idée de « normalité réinventée » aux participations de cette cohorte, en analysera les résultats empiriques, leurs implications normatives pour la conception du soin et des parcours de soin et la portée philosophique.

ANR

2020

THAWRA_SuR — Penser des Mondes Alternatifs depuis la Révolution Soudanaise

Le projet étudie les transformations pluridimensionnelles au Soudan révolutionnaire dans un contexte dynamique de production (pratique et conceptuelle) de modèles alternatifs de société portés par une demande partagée et multiforme d’égalité et de justice. La méthodologie valorise ethnographies intensives, formation à la recherche, dimension participative avec la société civile. Ancrée dans la recherche au Soudan, l’équipe interdisciplinaire (anthropologie, sociologie, géographie, science politique, histoire, linguistique, droit) bénéficie d’un consortium international, les laboratoires français (LAVUE, PRODIG) étant en synergie avec 2 institutions au Soudan (University of Khartoum et CEDEJ). L’originalité du projet se situe à plusieurs échelles: au niveau spécifique du Soudan, où le cas de la Troisième Révolution Soudanaise commencé en 2018-19 est choisi comme laboratoire de la transformation de la société, et à une échelle plus large – notamment dans le cadre d’une aire arabo-musulmane dont l’intérêt scientifique est ravivé par la conjoncture internationale récente des printemps arabes, où le projet permettra de nourrir une réflexion théorique comparative sur les mouvements de contestation du monde contemporain. Thawra-Sur plaide pour une “grounded theory” qui, d’une part, nourrit les approches récentes des inégalités et discriminations, et, d’autre part, s’attelle à faire converger deux volets du débat sur la décolonisation : celui sur le nouvel impérialisme et la récolonisation du Sud Global, et celui sur la “décolonialité” attentif aux intersections entre race, genre, ethnicité, autochtonie. L’équipe principale composée de 9 chercheurs (6 confirmés et 3 docteurs) avec une expérience solide dans l’enquête au Soudan travaille selon une double organisation avec le but de croiser diverses dimensions empiriques et analytiques et de faire converger démarche académique, formation à la recherche et coproduction de la recherche : trois “Transversal Issues” (1/Genre, 2/Environnement, 3/Citoyenneté) s’articulent avec trois «Task Forces» (1/Injustices socio-environnementales et reconstruction du commun; 2/Reconfiguration d’arènes politiques vers une citoyenneté inclusive; 3/Circulations culturelles, mémoires, imaginaires). Par ailleurs, l’équipe est mobilisée sur trois activités principales: terrains d’enquête personnels (ruraux et urbains); Ecole doctorale sur les inégalités en situation de changement radical; Ateliers de coproduction des connaissances avec des acteurs de la société civile. L’élaboration d’une Plateforme Digitale Participative “Landscapes of the Sudanese Revolution” avec 2 focalisations (Cartographie et Dictionnaire) est à la fois un outil et un produit du projet dont il complète le dispositif. S’appuyant sur une méthodologie innovante, sur une étroite collaboration avec 8 chercheurs de l’Université de Khartoum, et sur l’inclusion de 5 associations de la société civile, Thawra-Sur ambitionne de contribuer à la compréhension des formes d’imaginaires pour repenser des “futures plus justes” et des modèles “par le bas” visant à faire face aux inégalités et aux injustices dans la gestion des crises de gouvernance, écologiques et migratoires, et à dépasser le clivage entre savoir académique et formation civile et démocratique. Les principaux livrables du projet sont : un volume collective (français, anglais, arabe); une conférence internationale pour la diffusion des résultats; la création d’un pôle de formation franco-soudanaise issu de l’expérience d’Ecole Doctorale; un outil novateur de transmission des connaissances via l’accès ouvert à la Plateforme Digitale participative; l’élaboration d’un projet Horizon Europe « Inequalities, Revolutions and Fairer Futures ». Ses impacts scientifiques seront la contribution aux débats sur inégalités et injustices socio-spatiales et environnementales, et sur mouvements de protestation socio-politique en contexte global et à la réflexion sur la dialectique théorie/terrain.

ANR

2020

GLOBALCAR — Global cars : une recherche transnationale sur les économie urbaines et informelles de la voiture (Europe, Afrique, Amérique du Sud)

La voiture est au cœur des économies mondiales, de ses espaces centraux à ses périphéries. Notre projet se concentre sur les activités informelles, illégales et criminelles liées aux économies des voitures d'occasion (mécanique de rue, commerce et vol de pièces détachées, vol et trafic de voitures, revente de véhicules d'occasion) en Amérique latine, en Europe et en Afrique. Plus qu'une recherche comparative internationale, notre équipe souhaite développer une recherche empirique multisituée, à l'intersection des échelles urbaines et transnationales. Nous partons du principe que les mobilités transnationales inscrites dans les économies de l'automobile de seconde-main révèlent les reconfigurations du travail dans un contexte post-fordiste, ainsi que les mécanismes de reproduction des inégalités sociales, des conflits et de la violence. Nous supposons également que le régime automobile intègre dans un même marché des pratiques et des biens légaux, informels, voire criminels. Nous souhaitons étudier les rationalités sociopolitiques qui sous-tendent ces économies, ainsi que leurs effets concrets sur l'espace urbain et les reconfigurations de l'action publique en matière d'informalité. Notre projet de recherche formule ainsi l’hypothèse que différents régimes normatifs régissent les zones grises entre les économies légales et illégales de l'automobile à différentes échelles. Ce projet cherche à dépasser certaines interprétations des économies informelles, et criminelles dans les villes au Sud comme au Nord. Les activités informelles liées à l'économie automobile ne sont pas considérées dans notre projet comme faisant partie du "monde souterrain" des mégalopoles, mais plutôt comme une composante importante des paysages urbains du monde entier. Bien que ces économies soient considérées comme marginales et soient principalement dirigées par des opérateurs de la classe ouvrière, elles constituent également un élément important des chaînes de valeur mondialisées. Pour ce faire, ce projet rassemble plusieurs traditions et groupes de recherche enracinés dans différents contextes nationaux et sociopolitiques. Nous proposons des ethnographies multisituées à Sao Paulo, Santos, Paris, Naples, Gênes, Dakar, Conakry, Abidjan et Benin City. Notre matériel empirique vise à reconstituer cinq cas empiriques et analytiques : échange de voitures volées contre de la cocaïne à la frontière entre le Brésil et la Bolivie, et exportation de cocaïne vers l'Afrique et l'Europe par le port de Santos ; trafic de voitures et de drogues entre Sao Paulo et l'Afrique de l'Ouest (Dakar) ; circulation de pièces détachées, véhicules et individus, entre l'Europe et l'Afrique de l'Ouest ; blanchiment d’argent entre Naples et Benin City ; trafic de pièces détachées et de véhicules à partir de la plaque tournante d'Abidjan. Chaque cas empirique traite d'un point de vue différent des espaces au sein desquels transitent des véhicules volés, des véhicules d'occasion ou des pièces : quartiers pauvres de la périphérie urbaine, concessionnaires automobiles, casses légales ou informelles, magasins de pièces détachées pour voitures, commissariats de police et organismes d'État qui réglementent le trafic de véhicules, ainsi que les assureurs, les ventes aux enchères de voitures et les zones frontalières nationales. Le parcours des voitures volées, des pièces détachées d'occasion, des mécaniciens et des personnes et objets qui leur sont liés révèle des liens empiriques inattendus entre les territoires, les personnes et les institutions. L'équipe mènera des enquêtes auprès des individus impliqués dans l'économie des voitures d'occasion, en prêtant attention à leur mobilité ; une analyse des paysages urbains et de leurs transformations en lien avec cette économie ; des observations et des entretiens pour analyser le fonctionnement des espaces par lesquels transitent les pièces et les véhicules ; des entretiens avec les acteurs chargés de réguler l'activité.

ANR

2020

Fam.Conf — L'expérience du confinement dans les familles

Ce projet propose d’examiner les formes de l’articulation entre travail et famille mises en place pendant et après le confinement, en les croisant à une analyse des inégalités sociales, notamment de classes et de genre, situées dans des contextes nationaux contrastés. Nous proposons in fine une analyse des transformations engendrées sur le plan du maintien en emploi et de la poursuite de la carrière professionnelle (en particulier des mères), de l’organisation du travail et de son articulation avec les engagements familiaux, de l’éducation et de la continuité pédagogique. Pour faire face à la pandémie COVID-19 et contrôler la diffusion du virus, de nombreux gouvernements à travers le monde ont opté pour des mesures de confinement plus ou moins souples. Le confinement a ainsi contraint les couples avec enfants à faire coexister dans un espace unique plusieurs activités réalisées ordinairement dans des lieux et des temporalités distinctes : travail professionnel, travail domestique, et travail parental ont été menés de front par les parents. Ajoutons que ces derniers ne pouvaient plus s’appuyer sur les médiations qui participent aux arrangements familiaux. Cette situation interroge deux activités structurantes des organisations familiales contemporaines : l’emploi et les conditions de travail professionnel d’une part, et le travail parental d’éducation d’autre part. Outre les expériences différenciées du confinement en fonction des classes sociales, notre enquête interroge conjointement la façon dont se transforment les ordres genrés dans le couple et la famille, mais aussi dans l’emploi et au travail. Cette recherche sera conduite dans trois pays d'Europe : la France, la Suède et la Suisse. Le choix des lieux d’observation se justifie par leur gestion très différenciée de la pandémie et par leur inscription dans des régimes distincts d'État-Social (du type libéral ou résiduel suisse à la social-démocratie suédoise, en passant par le corporatisme-conservateur français). Dans chaque pays, une vingtaine de monographies familiales sera réalisée. Nous ciblerons des familles composées d’un couple et d’au moins un enfant de 0 à 12 ans, en faisant varier selon les stratifications locales les propriétés sociales, les positions dans l’emploi et les lieux de résidence. Il s’agira d’effectuer deux entretiens enregistrés au minimum avec deux membres de la famille portant sur : le cadre de vie, la trajectoire des membres de la famille (trajectoires sociale, scolaire, résidentielle, professionnelle, conjugale, etc.) ; l’organisation familiale et l’articulation travail/famille avant, pendant et après le confinement (répartition de la prise en charge des enfants et du foyer, rythmes familiaux - scolaires, professionnels, etc.) ; l’emploi et les conditions de travail, les pratiques de sociabilité, de loisirs des membres de la famille avant, pendant et après le confinement ; les réalisations scolaires et extra-scolaires pendant le confinement ; les relations et pratiques familiales (sociabilité, occupations, etc.) avant, pendant et après le confinement. La collecte des matériaux commencera dès septembre 2020, pour une période de trois mois. Nous souhaitons recruter les familles entre les mois de juin et de juillet, avant les éventuels départs en vacances, pour assurer un démarrage des monographies dès septembre. Cette mise en place rapide du protocole nous permettra de recueillir les expériences du confinement puis du déconfinement au plus près de leur vécu, avant que le souvenir de celui-ci ne perde en acuité. Les résultats obtenus montreront les difficultés qui ont été rencontrées par les familles et identifieront des leviers concrets d’action en cas de nouvelle pandémie. Ils pourront être mis à la disposition de partenaires intéressés par les questions d’organisation du travail et de conditions de travail, dédiés aux questions scolaires et plus largement familiales, ou mobilisés par les enjeux d’égalité entre les femmes et les hommes.

ANR

2020

VICO — Enquêter sur les conditions de vie et les relations sociales avant, pendant et après le confinement

Au-delà des nombreuses victimes de la pandémie, ce sont potentiellement tou.tes les citoyen.nes qui ont pu être affecté.es dans leur vie quotidienne, et risquent de l’être encore durablement, par les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire du Covid-19 et du confinement de la population au printemps 2020. Tout le monde a été confiné (exceptés certaines professions particulières), mais sûrement pas de la même façon : le confinement a révélé non seulement des inégalités face à la maladie, aux liens sociaux, mais aussi face au logement et au travail. De la même façon, les privations de liberté (et en particulier des libertés de circulation et de réunion) pendant le confinement ne se sont pas imposées à tou.tes de la même façon. La crise a donc eu des effets différents selon le genre, l’âge et les ressources socio-économiques des individus et des ménages. A-t-elle seulement mis au jour les inégalités sociales qui existaient déjà en temps ordinaires ? Les a-t-elle aggravées ? En a-elle introduit de nouvelles ? S’agissant des relations sociales, lesquelles se sont renforcées ? affaiblies ? dégradées ? Comment la solitude ou bien au contraire la cohabitation en confinement ont-elles été vécues ? Les recherches sur les réseaux sociaux ont montré qu’en temps ordinaire, les relations personnelles sont des ressources cruciales, au même titre que les ressources matérielles, qu’elles constituent un « capital social » mobilisable tout au long de la vie. Quel impact à court, moyen et plus long terme la crise de l’année 2020 a-t-elle eu sur nos réseaux personnels, sur nos relations avec nos proches, nos ami.es, nos voisin.es, nos collègues ? Pour répondre à ces questions, il y a un enjeu majeur à développer des recherches de grande envergure permettant de mesurer précisément les effets, dans le temps, de cette crise sur les conditions de vie et de travail des Français.es, sur leurs façons d’habiter et de se déplacer, ainsi que sur les formes de sociabilité et de solidarité qui sont au fondement de la cohésion sociale. Dans cette perspective, le projet VICO se donne pour objectif de déployer une vaste enquête longitudinale. Cette enquête aura comme particularité distinctive de porter sur un échantillon de grande ampleur de la population ordinaire ayant vécu le confinement en France au printemps 2020, de comporter plusieurs vagues successives au cours desquelles les membres du panel ainsi constitué seront réinterrogés plusieurs fois sur une période de 15 mois au total, et d’articuler des approches quantitatives et qualitatives. Devant l’urgence de recueillir des données scientifiques solides au cœur de l’événement, mais aussi devant l’opportunité qui s’est ouverte de comprendre ce qui change dans nos fonctionnements sociaux en temps de crise, une première équipe de chercheurs en sociologie et en sciences sociales s’est déjà mobilisée afin de concevoir, réaliser et diffuser la première vague de cette enquête longitudinale originale. Celle-ci, appuyée sur un questionnaire diffusé en ligne pendant le confinement a recueilli plus de 16 000 réponses. L’objectif du projet VICO est d’y ajouter : 1. une vague supplémentaire d’enquête par entretiens, indispensables pour accéder aux expériences subjectives, aux représentations et aux transformations des valeurs des enquêté.es ; et 2. une seconde vague d’enquête par questionnaires 12 mois après la première, soit un an après le confinement, pour mesurer la pérennité des dynamiques sociales observées pendant cette crise exceptionnelle. L’objectif général du projet est d’inscrire l’analyse des conséquences sociales de la crise sanitaire dans une durée permettant de savoir si les changements sont ponctuels ou durables. Les moyens financiers, matériels et humains demandés dans cette candidature devront permettre la réalisation des analyses des données de la première vague de l’enquête, et la mise en œuvre des enquêtes quantitatives et qualitatives des deux vagues suivantes ainsi envisagées.

ANR

2020

ECOVID-19 — Epidémiologie Economique du Covid-19

ECOVID-19 vise à fournir une analyse comparative du coût-efficacité des politiques publiques menées dans des conditions réelles pendant l'épidémie de Covid-19 en France. Nous comparerons trois mesures principales : i) les mesures de confinement ii) les tests avec un accent particulier sur les infections non documentées iii) les rappels sur les "gestes barrière". Pour ce faire, nous construirons un modèle théorique de diffusion de la maladie incluant des comportements d'arbitrage et nous testerons le modèle en utilisant une variation quasi-expérimentale pendant l'épidémie pour évaluer l'importance respective des politiques et le moment de leur mise en œuvre. Notre approche sera complémentaire des études épidémiologiques et d'autres projets SHS préalablement sélectionnés par REACTing. L'inclusion des compromis individuels, de l'apprentissage et des externalités en cas d'incertitude est en effet la principale valeur ajoutée de l'économie dans ce domaine de recherche. Notre modèle théorique partira d'Adhvaryu (Review of economic studies, 2014) et de Li et al. (Science, 2020) et visera à quantifier le rôle des infections non documentées en France pendant l'épidémie. Nous nous concentrerons sur les comportements individuels dans un contexte d'incertitude fondée sur les croyances et sur le processus d'apprentissage adaptatif pendant l'épidémie. Notre test empirique sera basé sur l'Adda (Quarterly Journal of Economics, 2016) pour estimer la rentabilité relative des mesures mentionnées ci-dessus, tout en tenant compte de l'incertitude et de l'apprentissage. Les données sur les infections proviendront de deux cohortes de patients : la "cohorte des patients infectés" (depuis le premier patient traité le 24 janvier à Bichat) et la "cohorte des cas contacts" gérée par Santé Publique France et REACTing en partenariat avec l'Inserm. Ces données seront combinées avec la fermeture des écoles, la limitation des transports, les dates d'annonces publiques sur l'internement obligatoire et les pics de volume sur Twitter comme proxy des campagnes d'information. Nous utiliserons une approche simple d'étude d'événement combinée à une différence floue dans la différence pour évaluer l'efficacité de ces mesures. Pour calculer les avantages monétaires attendus, des estimations de coûts seront tirées de la littérature et des données que nous recueillerons. Notre projet répond concrètement à la troisième priorité de la proposition, à savoir "les mesures de prévention et de contrôle des infections en milieu communautaire" et à deux sous-objectifs : "Conditions d'efficacité et conditions réelles de mise en œuvre des actions d'information, de prévention, de soins et de lutte" et "Évaluation et modélisation des mesures de prévention et de lutte". Ce projet réunit des chercheurs qui comptent parmi les meilleurs experts de l'économie des épidémies sanitaires et des comportements humains. L'équipe proposée est limitée à trois chercheurs, un assistant de recherche et un post-doctorant pour travailler efficacement et apporter des réponses rapides aux questions de politique publique pertinentes afin de préparer les futures épidémies. Quatre experts externes de différents domaines ont été ajoutés à la gouvernance du projet afin de recevoir des commentaires sur nos résultats. Mots clés de la proposition: Activité économique, Epidémiologie économique, Coût-efficacité

ANR

2020

LimSpaces — Vivre l'entre-deux: stratégies d'adaptation et horizons d'attente d'acteurs ordinaires en Ukraine et Moldavie

LimSpaces propose une lecture renouvellé des sociétés d’Ukraine et de Moldavie qui semblent s’être installées dans une instabilité politique et sociale durable aux portes mêmes de l'Union européenne. L’originalité du projet consiste à ne pas les considérer comme des versions périphériques du modèle européen mais à s’intéresser aux effets microsociaux de leur position "entre-deux", entre les sphères d’intervention occidentales et russes. Le projet prend ainsi le contre-pied d’une vision ordinaire qui fige ces sociétés dans des altérités culturelles et historiques ; il les analyse dans une perspective située et relationnelle, centrée sur les acteurs. Le projet a trois objectifs. Sur le plan empirique, il doit produire une lecture compréhensive de ces sociétés à partir de l’étude de stratégies quotidiennes dans les situations de haute incertitude en contextes « entre-deux ». Il veut éclairer les manières dont les acteurs orientent leur choix pour subvenir à leurs besoins, pour entreprendre, pour se former ou se projeter dans l’avenir, en dépit de l’instabilité des allégeances géopolitiques et des champs politiques. Sur le plan théorique, le projet mobilise le concept de liminalité pour approcher en termes dynamiques les concepts français d’« espace entre-deux » et allemand de « Zwischenraum ». La labilité de ce type d’espace permet d’enrichir les études microsociales du quotidien en les dégageant de leur présentisme et en les situant dans le mouvement permanent et créatif de réinterprétation de l’expérience et des attentes au fil des recompositions de l’espace politique. Sur le plan académique, il contribue à décloisonner les approches françaises et allemandes dans le champ des études centre-est européennes ; il permet de développer des réseaux transnationaux en vue d’un projet européen ; il assure une mission de formation à la recherche pour de jeunes chercheurs. La recherche repose sur une importante collecte de données qualitatives originales (entretiens, observations ethnographiques, études cartographiques) intégrant 3 équipes partenaires ayant une solide expérience de ces terrains. Elle repose sur des enquêtes conduites sur 12 sites, y compris dans les territoires séparatistes, en Transnistrie et aux frontières des républiques de Donetsk et de Lougansk. Le projet explore les imaginaires et les stratégies que différents types d’acteurs (simples habitants, commerçants sur les marchés, entrepreneurs, parents d’élèves, étudiants) emploient pour s’adapter (axe A) ou pour échapper (axe B) aux incertitudes d’une position liminale. L’axe C, transversal, organise la coordination et la valorisation de la recherche. Nous visons une meilleure compréhension des sociétés ukrainienne et moldave. C’est une condition nécessaire à l’ajustement des politiques européennes de voisinage et de gestion des migrations. Plus largement, nous voulons contribuer à pluraliser les pensées de l’Europe sur elle-même, sur ses habitants, sur son histoire et ses territoires.

ANR

2020

EURO-DEM — Démocratie industrielle, un idéal européen? discourses et pratiques sur la démocratization du travail après 1945

Pendant la plus grande partie du XXe siècle s'est affirmé un mouvement dynamique en faveur de la démocratie industrielle, notion recouvrant un large éventail de significations, de la démocratie interne aux syndicats à la co-détermination (dans l'atelier, l'entreprise, l'industrie, l'économie nationale), en passant par la négociation collective. Dès l'origine, dans la plupart des pays européens, les syndicats ont joué un rôle majeur dans la promotion théorique et la gestion concrète de la démocratie sur le lieu de travail. Aujourd'hui, cependant, les choses apparaissent différentes. Si des exemples de démocratie dans l'entreprise existent, les formes d'organisation hiérarchiques dominent et la démocratie organisationnelle ne suscite peu d'écho dans les médias et le débat public. Le déclin de la notion est en partie lié à celui du syndicalisme et aux transformations de la production, mais aussi à l'hégémonie, depuis des décennies, d'une conception libérale (par opposition à sociale) de la démocratie politique, laquelle suppose une séparation stricte entre les sphères politique et économique. Ces dernières années, des signes indiquent toutefois un regain d'intérêt. Des publications universitaires fleurissent à nouveau, dans des disciplines diverses : théorie politique, sciences sociales et politiques, histoire, théorie juridique, économie, gestion et psychologie du travail. Une nouvelle directive européenne "relative à l'établissement du principe de la démocratie au travail, dans le capital et dans tous les domaines de la vie économique" vient d'être rédigée, et l'Institut syndical européen promeut activement l'idée auprès de ses partenaires nationaux. Dans ce projet, nous souhaitons enquêter sur l'histoire de cette notion, avec ses hauts et ses bas, au prisme de l'histoire conceptuelle et de l'histoire sociale, en explorant la manière dont elle a été façonnée par les discours académiques et non académiques, par les pratiques et les luttes sociales, en nous concentrant sur deux acteurs institutionnels principaux - le monde universitaire et les syndicats - et en étudiant leurs interactions, leurs influences mutuelles et leurs trajectoires. Cette approche est justifiée par la nature de notre objet. Premièrement, bien que l'importance des universitaires dans la théorisation de la Workplace democracy soit peu contestable, le rôle spécifique joué par les différentes disciplines est largement sous-étudié (manque de communication entre champs disciplinaires, grande variabilité de l'objet). Deuxièmement, les syndicats ont joué un rôle majeur, mais historiquement variable, dans les luttes en faveur de la démocratie au travail. Dans le même temps, à côté du monde universitaire, ils ont, avec leurs institutions de recherche, été le plus important producteur de connaissances dans ce domaine. Troisièmement, syndicats et monde universitaire ont constamment interagi, s'influençant mutuellement de multiples façons qui n'ont guère été étudiées.

ANR

2020

EDEN ARTECH — Éthique et Durable pour une Ecologie de la Nature à travers les ARTs et les TECHnologies

Les arbres et les forêts sont des ressources inestimables pour la préservation de la biodiversité et, de fait, pour nous humains. Il est admis scientifiquement qu’ils sont l’outil le plus puissant, à la fois pour restaurer les écosystèmes dégradés de notre planète et lutter contre le changement climatique. Toutefois, et malgré leurs incroyables capacités d’adaptation et de résistance, ces organismes sont aujourd’hui devenus vulnérables. De plus, un grand nombre d’études tend à démontrer que leur influence bénéfique va bien au-delà de ce qui avait été jusqu’alors pensé, en laissant ainsi ouvert tout un champ des possibles d’un point de vue écologique. Parallèlement, un certain nombre de communautés sont elles aussi détentrices d’un savoir autre sur ces organismes et leurs bienfaits : un savoir notamment basé sur l’expérience vécue et des connaissances ancestrales dont on comprend aujourd’hui l’importance pour créer des modes d’appréhension complémentaires de ces espaces vitaux. A cet égard, le cas de la communauté des Maori en Nouvelle-Zélande est significatif et, selon nous, susceptible d’apporter de nouvelles manières d’être avec les arbres et d’enrichir les perceptions que nous en avons, notamment en Europe. Dans la diffusion de ces diverses connaissances, et face à la complexité et le volume des données et d’informations scientifiques qui restent généralement encore difficiles à rendre perceptibles, le rôle des artistes nous semble crucial : c’est par eux qu’il est possible de créer d’autres moyens d’accès et d’expérimentation, de nouveaux champs perceptifs ainsi que des dynamiques collectives singulières. Compte tenu de l’écart persistant entre les connaissances scientifiques que nous avons à l’égard des crises écologiques et les comportements à l’égard des enjeux environnementaux qui demeurent sociologiquement assez inchangés, comment l’alliance des arts et des technosciences peut-elle contribuer à générer de nouveaux modes d’action et d’intervention ? Dans quelle mesure une telle alliance pourra générer des conditions d’une conscience écologique plus globale ? Notre hypothèse ici est que les données recueillies alliées à des connaissances autres (celles des Maori) associées et des expériences immersives créatives (notamment en 3D) pourront devenir la source d’une meilleure connaissance des arbres et de leurs végétations environnantes, en créant ainsi les conditions d’une plus grande sensibilité aux problèmes environnementaux. L’objectif d’EDEN ARTECH sera ainsi, d’une part, de promouvoir la création de dispositifs qui permettront de rendre sensibles des données scientifiques, complémentaires aux connaissances plus empiriques des populations autochtones, qui échappent à la perception habituellement de la plupart des citoyens à travers le monde. En passant par des expériences créatives, il sera question de mesurer, d’autre part, comment des œuvres corrélées à des entreprises de visualisation ou de modélisation seront susceptibles d’intervenir sur la perception des environnements naturels. Enfin, c’est une plus grande conscience des enjeux écologiques qui sera recherchée par ce biais, en vue de redéfinir les bases de politiques environnementales prenant appui sur des expériences sensibles.

ANR

2019

ERASEd — Evaluer le Risque Amiante à SibatE

Projet ERASEd – Evaluer le risque amiante à Sibaté L’amiante est un terme générique renvoyant à des silicates de texture fibreuse tous classés « cancérogènes certains », depuis 1977, par le Centre International de Recherche sur le Cancer (rattaché à l’Organisation Mondiale de la Santé). Moins de soixante-dix pays ont – en 2019 – interdit l’utilisation et la commercialisation de produits à base de ces fibres. En silence, la Colombie reste un pays producteur et consommateur d’amiante quand, dans le même temps, les grands pays de la région bannissent, les uns après les autres, son usage. La municipalité de Sibaté est située dans le département du Cundinamarca, à une vingtaine de kilomètres au Sud de la capitale colombienne Bogotá. Sa population totale est d’environ 38 000 habitants. Aux marges de cette municipalité est installée – depuis une cinquantaine d’année – une usine d’amiante-ciment fabriquant aussi bien des plaques de couverture que des conduites d’eau. Cette usine a été – et reste – un important pourvoyeur d’emploi pour les populations des alentours. Malgré cela, il est clair que les expositions cancérogènes générées par cette usine aient été multiples : professionnelles évidemment, mais certainement environnementales et para-professionnelles. Il semblerait également – aux dires d’habitants rencontrés par les chercheurs colombiens – qu’une partie de la municipalité ait été construite sur des remblais fournis par l’usine en question. Depuis décembre 2014, les médias locaux relaient des cas de maladies liées à l’amiante dans cette municipalité : aussi bien chez d’anciens travailleurs de l’usine que chez des personnes ayant simplement vécues à proximité. Les soupçons d’une contamination environnementale sont bien réels : plusieurs personnes sont d’ores et déjà décédées d’un cancer spécifique de l’amiante (le mésothéliome), de cancers du poumon ou sont atteintes d'asbestoses à proximité de cette usine. La rumeur relative à la constitution d’un remblai amianté, à partir de matériaux fournis par l’usine, fut confirmée au cours de travaux menés par des partenaires de ce projet. Plusieurs échantillons de sol ont ainsi confirmé la présence d’amiante friable dans le sol de Sibaté. Alors que le risque n’est pas encore socialement construit, le danger – i.e. la présence d’amiante à des niveaux superficiels du sol – est lui bien réel. Par la constitution d’une équipe pluridisciplinaire et internationale associant géographes (UMR PRODIG, France) et spécialistes d’ingénierie environnementale (Universidad de Los Andes, Colombie), nous proposons de répondre à deux objectifs principaux : borner le remblai amianté à l’aide de méthodes non-invasives ; mesurer la connaissance du risque et identifier les menaces majeures telles que perçues par des groupes d’acteurs spécifiques de cette communauté. Plusieurs approches seront mobilisées pour répondre à ces objectifs : analyse de l’évolution de l’occupation des sols, reconstitution des changements topographiques, recherche d’une strate polluée à l’aide de méthodes géotechniques, cartographie à dires de riverains et cartes mentales lors d’ateliers, analyse textuelle de la presse, enquête et entretiens. La portée scientifique de ce projet est protéiforme : analyse d’une situation inédite non-documentée, mobilisation cohérente d’un ensemble de méthodes mixtes dans un nouveau contexte. Le principal apport d’ERASEd serait la prise en compte de ses résultats dans la mise en place d’un véritable plan de gestion du risque tant du point de vue de la cartographie des zones de danger que du choix dans la manière d’informer la population.

ANR

2019

MobiTIC — Mesurer les mobilités et présences des personnes à l'aide des TIC

Les approches actuelles des statistiques publiques, de l’aménagement urbain et des transports pour mesurer la présence des personnes, les mobilités et l’utilisation du sol reposent sur des données classiques (recensement, enquêtes, comptages de trafic, etc.) considérées isolément ou complétées d’informations géospatiales (cartes, images satellite, occupation de l’espace, etc.). Ces sources donnent l’illusion de structures spatiales statiques car elles ne les renseignent que ponctuellement. Les données numériques, ouvrent des perspectives d’analyse dynamique à des niveaux de précision géographique et temporelle très fins, et offrent aux acteurs le potentiel de gérer plus efficacement leurs ressources, prérequis indispensable à un développement durable des territoires. L’information extraite peut ainsi enrichir les origines et destinations des déplacements en étiquetant les zones en fonction de la fréquence et de l'heure, estimer les zones de résidence et de travail et assigner des buts aux déplacements. Des bénéfices sont attendus pour calibrer au plus juste les équipements et les services, en matière de tourisme, dans les services d’urgences, la gestion des risques sanitaires, les réserves d’eau, la collecte et le traitement des déchets, les services de mobilité, les transports. Cependant, les données numériques prises isolément sont partielles et biaisées et leur capacité à saisir des phénomènes urbains complexes est encore réduite. Leur combinaison à d’autres données classiques et numériques (téléphonie, billettique) permettra de tirer parti des atouts de chaque source. MobiTIC nait du souhait d’une collaboration rapprochée entre les acteurs afin de définir, élaborer et mettre en œuvre, dès le niveau le plus fin, la méthodologie pour collecter, exploiter les données de signalisation du réseau mobile fines, les combiner avec les sources classiques, pour produire des indicateurs, modèles et analyses, pertinents et qui respectent les règles de confidentialité. MobiTIC ambitionne de produire des indicateurs de présence et de mobilités des personnes, pertinents, fiables, représentatifs et fréquemment mis à jour, en combinant données numériques et traditionnelles. Ces indicateurs produits à des résolutions spatiales et temporelles fines éclaireront les décisions des acteurs locaux pour un développement durable des territoires et ouvriront de nouvelles opportunités de recherche sur les dynamiques spatiales et sociales. MobiTIC entre en résonance avec les priorités stratégiques de l’Etat 2019, à l’interface entre sciences humaines et sociales et intelligence artificielle. MobiTIC vise à produire une cartographie dynamique d’indicateurs de présence à plusieurs échelles spatiales sur l’ensemble du territoire. Cette cartographie de la population présente et ses mobilités serviront à caractériser les lieux, à différencier les usages de l’espace des populations, à mesurer les effets des inégalités sociales et territoriales, en zoomant sur certains groupes/lieux d’intérêt pour l’action publique (quartiers prioritaires de la ville, QPV, périurbains, centre-villes, polarités périphériques). L’organisation fonctionnelle des systèmes urbains décrite à l’aide de ces nouvelles informations conduira à de nouvelles modélisations et sera confrontée aux zonages en vue de les faire évoluer. MobiTIC ambitionne également de fournir une estimation des indicateurs de mobilité à une fréquence plus élevée que celle des enquêtes, ce qui permettra un suivi rapproché des évolutions de la mobilité des personnes et des politiques de mobilité durable visant à les infléchir. Les indicateurs spatio-temporels ainsi obtenus serviront à mesurer l’impact des événements sur les pratiques de mobilité et conduiront à développer un outil d’aide à la décision pour l’appui aux politiques publiques (basé sur des systèmes multiagents) permettant des évaluations ex-ante par simulation. La ville de Rennes sera le terrain d’étude pour le volet Mobilités de ce projet.

ANR

2019

ENVIROBIOSOC — L'environnment et la santé humaine à travers les sciences de la vie et les sciences sociales

L’environnement et son rôle dans l’origine de la santé et de la maladie humaine est aujourd’hui un objet commun des recherches en biologie (en particulier, en épigénétique environnementale) et en sciences sociales (e.g., en anthropologie médicale et épidémiologie sociale). Cependant, la façon dont il est conçu, défini et opérationnalisé est très hétérogène. Tout d’abord, elle n’est pas homogène au sein des sciences biologiques et médicales elles-mêmes (e.g., l’épigénétique comportamentale, l’épigénétique environnementale, l’épidémiologie, etc.). Ensuite, comme on peut s’attendre, le concept d’environnement et ses mesures sont particulièrement hétérogènes entre les sciences de la vie (incluant la recherche biologique et biomédicale) et les sciences sociales. Il peut être limité à des facteurs internes et/ou externes à nos corps, ce qui est le cas en biologie, mais peut aussi inclure des facteurs de niveaux supérieurs et de différentes natures (psychologique, sociale, économique, historique et culturelle), ce qui est souvent le cas dans les sciences sociales. Ce qui est considéré comme étant l’environnement peut donc avoir des limites spatio-temporelles différentes, pas nécessairement chevauchantes, et cela implique différentes façons de représenter et de modéliser les processus à l’origine des pathologies induites par l’environnement. Le projet ENVIROBIOSOC pose la question de savoir s’il est possible et souhaitable de dépasser ce pluralisme conceptuel et épistémologique par une approche intégrative combinant les diverses approches dans l’étude de la relation santé-environnement, en biologie et en sciences sociales. Il se demande aussi sous quelles conditions une telle approche, interdisciplinaire et intégrative, peut produire un gain épistémique et/ou pragmatique (le cas échéant), i.e., pour l’avancement de notre connaissance, et pour notre capacité à prévenir et traiter les maladies qu’il induit afin de produire des bénéfices socio-économiques. L’originalité de ce projet est d’aborder toutes ces questions de manière systématique, à travers les sciences de la vie et les sciences sociales, et du point de vue du débat, en philosophie contemporaine des sciences, sur le pluralisme scientifique. Ainsi, les questions soulevées porteront sur la façon dont l’environnement, en tant qu’inducteur d’états de santé et de maladie, est conçu et opérationnalisé dans les sciences du vivant et dans les sciences sociales. Quelle attitude doit-on adapter face à la multiplicité de concepts et de mesures de l’environnement à travers toutes ces sciences ? Cette pluralité est-elle temporelle et peut donc être résolue ou, au contraire, est-elle permanente et inéliminable ? Et qu’est-ce que cela implique pour l’approche de recherche adoptée dans les sciences du vivant et dans les sciences sociales ? Afin de répondre à toutes ces questions, le projet ENVIROBIOSOC est structuré en trois tâches. La première vise à dresser un bilan détaillé du concept d’environnement à travers les sciences de la vie et les sciences sociales étudiant les maladies induites par l’environnement. La deuxième vise à explorer les modes possibles d’intégration de toutes ces études et à évaluer sous quelles conditions une approche intégrative peut apporter un gain épistémique et/ou pragmatique (le cas échéant). La troisième tâche vise à produire une analyse des modes de collaboration correspondants entre sciences de la vie et sciences sociales étudiant la santé environnementale ou, du moins, à évaluer comment les études disciplinaires des maladies induites par l’environnement pourraient tirer avantage les unes des autres. La mise en place du projet ENVIROBIOSOC permettra de produire une analyse philosophique exhaustive sur toutes ces questions, en collaboration constante et étroite avec des chercheurs dans les sciences biologiques, biomédicales et sociales.

ANR

2019

GASSENDI — Le rôle de l'empirisme de Gassendi en Europe au 17e siècle

Ce projet vise à réévaluer l’importance de la pensée de Pierre Gassendi (1592-1655) dans la constitution de différentes formes d’empirisme en Europe au 17e siècle. Gassendi peut en effet être considéré comme un des fondateurs de la science et de la philosophie moderne au 17e siècle. Mais, par comparaison avec Descartes ou Newton, Gassendi est souvent vu, de nos jours, comme un auteur de second rang, tourné vers le passé parce qu’il voulait faire revivre l’épicurisme antique. À l’opposé d’une telle approche rétrospective, ce projet a pour ambition de réévaluer le rôle de la philosophie et de l’épistémologie gassendistes dans le développement de la pensée moderne. Pour ce faire, nous nous concentrerons sur les pratiques scientifiques de Gassendi et leur articulation avec son empirisme, ainsi que sur leur influence sur deux régions européennes particulièrement réceptives à cet empirisme : les Provinces Unies et la Grande Bretagne. La première partie de ce projet cherchera à montrer le rôle des recherches de Gassendi dans différents domaines scientifiques (optique, astronomie, physique, mécanique) pour la constitution de sa théorie empiriste de la connaissance. Pour Gassendi, l’expérience n’est pas seulement la source d’une connaissance générale obtenue par induction, mais elle joue également un rôle crucial pour rendre compte de phénomènes naturels particuliers. La spécificité de l’approche gassendiste de l’expérience et ce qui la rend particulièrement intéressante d’un point de vue historique est qu’elle repose à la fois sur une théorie de la connaissance s’appuyant sur les données sensibles et sur une étude de l’optique ainsi que sur des pratiques d’observation qui sont cruciales pour produire des explications des phénomènes naturels. L’articulation, dans la pensée de Gassendi, entre sa théorie de la connaissance, sa théorie de la vision et ses pratiques expérimentales, retiendra particulièrement notre attention. À la suite de la rénovation de l’optique menée par Kepler, Gassendi promeut en effet une nouvelle conception de la vision articulant une physique de la lumière, une physiologie de la vision et une psychologie de la vision. Le projet étudiera ces trois dimensions, en particulier en s’appuyant sur la correspondance, en partie inédite, de Gassendi avec Boulliau, Peiresc et Hortensius. Il s’attachera également à montrer comment Gassendi a élaboré une théorie empiriste dans un contexte polémique avec Descartes et quelles conséquences cela revêt pour sa conception des mathématiques. La deuxième partie de ce projet s’attachera à étudier la diffusion et l’influence de la pensée de Gassendi dans deux régions particulièrement réceptives à l’empirisme : les Provinces Unies et la Grande Bretagne. Dans les Provinces Unies, l’empirisme de Gassendi a notamment joué un rôle polémique contre la métaphysique cartésienne. Mais Gassendi a également échangé de nombreux rapports d’observations astronomiques avec son réseau de correspondants néerlandais, ce qui a joué un rôle important dans l’établissement de la science moderne, en particulier dans la défense du copernicianisme. En Grande Bretagne, les ouvrages de Gassendi ont été largement diffusés et traduits, en particulier grâce à la Physiologia de Charleton. Nous nous attacherons à retracer les voies de diffusion de l’empirisme gassendiste en Grande Bretagne, en particulier en contexte scientifique. Gassendi a en effet exercé une influence importante sur des figures telles que Locke, Boyle, Newton ou Thomas Willis. Ce faisant, il s’agira de montrer que la constitution de différentes formes d’empirisme au 17e siècle n’est pas réductible à l’influence du Chancelier Bacon et de mettre en évidence l’importance de la pensée de Gassendi dans ces processus.

ANR

2019

AFRINUM — Cultures du numérique en Afrique de l'ouest : musique, jeunesse et médiations

Le projet AFRINUM vise, au prisme des musiques populaires, à renouveler la question des sociétés innovantes en Afrique de l’ouest en considérant le numérique dans sa dialectique outil globalisé vs artefact culturel, pour rendre compte des multiples singularités qu’il prend et des valeurs auxquelles il renvoie. Cette culture numérique de la musique sera resituée au sein de logiques sociales, économiques et politiques plus larges, dont elle participe et qu’elle contribue à transformer, produire ou réifier tout à la fois. Le programme scientifique s’articule en trois axes. Le premier vise à analyser la fabrique de la musique et du son en studio d’enregistrement, à travers la nouvelle figure de l’arrangeur/ingénieur du son. On se penchera ensuite sur l’entreprenariat et l’économie collaborative développés par les jeunes musiciens pour maîtriser la chaîne de production, distribution et diffusion de la musique et s’émanciper ainsi des aînés. Enfin, le troisième axe portera sur la musique dans sa capacité de médiation entre les individus, les groupes et les identités, à l’heure où le développement des technologies numériques et du marketing culturel coïncide avec et amplifie une certaine dépolitisation des sociétés, au profit d’une économie qui fait émerger l’acteur producteur d’une part et l’individu consommateur de l’autre. Pour réaliser ce projet, une équipe interdisciplinaire de 14 chercheurs, 2 post-doc et 10 étudiants (masterants et doctorants) en sciences sociales et de l’ingénierie sonore effectueront des enquêtes de terrain en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Mali et au Sénégal. Cette dimension régionale permettra d’identifier les spécificités nationales et d’appréhender les circulations d’un pays à un autre. Le corpus recueilli sera indexé, traité et stocké sur un serveur de la TGIR Huma-Num, dans un format sécurisé et pérenne. Cette base de données fera l’objet de représentations visuelles, effectuées avec le pôle géomatique de l’EHESS, qui déboucheront sur une série de cartes physiques et sémantiques. Les résultats d’AFRINUM auront un impact dans le domaine scientifique : constitution d’un corpus inégalé de données originales sur une région d’Afrique peu étudiée ; renforcement des collaborations Nord-Sud, grâce au partenariat avec le LMI MaCoTer (IRD) ; développement d’une communauté scientifique francophone dans le champ émergent des études sur les cultures numériques ; acquisition d’outils communs entre sciences sociales et sciences du numérique. Pour ce faire, AFRINUM organisera plusieurs manifestations scientifiques internationales et publications collectives (en open édition). L’impact se mesurera en termes de transfert de connaissances, avec l’intégration d’une série de doctorants et de masterants et la mise en place d’enseignements universitaires. AFRINUM aura des retombées en termes d’information des milieux professionnels ouest-africains de la musique et du monde économique. Enfin, ce projet s’attachera à la diffusion de la recherche vers un public de non spécialistes, avec l’organisation de conférences-débats dans les 4 pays africains du projet, la réalisation de courts métrages présentant la Science en action, d’un film documentaire et la production de reportages radio avec RFI Labo. Les moyens mis en œuvre pour une durée de 48 mois (2020-2023) s’élèvent à 375 K€. Ils concernent : 1°) les missions de terrain, le séminaire d’équipe et les manifestations scientifiques ; 2°) l’équipement informatique et audiovisuel pour le recueil du corpus ; 3°) les CDD (contrats post-docs, stages masterants, vacations doctorants) ; 4°) les prestations de service (constitution de la base de données, traduction, édition). Mots clés : musique populaire ; savoirs audionumériques ; entrepreneuriat culturel ; médiations culturelles ; digital studies ; globalisation ; Afrique de l’ouest. Partenaires : Centre G. Simmel (UMR 8131 EHESS-CNRS) ; LMI MaCoTer (Unité 243 IRD) ; Université de Lethbridge (Faculty of Fine Arts) sur fonds propres.

ANR

2019

MERYT — Modélisation chronologique de l'Ancien Empire égyptien

Le projet Meryt se fixe pour objectif de construire un modèle chronologique absolu précis, complexe et multi-techniques de l’Ancien Empire égyptien (~3000-2400 AEC), par une approche intégrée rassemblant les critères d’analyses de l’égyptologie, l’archéologie et l’archéométrie. S’inscrivant dans une démarche interdisciplinaire d’archéologie intégrative, il répond à deux enjeux majeurs : 1)Élaborer un cadre chronologique de l’Ancien Empire égyptien, règne par règne, par la construction d’un modèle statistique réconciliant les données égyptologiques et analytiques ; 2)Adapter la courbe de calibration 14C IntCal pour prendre en compte les conditions environnementales propres à l’Égypte afin de rendre performante la méthode de datation 14C pour cet espace géographique. Porté par le pôle archéométrie de l’Ifao et soutenu par un consortium d’égyptologues, archéologues, archéomètres, conservateurs, physiciens et statisticiens, ce projet implique sept unités de recherche (Ifao, Orient&Méditerranée, Monaris, APC, LAPTH, MNHN, LMC14) et s’organise suivant quatre axes. -Historiques : pour chacun des quelque 30 règnes, nous réévaluerons tous les indices chronométriques disponibles issus de sources archéologiques, historiques et textuelles, afin de recenser l’ensemble des attestations de règnes et d’évaluer leur fiabilité. Confrontées aux découvertes archéologiques récentes, ces données permettront d’établir différents schémas de chronologies relatives possibles. -Archéométriques : une base de données de plus d’une centaine de datations 14C sera constituée sur des échantillons provenant de sites archéologiques en cours de fouille et collectés en contexte précis. Ces analyses seront réalisées dans le seul laboratoire de datations en activité en Égypte, dont est responsable la porteuse de ce projet. Au-delà de « dater », l’enjeu sera aussi de mettre en cohérence l’échantillon analysé avec l’événement archéologique qui lui est associé. Pour cela, nous nous attacherons à échantillonner de « bons » spécimens et identifier clairement les contextes archéologiques associés. Si la datation 14C constitue le « fil d’ariane » analytique du projet, tous les champs de l’archéométrie seront mobilisés. -Méthodologiques : un enjeu fort sera de vérifier l’applicabilité de la courbe de calibration 14C IntCal13 à l’Égypte et le cas échéant, déterminer des écarts régionaux. Ces possibles décalages à IntCal pourraient s’expliquer par des variations saisonnières de la teneur en 14CO2 dans l’atmosphère, liées aux conditions environnementales particulières qu’entrainait la crue annuelle du Nil avant la construction du Haut Barrage. Afin d’identifier ces possibles écarts, nous évaluerons d’abord les teneurs résiduelles en 14C de spécimens botaniques conservés dans l’Herbier du MNHN, rassemblés durant l’Expédition d’Égypte (1798-1801), et dont l’année et le lieu de récolte sont documentés. Nous prolongerons cette étude sur des papyri d’époque gréco-romaine et arabe dont l’année de rédaction est mentionnée dans le texte, afin d’estimer si les écarts observés au XIXe siècle furent constants dans le temps. -Statistiques : nous bâtirons un véritable modèle chronologique reposant sur un formalisme statistique solide et rassemblant de façon cohérente l’ensemble des contraintes hétérogènes déduites des trois premiers axes. Entièrement produit par le présent consortium, le modèle final simulera des densités d’âge et des estimations précises de leurs incertitudes pour chacun des règnes de l’Ancien Empire. MERYT fixera la première chronologie absolue holistique de l’Ancien Empire faisant consensus entre égyptologues et archéomètres. L’impact ira au-delà de la seule égyptologie puisque cette révision aura des conséquences sur la chronologie de toutes les civilisations du bassin oriental de la Méditerranée au IIIe millénaire, reposant largement sur la chronologie égyptienne, soulignant l’apport des approches analytiques et modélisantes dans la recherche archéologique.

ANR

2019

NEANDROOTS — 450-350 ka : un seuil dans l'évolution humaine ? Comprendre les racines du monde néandertalien

Le stade isotopique (MIS) 11 (incluant localement le MIS 10) est une étape cruciale de l’évolution humaine en Europe et une rupture. Après le stade glaciaire MIS 12 considéré comme une crise climatique majeure, le nombre d’occupations augmente; de nouveaux comportements de subsistance et des innovations techniques apparaissent et une régionalisation des traditions semble se mettre en place. Cette rupture, qui correspond à la fin du Paléolithique inférieur (et Acheuléen) et au début du Paléolithique moyen, est sous-étudiée, en particulier les processus qui expliquent pourquoi et comment les innovations apparaissent et se diffusent parmi les populations. Les raisons conduisant à ces modifications, repoussant les racines du monde néandertalien, sont encore à identifier : (1) Est-ce que cette évolution prend source dans les traditions préexistantes ?, (2) Est-ce dû à l’arrivée de nouvelles populations et/ou à l’émergence de Neandertal parmi les groupes d’hominidés du Pléistocène moyen ?, (3) Est-ce la croissance de la population qui conduit à la mise en place d’une régionalisation et à la diffusion des innovations, ou/et (4) Est-ce due à une adaptation aux changements environnementaux suite aux modifications des cycles climatiques ? Le MIS 12 est une sévère période froide. Le MIS 11 est un exceptionnel long interglaciaire qui a pu encourager l’occupation humaine en Europe et permettre une plus grande disponibilité de la biomasse et des grands herbivores, affectant du coup la mobilité des groupes humains. NEANDROOTS est un projet interdisciplinaire qui propose : (1) de réaliser une large base de données archéologiques entre 450 et 350 ka, (2) d’enrichir et uniformiser les données chronologiques des sites et les données environnementales, (3) de développer des approches méthodologiques afin d’identifier les traits régionaux et proposer des modèles de diffusion des innovations, (4) de modéliser le rôle de la taille et structure des populations, et (5) tester l’impact de l’évolution climatique sur l’adaptation humaine (modèles iLOVECLIM et ECNM). Cette contribution multidisciplinaire concerne une période clé de l’histoire humaine mal connue et a comme objectif de: (1) proposer des modèles des réponses humaines à de nouveaux (et variés) environnements basés sur la disparition et l’acquisition d’outillages et d’expertises, (2) comprendre les mécanismes de transmission culturelle au cours du temps et les processus avec lesquels les innovations et les inventions se développent et sont maintenues. L’objectif est de contribuer à comprendre le plus ancien cycle de régionalisation européen, bien antérieur à celui contemporain de la fin des Néandertaliens (MIS 4-3). Cette approche n’a jamais été appliquée pour le début du monde néandertalien. La réalisation d’une chronostratigraphie unifiée aidera à replacer dans le temps les nouveaux comportements, les avancées technologiques et les modifications anatomiques des hominidés dans leur cadre climatique et environnemental. La réalisation de cartes synthétiques à haute résolution permettra de corréler les données climatiques, environnementales et archéologiques. Cette analyse détaillée des interactions entre Humains et Environnements pourrait devenir un modèle pour comprendre des évolutions analogues, entre passé et présent. Enfin, nous questionnons la question de la résilience des sociétés face aux changements climatiques. L’étroite association entre les mécanismes physiques, les données climatiques et archéologiques repoussera les limites des méthodes utilisées à ce jour. Ce projet interdisciplinaire implique sept équipes françaises, chacune avec des compétences complémentaires : MNHN, LSCE, EPOC/PACEA/Université de Bordeaux, IGE, LMD, LGP et Université de Lille. Un large réseau européen contribue également à ce projet, regroupant des préhistoriens, un anthropologue, des tracéologues et un spécialiste de la modélisation en paleodémographie.

ANR

2019

PSCHEET — Pestes et sociétés humaines : émergence, évolution et transformations bio-culturelles

Ce projet a pour champ de réflexion les épidémies de peste anciennes exploitées à partir des archives textuelles, archéologiques et biologiques issues de plusieurs sites funéraires européens. Grâce aux acquis relatifs à la deuxième pandémie de peste en archéothanatologie et bioarchéologie nous souhaitons maintenant engager des recherches clairement interdisciplinaires et novatrices sur la première pandémie (peste justinienne) et les « pestes » antiques. Deux objectifs sont proposés pour les 4 ans à venir. Le premier est de retracer les chemins de la « peste » et il impliquera : 1. de procéder à des datations absolues, 2. de mettre en œuvre des techniques de modélisation 3D afin d’enrichir l’analyse et l’interprétation de structures funéraires complexes afin de prouver l’existence d’une crise de mortalité, 3. de dresser un corpus des crises épidémiques antiques sur la base de données d'archives (écrits médicaux et juridiques, sources chrétiennes, documentation papyrologique et épigraphique), 4. de rechercher les agents pathogènes qui permettront de formuler de nouvelles hypothèses phylogéniques pour la peste (possibilité de continuité entre les deux premières pandémies) et d’identifier la nature exacte des « pestes » antiques encore très discutée, 5. de développer une analyse spatiale fondée sur un recensement des sources archéologiques et archivistiques afin d’appréhender le rôle de certaines configurations et structures déterminantes dans l'apparition et la diffusion des épidémies et à mieux comprendre les inégalités de santé. Le deuxième objectif est d’évaluer et discuter l’impact biologique, social et culturel de la maladie et pour l’atteindre nous souhaiterions : 1. effectuer des analyses démographiques en utilisant des techniques nouvelles en anthropologie comme celle du cément dentaire de manière à mieux comprendre les fluctuations de l’âge et du sexe observées au cours du temps pour la peste, 2. examiner les indicateurs squelettiques de l’état de santé afin de contribuer au débat actuel sur la sélectivité de la mortalité par peste, 3. initier des analyses des isotopes stables (azote et carbone) pour une connaissance de l’état nutritionnel des individus et son lien potentiel avec les épidémies. 4. discuter de l’évolution des traitements sépulcraux des pestiférés au cours du temps en lien avec les perceptions et les conceptions sur les modalités de transmission de la maladie, 5. affiner par une étude des textes nos connaissances sur les conceptions médicales contemporaines des épidémies (prophylaxie, traitement du malade, notion de contagiosité et d'épidémie, règlement sanitaires, consignes d'inhumation, traitement des cadavres, etc.). Ce projet, qui accorde une large part à la recherche fondamentale, est fortement motivé par une interdisciplinarité effective. Plusieurs chercheurs français et étrangers avec des compétences dans différents domaines disciplinaires (sciences historiques, archéologiques et biologiques) sont prêts à l’intégrer. Nos recherches seront fondées sur l'exploitation de documents archéologiques inédits issus de divers pays d'Europe et formant un ensemble cohérent. Il y a bien sûr un véritable challenge concernant la détection des pathogènes pour les crises de mortalité antique mais, d’une manière plus large, ces recherches devraient permettre de nous interroger sur l’originalité des caractéristiques épidémiologique de certaines épidémies et sur les comportements funéraires mis en œuvre face à de tels fléaux au cours des siècles. De plus il sera possible de mettre en exergue d'éventuelles ressemblances ou dissemblances avec les épidémies plus tardives actuellement mieux documentées.

ANR

2019

LiPoL — Littératures Populaires du Levant. Archiver, analyser et conter le Roman de Baybars au XXIe siècle

Le programme de recherche LiPoL vise à exploiter les potentialités de l'édition du Roman de Baybars (Presses de l'Ifpo, 2000-2020, 18 volumes) afin de donner un nouvel élan à la recherche sur la littérature populaire du Proche-Orient et sur le moyen arabe, son registre linguistique dominant. En s’appuyant sur la « culture populaire et ses expressions linguistiques, artistiques et littéraires » comme thématique structurante, LiPoL réunit quatre partenaires institutionnels français, dont un Institut de Recherche à l’Étranger. Il vise ainsi à créer une nouvelle dynamique apte à accompagner l’évolution disciplinaire que connaîtront les études arabes et islamiques suite aux profonds changements socio-politiques que connaissent les pays du Proche-Orient depuis le début des années 2010. Organisé autour de quatre axes, Numérique, Langue, Société et Esthétique, il rassemble des chercheurs des différents domaines des sciences humaines, dans le but d'étudier le texte dans ses dimensions linguistiques, littéraires, historiques et culturelles. À travers son premier axe, le programme comprend un important volet numérique : à la fois l'édition critique du texte et les cahiers manuscrits des conteurs sur lesquels il s'appuie (environ 60 000 folios numérisés à ce jour) seront mis à la disposition de la communauté scientifique en ligne et en accès libre. Composé de plus de dix millions de caractères, ce texte est le plus grand corpus jamais publié en moyen arabe et constitue un objet de recherche unique dans ce domaine. En contribuant à la sauvegarde d’un patrimoine en danger, ce fonds numérique de manuscrits doit servir de base à une Bibliothèque Numérique de Littérature Populaire Levantine qui sera alimentée au fur et à mesure que seront révélés de nouveaux cahiers manuscrits de conteurs du Proche-Orient. Un outil de travail collaboratif – qui sera expérimenté pendant les premiers vingt-quatre mois du projet – permettra aux chercheur(e)s de réaliser des traductions ou des commentaires en ligne, tout en participant à l’édition de ces manuscrits.

ANR

2019

Almas — Langues anciennes et modernes de l’Arabie du Sud: approche interdisciplinaire d'une aire linguistique

ALMAS («diamant» en arabe) est un consortium international et interdisciplinaire composé de partenaires scientifiques d’excellence basés dans différents pays d'Europe et d'Amérique et visant à renouveler l'étude des langues vivantes et éteintes de l'Arabie du Sud (Oman, sud-ouest de l'Arabie saoudite, Yémen). Ces langues appartiennent à la famille sémitique et se répartissent en trois «domaines», qui correspondaient jusqu'à présent à des traditions académiques séparées: un ensemble de quatre langues anciennes de l’Arabie du sud («sudarabique ancien»: ASA), aujourd'hui disparues (Sabaic, Qatabanic, Minaic, Hadramitic); un groupe de six langues vivantes («sudarabique moderne»: MSA) sans tradition écrite, toutes en voie de disparition (Mehri, Harsusi, Bathari, Hobyot, Jibbali, Soqotri); un riche éventail de langues vernaculaires arabes très diversifiées et archaïques parlées dans toute la région («dialectes arabes du sud»: SAA). Afin de démêler le paysage linguistique complexe de l'Arabie du Sud, ALMAS a été conçu autour de sept tâches scientifiques: trois tâches spécifiques concernent l'étude des différentes langues (ASA, MSA, SAA); quatre tâches transversales sont organisées selon différentes lignes d'action: linguistique de contact, phonétique et phonologie, morphologie et comparaison sémitique. ALMAS appliquera une triple méthodologie scientifique reposant sur (1) les sources originales déjà disponibles, (2) la collecte de nouvelles données et (3) le traitement informatique de ces deux groupes de sources. Dans un premier temps, comme préalable indispensable à toute recherche, un réexamen systématique de la littérature sera entrepris, accompagné de rééditions critiques des textes. Deuxièmement, ALMAS effectuera des campagnes de terrain régulières dans deux des États modernes de l’Arabie du Sud (Oman, Arabie Saoudite), afin de recueillir de nouvelles données épigraphiques et orales. Enfin, ALMAS traitera toutes les données à travers les outils informatiques les plus modernes pour la numérisation et l'exploitation des données linguistiques. La nouveauté d'ALMAS réside dans la synergie interdisciplinaire qu'il crée de trois manières: en croisant les approches synchroniques et diachroniques de ces langues; en stimulant les contacts entre les chercheurs des trois «domaines» du projet; en développant la complémentarité entre linguistes de différentes écoles. ALMAS aura un impact important dans la discipline, en documentant les langues à travers le travail de terrain et en créant une base de données en accès libre, contribuant ainsi à l'étude et à la protection de ces langues; en analysant les données afin de parvenir à une compréhension adéquate des leurs structures; en réévaluant les relations qu’elles entretiennent (parenté phylogénétique et/ou contact linguistique). En outre, comme ALMAS se concentre sur des langues en danger ou sous-étudiées, il aura également un impact socioculturel considérable. En particulier, ALMAS aidera à préserver le patrimoine linguistique; favoriser la sensibilisation culturelle des locuteurs de langues minoritaires; influencer les politiques et les pratiques éducatives. Afin de soutenir les efforts du consortium et toutes ses activités, le projet comprend des structures dédiées à la gestion scientifique et administrative du réseau. Une tâche technique vise à développer une base de donnée pour gérer, analyser et partager le matériel d'étude et les résultats scientifiques du projet. Enfin, les résultats d'ALMAS seront diffusés à travers un plan de diffusion et d'exploitation diversifié tourné vers différents publics du monde occidental et des pays arabes (milieu scientifique, gouvernements, éducation, grand public).

ANR

2019

STEM — Philosophie, phylogénie et biologie des cellules souches

La notion de cellule souche occupe une place centrale en biologie. Grâce à leur capacité à s’auto-renouveler et à se différencier, les cellules souches assurent le maintien, la réparation et, dans certains cas, la régénération des tissues. Pourtant, il n’existe pas aujourd’hui de consensus sur ce qu’est une cellule souche. En effet, les données expérimentales accumulées ces dernières années ont remis en question la représentation traditionnelle selon laquelle les cellules souches sont des entités discrètes et isolables et la différenciation, un processus irréversible. Elles ont également révélé une hétérogénéité insoupçonnée entre les différentes variétés de cellules souches. Ce contexte de questionnement conceptuel est propice à l’analyse philosophique, dont les contributions ont déjà permis d’importantes clarifications, notamment autour des propriétés d’auto-renouvellement et de différenciation ou des différentes conceptions des cellules souches. Mais l’efficacité des interventions philosophiques fait sans cesse face aux limites des données disponibles. Partant de ce constat, notre projet STEM combine à l’analyse philosophique des approches phylogénétiques et expérimentales qui, ensemble, permettront une meilleure compréhension des cellules souches. Une analyse antérieure de la diversité des cellules souches nous a permis de montrer que la propriété souche pouvait être de quatre natures (ontologies) différentes. En fonction des tissus, il peut s’agir d’une propriété de type catégorique (intrinsèque), dispositionnelle (intrinsèque mais dont l’expression dépend de stimuli extrinsèques), relationnelle (extrinsèque, induite par le microenvironnement), systémique (extrinsèque, régulée à l’échelle de la population cellulaire). Cette analyse soulève deux questions qui font l’objet de STEM. (1) La question de l’unité des cellules souches : si la propriété souche peut être de différente nature, cela indique-t-il que la catégorie des cellules souches regroupe artificiellement des types cellulaires fondamentalement différents ? Autrement dit, les cellules souches sont-elles une espèce naturelle ? (2) La question de la stabilité de l’identité souche : les quatre ontologies de la propriété souche sont-elles mutuellement exclusives ou poreuses ? Autrement dit, la nature de la propriété souche est-elle stable pour chaque variété de cellule souche ou bien peut-elle varier dans certains contextes comme en cas de régénération ou de pathologie ? Ces deux questions ont d’importantes conséquences pour la biologie et la médecine dans la mesure où les réponses dirigent vers des programmes de recherches et des stratégies thérapeutiques différentes. Pour répondre à la question de l’unité des cellules souches, nous utiliserons une approche phylogénétique pour déterminer si les cellules souches ont une origine évolutive commune ou bien si notre classification décrit des types de cellules souches ayant des origines séparées, auquel cas les cellules souches ne peuvent pas appartenir à une espèce naturelle. Pour répondre à la question de la stabilité, nous utiliserons des approches expérimentales destinées à explorer l’identité souche en contexte de régénération (avec un modèle animal ayant une forte capacité de régénération) et en contexte pathologique (avec un modèle murin de leucémie aigüe induite par une translocation qui permet l’acquisition de propriété souche). Nous examinerons les conséquences de ces données pour la biologie des cellules souches et ses applications cliniques. Ces résultats expérimentaux et phylogénétiques nous permettront également de poursuivre les travaux engagés par d’autres philosophes, notamment la proposition d’élaboration d’une définition des cellules souches par cluster de propriétés homéostatiques, qui s’étaient trouvées limitées par les données disponibles. Enfin, nous conduirons une réflexion méthodologique sur l’intégration d’approches scientifiques à des fins philosophiques.

ANR

2019

AMBISENSE — Accès à l'ambiguïté perceptive: mesures comportementales, métacognitives et physiologiques de la perception en situation d'incertitude

La perception est un problème mal défini: à chaque instant, l'information disponible aux sens est insuffisante pour spécifier de façon univoque et complète l'état du monde extérieur. La plupart des données que nous percevons sont en effet sous-spécifiées et bruitées, se prêtant à des interprétations rivales. Parmi les cas classiques d'ambiguïté sensorielle, on peut citer les illusions visuelles du cube de Necker, ou encore l'illusion auditive de Shepard. Deux exemples récents ont suscité l'attention du public et des médias, notamment par le fait qu'il s'agit de stimuli "naturels" et non-contrôlés : d'une part la #Robe dans le domaine visuel, une photographie d'une robe perçue tantôt comme noire et bleue, tantôt comme blanche et dorée; d'autre part le stimulus #Laurel-Yanny dans le domaine auditif, l'enregistrement d'un mot donnant lieu à des percepts très distincts selon les participants ("Laurel" selon les uns, "Yanny" selon les autres). Dans l'un et l'autre cas, la plupart des sujets résolvent de façon très rapide l'ambiguïté, sans accéder au caractère proprement ambigu du stimulus. Si l'étude de la multistabilité perceptive constitue un champ d'exploration classique dans le domaine de la philosophie de la perception et des sciences cognitives, peu d'attention a été accordée jusqu'ici aux processus qui rendent l'ambiguïté perceptive accessible ou inaccessible à la conscience. Les cas mentionnés plus haut constituent des exemples frappants d'inaccessibilité à la conscience : là où la plupart des participants prennent rapidement conscience de l'ambiguïté du cube de Necker, et peuvent modifier leur percept de façon plus ou moins volontaire, l'un des aspects qui explique le succès de la Robe ou de Laurel-Yanny est justement l'incapacité de la plupart des sujets à accéder l'interprétation rivale des autres sujets percevants. Le but de ce projet est d'examiner la nature et les conditions d'accès à l'ambiguïté du stimulus. Le projet vise à clarifier la contribution de trois facteurs principaux à cet accès : les caractéristiques propres du stimulus; son contexte; et enfin l'expertise des sujets percevants. Notre projet se fonde sur une méthodologie visant à prendre en compte différentes mesures d'accès explicite et implicite à l'ambiguïté : la performance des sujets, les jugements de confiance explicites, et enfin certains corrélats physiologiques de la confiance sur lesquels nous avons collecté des données préliminaires, notamment les temps de réaction et la dilatation de la pupille. Le projet, de nature interdisciplinaire, a des implications nombreuses pour la compréhension de la multistabilité perceptive, notre hypothèse de travail étant que seuls certains stimuli multistables empêchent l'accès conscient à l'ambiguïté. L'un des aspects que le projet vise à clarifier concerne aussi le débat philosophique qui concerne l'opposition entre le vague et l'ambiguïté. Enfin, le projet comporte un volet de retombées pratiques, puisque nous prédisons qu'il est possible d'entraîner les sujets à mieux détecter les ambiguïtés perceptives, de façon à améliorer leurs performances métacognitives, de même que leurs performances de premier ordre sur des tâches perceptives complexes.

ANR

2019

BEHealth — Étude des déterminants sociaux-économiques et comportementaux des états de santé et mise en place d’un module d'élicitation des préférences individuelles dans la cohorte Constances

Dans ce projet, nous proposons la mise en place d’un module de mesure de variables d’économie comportemental au sein de la cohorte épidémiologique Constances afin de mesurer les préférences individuelles des patients vis à vis du risque, de l’ambiguïté et du temps. Ces variables psychologiques et les biais qui y sont potentiellement associés sont les éléments de base des modèles normatifs et descriptifs des comportements de santé en économie de la santé et en économie comportementale. Dans le WP1, nous mettrons en place le dispositif sur le plan administratif et logistique et adresserons notre module par internet à un sous-échantillon représentatif de la cohorte Constances lors de deux vagues d’interrogation à un an d’écart. Notre objectif est d’obtenir une mesure répétée des préférences individuelles de 5000 volontaires Constances. Nous apparierons les données du module avec les données pertinentes des questionnaires de suivi constances, des examens de santé d’inclusion et du SNIRAM. Le data manager et le statisticien recrutés spécialement pour ce projet (pour respectivement 24 et 18 mois) prépareront alors les bases de données et statistiques préliminaires et travailleront en support des équipes scientifiques en charge des quatre projets de recherche présentés ci-après. Dans le WP2, nous étudierons l’évolution des préférences individuelles au cours de la vie et notamment les liens causaux et de sélection entre les préférences individuelles et la position socio-économique des patients (WP2.1) et le rôle de l’histoire de santé des patients sur l’évolution des préférences individuelles dans le temps. Dans le WP3, nous examinerons comment les préférences individuelles conjointement avec des indicateurs de position socio-économiques et de sécurité économique déterminent les choix individuels de comportements de santé en terme de prévention primaire (consommation d’alcool, de tabac et de stupéfiants, manque de sommeil et d’activité physique...) et de prévention secondaire (dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus en particulier) (WP3.1) et les choix individuels d’exposition à la pollution et de lieu de résidence (WP3.2). Les résultats de ces études éclaireront les pouvoirs publics sur les mécanismes de prise de décision médicale et de santé des individus et les inégalités sociales de santé qui en résultent. En outre, la base de données issue du projet BeHealth sera unique et constituera un bien public pour les chercheurs en économie de la santé, en médecine, en épidémiologie et en santé publique au fait des concepts développés en économie comportementale sur les préférences individuelles et les déviations et biais vis à vis de la rationalité économique.

ANR

2019

CORES — Comportements et représentations spatiales collectives en milieu urbain : Incidence des cartographies instrumentales et partagées en situation de navigation pédestre

Comportements et représentations spatiales collectives en milieu urbain : Incidence des cartographies instrumentales et partagées en situation de navigation pédestre La pratique de la marche en milieu urbain a été considérablement transformée depuis l’arrivée des outils de cartographie instrumentale comme Google Maps. Fort d’une expérimentation conduite depuis plusieurs années sur des marches réalisées collectivement à l’aide d’une application de cartographie partagée, une question centrale est apparue avec évidence : dans quelle mesure les cartographies instrumentales et partagées sont-elles susceptibles de modifier nos comportements et nos représentations spatiales ? Si des études précédentes ont tenté de cerner l’impact des outils de navigation sur nos représentations cognitives, aucune ne s’est véritablement intéressée à l’incidence des outils d’interaction collective entre marcheurs en milieu urbain. Spécifiquement, cette recherche vise à confronter les représentations spatiales – obtenues via des dessins à main levée et des graphes – et les comportements dans l’espace, retranscris à l’aide de données de trackings collectées depuis des téléphones mobiles. Plus précisément, les trackings seront confrontés aux dessins et aux graphes de façon arrêtée (résultat final), mais surtout de façon dynamique : évolution spatio-temporelle de la marche et évolution spatio-temporelle de la construction des dessins et des graphes. Ainsi, nous procéderons notamment à une analyse croisée des évolutions spatio-temporelles de la marche – comportements – et de la construction des dessins à main levée filmée en vidéo – représentations – (mais également en considérant l’aspect comportemental dans la construction des dessins et la restitution des graphes). La méthodologie proposée comprend 4 groupes de sujets : i. groupe test ; ii. groupe utilisant une application de cartographie instrumentale (Google Maps) ; iii. groupe utilisant une application de cartographie partagée ; iv. Groupe iii. renouvelant l’expérimentation. Elle se développera en 3 phases : a) Analyse et confrontations des représentations spatiales individuelles et collectives ; b) Analyse et confrontations des comportements individuels et collectifs ; c) Confrontation des comportements et des représentations spatiales. Mots clés : analyse spatio-temporelle carte cognitive, cartographie partagée, comportement spatial, déambulations, externalisations, interactions collectives, marches urbaines, navigation appareillée, représentation spatiale.

ANR

2019

RECORDS — pRatiques dEs publiCs des platefORmes De Streaming musical

Que fait le streaming à notre écoute de la musique ? Que disent les big data collectées par les plateformes de streaming de nos pratiques d’écoute musicale ? Comment les consommations de contenus musicaux et les pra- tiques d’écoute évoluent-elles à l’ère de l’abondance de l’offre et de la recommandation ? L’hyperchoix donne-t-il lieu à des parcours individuels très dissemblables ? Ces plateformes favorisent-elles essentiellement des écoutes d’« accompagnement » des activités quotidiennes, organisées par les playlists ? Les traces collectées par les pla- teformes permettent-elles de revisiter les théories de la sociologie des pratiques culturelles ? Les réponses existantes à ces questions sont aujourd’hui très partielles. Les enquêtes par questionnaire peinent à appréhender en finesse les pratiques d’écoute, au-delà des préférences générales déclarées ; les tra- vaux basés sur des entretiens sont centrés sur l’expérience d’une population restreinte, souvent très engagée dans la pratique musicale, et ne sauraient tracer l’ensemble des écoutes ; les travaux à partir de données d’écoute manquent de pouvoir explicatif, faute d’information sur les internautes. Le projet RECORDS propose d’articuler enquête et big data, et d’étudier les questions précédentes à partir d’un matériau empirique d’une diversité et d’une ampleur sans précédent. Il s’appuie sur un partenariat origi- nal entre des chercheurs issus des sciences sociales, des sciences du numérique, et l’un des acteurs majeurs de la diffusion musicale en France. Il représente une opportunité unique que seule permet la collaboration de la recherche publique avec une entreprise privée : celle de constituer un corpus articulant les informations décla- rées des individus avec l’intégralité des traces de leurs écoutes sur une plateforme depuis plusieurs années. Les chercheurs disposeront ainsi, pour plusieurs milliers d’individus, de données recueillies avec le consentement des utilisateurs, permettant d’analyser conjointement l’ensemble de leurs écoutes réelles, leurs pratiques et goûts déclarés, leurs caractéristiques socio-démographiques et des éléments biographiques tels que les rythmes de vie. Ce corpus inédit permettra d’approfondir la compréhension de l’écoute musicale en streaming, considérée comme un cas emblématique et précurseur de la consommation culturelle en régime numérique : (1) en explo- rant de nouveaux modes de représentation de la circulation des œuvres et des personnes au sein des espaces musicaux, et en confrontant ces représentations à celles que s’en font les utilisateurs ; (2) en réexaminant la stratification sociale des goûts musicaux et la théorie de l’omnivorisme culturel à la lueur des traces d’écoutes réelles des personnes, en caractérisant de façon multiple les patterns de diversité consommée ; (3) en mesurant le rôle des contextes et des caractéristiques sociales sur les pratiques d’écoutes, notamment sur les usages de la recommandation et ses effets. Tirant parti de travaux récents en apprentissage automatique, RECORDS viendra en retour enrichir ces méthodes qui sont à l’œuvre dans les approches actuelles de la recommandation. Les résultats scientifiques attendus du projet sont ainsi tant méthodologiques, à travers de nouveaux modes de calcul et outils de visualisation de la circulation des personnes dans des espaces de goût, que théoriques, dans le renouvellement des théories de la consommation musicale et la compréhension inédite des ressorts de l’usage ou non des algorithmes. Ils dessineront une vision informée, réaliste et complète des pratiques du streaming musical, au-delà des images de l’exploration illimitée ou de la manipulation par les automates de recommandation. Le bénéfice industriel attendu du projet est directement lié à l’exploitation de ces connaissances nouvelles pour améliorer les plateformes et étoffer leur compréhension des envies de leurs utilisateurs.

ANR

2019

MIGRINDOM — Des Migrants de l'Intérieur. Gestion étatique et trajectoires collectives de migrants en provenance des Départements d’outre-mer

Ce projet de recherche porte sur les migrations en provenance des départements d’outre-mer (DOM) depuis la deuxième moitié du XXe siècle, dans le but de saisir conjointement les logiques institutionnelles organisant et encadrant ces migrations et les logiques individuelles et familiales des migrants qui s’emparent de ces dispositifs tout autant qu’ils sont contraints par eux. Les DOM ont connu un destin particulier à l’époque de la décolonisation de l’Empire français : quand d’autres territoires colonisés sont devenus des Etats-nations indépendants, ces territoires ont été pleinement assimilés à l’Etat français à partir de 1945 par la départementalisation. Ce destin à part confère aux dynamiques et politiques migratoires concernant ces départements un intérêt particulier. Internes à une entité nationale, ces migrations ont été organisées par une agence créée par l’Etat français dans les années 1960, dans un but conjoint de politique de main d’œuvre et de neutralisation des mouvements indépendantistes . Ce projet s’inscrit également dans l’étude des pratiques transnationale et des circulations. Tout en étudiant le poids relatif de l’action publique sur les trajectoires sociales de migrants et leurs apparentés, il s’agit aussi d’étudier ces migrations à partir des trajectoires des migrants eux-mêmes, dans un contexte de défis démographiques importants pour ces territoires.

ANR

2019

i3.MesopOil — i3/šamnum: huiles végétales et graisses animales dans les anciennes sociétés urbaines de Syro-Mésopotamie – Production, distribution et consommation

Les huiles et les graisses (sumérien i3, akkadien šamnum) répondent aux besoins humains fondamentaux au même titre que la nourriture, le logement et les vêtements : car les substances grasses sont indispensables pour protéger la peau, surtout dans un climat aride. L'importance de l'huile et de la graisse pour une société humaine se reflète surtout dans le chef-d'œuvre de la littérature mésopotamienne, l'épopée de Gilgamesh : après avoir mangé du pain et bu de la bière, l'homme sauvage Enkidu est devenu un humain civilisé après avoir été lui-même oint. L'onction comme pratique quotidienne est bien connue des sources cunéiformes, et l’archéologie a mis au jour des récipients spéciaux utilisés pour l’huile en grand nombre. Bien que l'huile soit l'un des produits transformés les plus courants en Syro-Mésopotamie, comme la bière, le pain ou le vin, elle n'a jamais été considérée dans son contexte social et culturel. Ce projet évalue la documentation épigraphique exceptionnelle qui est disponible, comprenant surtout des archives administratives de 2500 à 1600 av. J.-C., et examine toutes sortes de graisses animales (matière grasse du lait, saindoux, etc.) et d'huiles végétales (sésame, olive, rarement amandes) qui y sont attestées. S'appuyant sur des études antérieures portant sur des aspects spécifiques de leur terminologie, de leur production, de leur circulation et de leur utilisation, ce projet vise à fournir une description cohérente et innovante des étapes successives ("chaîne opératoire") de la production à la consommation dans son ensemble, approche qui n'a pas été encore systématiquement adoptée pour ces périodes. En particulier, l'énorme corpus administratif des débuts de la Syro-Mésopotamie nous renseigne sur la gestion de l’huile dans les centres urbains et constitue une source très riche pour étudier les procédures économiques dans leur contexte social et historique. Le projet se concentre sur les informations concernant les qualités de l'huile et sur les quantités de ce produit indiquées dans la documentation. Cette approche ouvre la voie à l’utilisation des données provenant de sources textuelles dans les recherches archéologiques, archéométriques et archéobotaniques. Les deux porteurs sont spécialistes des textes administratifs, de leur terminologie et des aspects quantitatifs. Ce projet permet de combiner l'expertise de documents sumériens (Âge du Bronze ancien) de l'équipe allemande avec celle de l'équipe française concernant les documents paléo-babyloniens (Âge du Bronze moyen) et s’appuie sur les compétences interdisciplinaires de partenaires pour les données céramiques, archéométriques, archéologiques, archéozoologiques et archaébotaniques. Deux autres types d’études sont intégrés dans ce projet et en constituent des éléments essentiels : une étude archéologique des oléagineux et une analyse des résidus lipidiques des céramiques du sud de l'Irak. L'expertise numérique est fournie par le groupe IT de la LMU de Munich.

ANR

2019

GENDAR — La portée explicative du darwinisme généralisé: vers des critères pour des explications évolutionnaires hors de la biologie

Ces dernières décennies dans plusieurs champs extérieurs à la biologie les chercheurs ont commencé à interpréter les phénomènes en termes évolutionnaires, et à utiliser des concepts et modèles évolutionnaires pour les décrire et les expliquer. Mais alors que de réelles explications évolutionnaires des phénomènes non-biologiques avanceraient évidemment notre connaissance, il semble souvent que les interprétations évolutionnaires construites dans certains de ces champs ne constituent pas de bonnes explications scientifiques. Il est ainsi naturel de vouloir clarifier les conditions sous lesquelles le darwinisme peut tenir le rôle d’un cadre explicatif à buts pluriels, ou d’un paradigme unifiant qui pourrait amener réunir divers champs d’étude intra- et extrabiologiques. Cette enquête épistémologique repose sur une présupposition métaphysique que les divers phénomènes et systèmes que l’on étudie dans les programmes de recherche ‘évolutionnaires’ instantient tous les mêmes processus basiques (i.e., l’évolution darwinienne) et qu’on peut ainsi en rendre compte selon le même schème explicatif - soit une forme nucléaire de théorie darwinienne qui devrait être spécifiée au cas par cas pour chaque application. Le projet GenDar évalue dans quelle mesure ces conceptions épistémologiques et ces assomptions métaphysiques sont satisfaites. Entrepris par une équipe de philosophes des sciences à Paris et Hanovre, avec l’appui de collaborateurs extérieurs biologistes ou chercheurs en sciences sociales dans des champs concernés par les théories darwiniennes, GenDar aborde cette question avec le but de déterminer la portée explicative de la théorie darwinienne. Il traite quatre questions: (1) Y a-t-il un coeur de principes, concepts, etc. qui a été maintenu au long du développement de la théorie évolutionnaire darwinienne ? (2) Y a-t-il une manière privilégiée de formuler le coeur du darwinisme ? (3) Si la théorie évolutionnaire darwinienne promeut de bonnes explications de phénomènes dans des champs de recherche extra-biologiques dont beaucoup sont significatifs pour notre compréhension et notre structuration des sociétés où nous vivons (éthique, psychologie, médecine, sociologie, etc.), qu’impliquerait donc pour la société et la vie humaine un usage de la pensée darwinienne dans ces domaines ? Structuré en 3 tâches - formalismes mathématiques, concepts métaphysiques et conséquences sociales/éthiques -, GenDar examinera les formulations mathématiques et conceptuelles du Darwinisme, la métaphysique des processus et des entités darwiniens, et l’interface entre darwinisme généralisé et problèmes éthiques/sociaux. En abordant ces questions, le projet vise à clarifier les risques épistémiques et sociaux - mais aussi les promesses - d’une application de la pensée évolutionnaire hors sciences de la vie.

ANR

2019

IMAGEUN — Au miroir de la politique européenne de voisinage : Explorer les imaginaires géographiques d'une macro-région

L’Union européenne traverse une phase de profonde restructuration spatiale et sociale: son territoire s’est élargi grâce à l’adhésion de 14 pays de l’Europe orientale et méridionale depuis 2004; elle s'est dotée d'une nouvelle constitution sous la forme du traité de Lisbonne; elle tente de faire face à une grave crise financière et à la montée deu nationalismes autoritaires dans et autour de celle-ci; et enfin risque de connaître la perte d’un membre pour la première fois de son histoire. Le voisinage de l’UE subit au même moment de profondes transformations. Non seulement parce que le «voisinage» peut se modifier par l'adhésion ou la sécession (Brexit). Mais aussi en raison de changements géopolitiques, tels que le conflit en Ukraine, les effets des révolutions arabes (Syrie, Libye) et les nouvelles stratégies de puissance de la Turquie, de la Russie, de l’Iran ou de l’Arabie Saoudite. La forme socio-spatiale de l'ensemble de la macro-région qui entoure l'UE, souvent appelée le «voisinage européen», a donc considérablement changé. Au-delà de l'UE et de ses voisins, les équilibres du monde qui semblaient stables au niveau macro-régional, sont en pleine mutation. Ces transformations du découpage macro-régional du Monde et les significations changeantes de «l'Europe», de l'UE et des relations avec ses «voisins» sont au centre de ce projet. Dans ce contexte, nous proposons d'explorer les imaginaires géographiques de la forme socio-spatiale de cette macro-région et des espaces d'interaction qui s'y trouvent, en nous concentrant sur cinq pays clés dans et autour de l'UE (France, Allemagne, Turquie, Tunisie et Royaume-Uni). ) et en explorant trois corpus d'analyse géopolitique (dans les systèmes d'enseignement supérieur, parmi les acteurs politiques et dans les médias qui façonnent l'agenda). Ce faisant, nous intégrerons les compétences nationales et théoriques complémentaires des chercheurs impliqués et contribuerons aux débats universitaires contemporains sur la macro régionalisation du Monde, l'européanisation, la forme socio-spatiale de l'Union européenne, son identité et son rôle international mais aussi les macro-régionalisations concurrentes qui se développent à l’intérieur de l’espace d’étude constitué par l’UE et les pays voisins. Plus concrètement, nous poursuivons deux ambitions principales. En premier lieu, réaliser une étude comparative des imaginaires géographiques dominants de cinq pays à travers l’étude de trois niveaux d'analyse géopolitique décisifs pour la formation de macro-régions imaginaires. Deuxièmement, et en plus des résultats académiques, nous souhaitons travailler activement avec les citoyens et acteurs macro-régionaux.. En tant que telle, la collaboration avec d’autres chercheurs, groupes de réflexion, acteurs politiques et journalistes est un élément essentiel et durable de ce projet, qui assurera une large visibilité publique des résultats grâce à l’inclusion de ces citoyens et acteurs dans le processus de recherche.

ANR

2018

DIGUES — DIGUES (Digues, Interactions, Gestion, Usages, Environnement et Scénarios) : quelles transitions des systèmes d'endiguement maritimes et fluviaux au 21e siècle en France, entre usages, paysage, nature et protection ?

DIGUES (Digues, Interactions, Gestion, Usages, Environnement et Scénarios) : quelles transitions des systèmes d'endiguement maritimes et fluviaux au 21e siècle en France, entre usages, paysage, nature et protection ? La France est à un tournant des relations que la société entretient avec ses digues maritimes et fluviales sur un linéaire de 9000 km. Longtemps considérée comme un objet technique de défense contre les eaux, la digue est aujourd'hui perçue selon un paradigme incorporant aussi les usages, la nature et le paysage. A partir de 2018, les collectivités locales prendront en charge la compétence de protection contre les inondations. Accompagner les acteurs locaux dans ce contexte changeant revient à entrecroiser de multiples enjeux et à réfléchir à des orientations variées de gestion des digues, parfois nouvelles en France, oscillant entre fermeture et ouverture, rehaussement et abaissement, artificialisation et renaturation. Cela oblige à considérer l'ensemble du système d'endiguement, i.e. la digue et le territoire endigué qu'elle protège. Nous avons comme objectif majeur l'établissement de propositions nouvelles relatives au devenir des digues et l'évaluation des conditions de faisabilité et d'acceptabilité de ces propositions. Celles-ci pourront prendre diverses orientations, souvent combinables, dans les domaines de la défense dure ou douce contre les eaux, de la gestion de la végétation, de la fréquentation et de la patrimonialisation. Ces propositions et leurs conditions seront livrées sous forme de scénarios de transition des systèmes d'endiguement. À partir de scénarios situés, établis en milieu fluvial (Loire, Marais Poitevin, Seine & Marne) et côtier (Dives, Veys, Authie), nous construirons des scénarios génériques et reproductibles au moyen de méthodes interdisciplinaires d'étude et de facilitation, mais aussi d'une collaboration avec les acteurs locaux et d'échanges de bonnes pratiques avec des ingénieurs anglais et zélandais. Du fait du défi qu'elle suppose, la construction même de ces scénarios constituera un objectif scientifique. Un 3e objectif consistera à tester des outils aidant à construire les scénarios : le jeu de rôle, la médiation paysagère, la comparaison et l'histoire. En termes de résultats, nous serons en mesure de caractériser les trajectoires possibles des systèmes d'endiguement et d'évaluer leurs degrés d'acceptabilité en fonction des types de population et de milieux, des enjeux concernés, des orientations possibles et de méthodes de facilitation. Nous pourrons aussi évaluer le caractère durable des systèmes d'endiguement dans les territoires, systèmes non plus considérés comme de purs objets techniques mais intégrant plusieurs dimensions. Le projet aidera, enfin, à consolider la présence de la France dans le débat européen sur les digues, montrant qu'elle peut porter une réflexion nouvelle sur les conditions d'acceptabilité de solutions innovantes, définies au moyen d'une approche non uniquement économique ou sécuritaire. Trois verrous seront à lever. Nous veillerons à ne pas transformer en handicap la diversité des sites, des discours et des approches en pratiquant la transversalité et en prévoyant des temps de croisement des résultats et d'élaboration des scénarios. Il s'agira de lever des verrous sociopolitiques en cas de crise hydrologique majeure ou face à une enquête ou des scénarios évoquant des techniques peu acceptées : il nous faudra faire comprendre que nos scénarios sont des propositions scientifiques dénuées d'a priori, et non des obligations. In fine il faudra passer de scénarios situés à des scénarios génériques. Ils seront reproductibles car nous déterminerons quelles variables conduisent en théorie à quel scénario, et quels scénarios sont envisageables dans un territoire, et à quelles conditions. MOTS-CLEFS : digue, paysage, scénarios, approche multi-acteurs, interactions écosystèmes/sociosystèmes, gestion durable. PARTENAIRES : LGP, LAREP, PRODIG, LADYSS, CRH, LIENSs

ANR

2018

ATOLLS — Archipels, Territoires et mObilités famiLiaLeS

L’objectif de cette proposition est d’analyser la durabilité de l’organisation territoriale polynésienne en se focalisant sur les migrations, les familles et les politiques. En s’appuyant sur l’examen de l'organisation des familles, de leurs ancrages et des trajectoires de mobilité des individus qui les composent, nous souhaitons identifier les mécanismes à l’origine de la mobilité ou au contraire de l’ancrage des populations sur le territoire polynésien. Dans ce territoire archipélagique, notre objectif est d’évaluer le rôle de l’implantation des services publics (éducation, santé, transports), des zones de développement économique, plus généralement de l’organisation territoriale soutenue par l’ensemble des politiques sur les dynamiques de peuplement. Il conviendra aussi de prendre en compte la position de ce territoire de l’Océanie en lien avec d’autres espaces (l’Hexagone, la Nouvelle Calédonie, l’Asie, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada, etc.) destinations potentielles en particulier des mobilités d’éducation et de santé. La Polynésie française est ici envisagée comme un système de peuplement réticulaire où les espaces intermédiaires n’existent pas. Il s’agit d’un espace ouvert où le réseau familial et ses solidarités permettent de franchir l’insularité. Un espace dont le solde migratoire négatif s’accentue et où l’on observe une polarisation intense dans la « métro-pôle » locale (l’île de Tahiti et sa capitale Papeete) où se situe le hub portuaire et aéroportuaire. Mais aussi un espace constitué de 118 îles regroupées en 5 archipels et réparties sur un territoire vaste comme l’Europe dont les îles les plus éloignées sont séparées de près de 2000 km. Le développement économique et la concentration de services publics dans la capitale expliquent la densification de la zone urbaine de Papeete au cours des 50 dernières années. Cette concentration a abouti aujourd’hui à une importante crise du logement doublée d’une crise économique pouvant être à l’origine du reflux vers les archipels, observé actuellement. Le rôle et l’implantation des services publics (éducation, santé, transports) soumis à l’obligation de continuité territoriale doivent alors faire preuve d’une forte résilience dans une société ou près d’un individu sur deux a changé de logements en l’espace de cinq ans. Ce projet présente une occasion unique d’analyser la durabilité des systèmes territoriaux à partir d’une triple entrée : les lieux et les territoires ; les familles et les liens ; les individus et leur parcours. Les analyses envisagées, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives, vont donc explorer les fonctionnements familiaux, les dispositifs publics et les caractéristiques individuelles qui permettent de transcender l’insularité. Autrement dit, l’analyse multi scalaire envisagée permettra de comprendre le tiraillement qui peut exister entre l’accès aux services, les solidarités familiales, les ancrages territoriaux et plus généralement le maintien de populations sur un territoire si vaste. Porté par une équipe pluridisciplinaire (géographes, démographes, sociologues, statisticiens et politiste), notre projet repose sur un double partenariat avec l’UMR SAGE de l’université de Strasbourg et UMR IDEES de l’université de Rouen et l’Institut de statistique de Polynésie française (ISPF) qui participe au projet dans le cadre de différentes collectes déjà programmées et financées (l’enquête emploi 2018, l’enquête sur la famille, le logement et les relations à distance en 2019). Ce projet, original à bien des égards, articule collecte et analyse de matériaux quantitatifs et qualitatifs. Il s’inscrit dans un renouveau des questions autour de la famille et propose une analyse quantitative inédite sur un territoire jusque-là peu décrit. Il permet plus généralement de réinterroger les travaux sur la durabilité des territoires à partir d’un archétype géographique.

ANR

2018

SyndiQuAf — Syndicalisme au quotidien en Afrique

Ce projet réunissant huit chercheurs (anthropologues, historiens, politistes) propose d'étudier le syndicalisme depuis la période coloniale dans trois pays : le Burkina Faso, le Sénégal et le Soudan. Objet peu étudié, le syndicalisme constitue pourtant un prisme privilégié par lequel étudier les évolutions des mondes du travail, de la place du salariat dans les sociétés, du rapport entre les travailleurs et l’État et les employeurs. Laboratoire des réformes économiques libérales et des politiques d'austérité, le continent africain offre des perspectives permettant de "déprovincialiser" l'étude du salariat et des syndicats. L'originalité de notre approche repose sur notre volonté d'aborder la fabrique du syndicalisme dans sa quotidienneté, par "le bas", sans normativité, à rebours d'une littérature sur le syndicalisme africain encore dominée par les tropismes ouvriéristes et progressistes. Trois axes guideront notre recherche : syndicalisme et travail, syndicalisme et politique, syndicalisme et identités. En étudiant par équipe différents secteurs professionnels, sur plusieurs pays d’études (qui débordent l’Afrique francophone), ce projet est porteur d’un vrai comparatisme et d’une réelle pluridisciplinarité d’approche du syndicalisme africain.

ANR

2018

Fintech — Technologie et (dès)intermédiation financière

Notre projet de recherche vise à explorer le rôle du crowdfunding dans l’intermédiation financière, à savoir, le rôle des plateformes de crowdfunding par les prêts et par les actions. Depuis la crise financière, ces plateformes sont parfois perçues comme une opportunité pour introduire plus de concurrence dans l’industrie bancaire, qui est considérée comme concentrée, inefficace et opaque. En même temps, ces nouveaux entrants pourraient présenter des problèmes similaires à ceux des banques traditionnelles avec la présence de la sélection adverse et des problèmes d’agence. L’objectif de ce projet consiste à explorer les différences entre les intermédiaires financiers traditionnels et alternatifs afin de comprendre à quelles conditions ces nouveaux acteurs pourraient améliorer l’efficacité et la stabilité de l’intermédiation financière. Le marché français mérite notre attention pour deux raisons. Premièrement, la France accueille le plus grand marché de crowdfunding en Europe continentale. Deuxièmement, la Banque de France a récemment ouvert “Open data room” qui permet aux chercheurs d’avoir accès aux données détaillées sur les entreprises et leurs relations bancaires. Ces données confidentielles et fermées aux chercheurs ne sont pas accessibles aux Etats-Unis et Angleterre. Dans la partie théorique du projet, nous modéliserons la concurrence entre une grande banque et une petite plateforme de prêt. Nous supposons qu’une plateforme possède une meilleure technologie pour résoudre des problèmes d’asymétrie d’information et est, donc, capable de prêter aux entreprises plus risquées. L’objectif de notre analyse est de comprendre si la concurrence entre les banques et les plateformes améliore les conditions de crédit pour les emprunteurs et les rendements financiers des investisseurs. En outre, nous analyserons l’impact du cadre réglementaire (i.e. les exigences en capital, la réglementation des taux des dépôts) sur les conditions de crédit. Dans la partie empirique du projet, nous continuerons à explorer la concurrence entre les banques et les plateformes et entre les plateformes elles-mêmes. Premièrement, nous étudierons les problèmes de sélection adverse liés au fait que les plateformes accueillent les emprunteurs rejetées par les banques. Nous modéliserons la décision de l’emprunteur de postuler pour un prêt via une plateforme, ce qui nous permettra de comprendre si les banques et les plateformes sont en concurrence pour les mêmes emprunteurs ou si les plateformes prêtent aux emprunteurs exclus du financement bancaire. Deuxièmement, nous évaluerons la technologie de l’intermédiation des plateformes en testant si elles réussissent à alléger les contraintes de crédit des PME et à améliorer leur performance. Nous explorerons également les différentes mécanismes de la formation des taux d’intérêt sur les plateformes et comparerons les conditions de financement entre les banques et les plateformes de crowdfunding. Finalement, nous étudierons la valeur ajouté de plateformes de crowdfunding par les actions pour tester l’existence de la sagesse des foules. L’objectif ultime de notre projet est de proposer un guide de réflexion qui puisse servir aux régulateurs. La première étape consistera à répertorier, en collaboration avec l’OCDE, l’ensemble des pratiques réglementaires des pays de l’OCDE. La régulation devrait protéger les consommateurs, traiter des problèmes d’agence inhérents à l’intermédiation financière, prendre en compte des considérations de concurrence et de stabilité financière.

ANR

2018

MOQAT — Mondialisation, Qualité des Produits et Marche du Travail

La libéralisation du commerce était au cœur des réformes structurelles des dernières décennies. Les effets microéconomiques de l'ouverture commerciale sur la compétitivité des entreprises et les marchés du travail ont fait l'objet d'une grande attention récemment. Les travaux récents (Verhoogen, 2008, Khandelwal, 2010) mettent en évidence des stratégies alternatives de compétitivité des prix pour améliorer l'efficacité des entreprises dans un monde globalisé: les entreprises peuvent augmenter leurs parts de marché à l'étranger en améliorant la qualité de leurs produits. Nos travaux récents montrent que la libéralisation des échanges incite les entreprises à améliorer la qualité des biens intermediaires étrangers pour améliorer la qualité des produits finis exportés (Bas et Strauss-Kahn, 2015). Sur le marché du travail, la littérature a montré que les chocs commerciaux induisent d'importants ajustements du marché du travail qui ont des conséquences sur la distribution des revenues et sur l’emploi (Autor et al., 2013). Ce programme de recherche propose plusieurs projets pour comprendre les mécanismes en jeu. Réalisant des analyses microéconométriques théoriquement fondées sur des données détaillées au niveau produit-entreprise pour plusieurs pays, ce programme de recherche explore les effets hétérogènes du commerce international sur la performance des entreprises, la qualité de la valorisation et la demande d'emploi. Les deux premiers projets portent sur le rôle de la qualité des produits sur les prix et la demande finaux, d'une part, et sur l'impact de la valorisation des biens intermediaires importés sur l'innovation des produits et l'emploi des différentes qualifications, d'autre part. Les deux autres projets examinent la relation entre l'exposition des entreprises aux marchés internationaux et les différents résultats sur le marché du travail national, tels que la volatilité des travailleurs de différentes qualifications et les différences entre le genre dans le statut professionnel. Le dernier projet étudie l'impact de l’allocation des ressources sur la compétitivité externe et étudie si les entreprises qui optimisent leur utilisation de la main-d'œuvre sont plus compétitives sur les marchés internationaux. La principale contribution de ce programme de recherche à la littérature est d'examiner les différentes façons dont les entreprises peuvent améliorer leur compétitivité hors prix dans un monde globalisé et ses effets sur la demande de main-d'œuvre. Les projets de recherche proposés sont innovants de plusieurs façons. Tout d'abord, tous les projets partagent une ambition commune: ils visent à identifier la relation causale entre le commerce international, la performance des entreprises et les résultats du marché du travail reposant sur des microdonnées très détaillées et des stratégies économétriques originales: variations des chocs commerciaux exogènes. Deuxièmement, l'analyse empirique est toujours guidée théoriquement. Tous les projets ont proposé un cadre théorique qui rationalise les mécanismes en jeu et les implications théoriques qui seront testées. Troisièmement, les thèmes de recherche de chaque projet sont nouveaux et originaux et visent à contribuer à la littérature de plusieurs façons: (i) il n'existe aucune preuve de l'impact hétérogène des réductions tarifaires sur les prix à l'exportation en fonction de la qualité du produit au niveau micro ii) aucun travail n'a exploré la relation entre l'amélioration de la qualité des intrants étrangers et le changement technique biaisé des entreprises; iii) il y a un manque des études sur l'impact des exportations des entreprises sur la volatilité de l'emploi iv) on sait peu de choses sur l'impact de la libéralisation du commerce sur l'emploi informel en fonction du genre et des professions et (v) il existe peu de preuves au niveau microéconomique sur la relation entre hétérogénéité des entreprises, compétitivité externe et mauvaise allocation des ressources.

ANR

2018

FIRR — Infrastructure Financière: Risques et Régulation

Le projet «Infrastructure Financière: Risques et Régulation » a pour objet l'architecture des institutions financières promue à la suite de la crise financière de 2008. Notre objectif principal est d'évaluer l’efficacité, l’impact sur la stabilité du système financier et, in fine, sur l’économie de cette nouvelle architecture. Le G20 de 2009 à Pittsburgh a impulsé de profonds changements visant à corriger deux défaillances à l’origine de l'amplitude de la crise : d’une part la diffusion d'actifs incontrôlés tels que les sub-primes, des États-Unis vers la plupart des pays occidentaux à travers des chaînes d'intermédiaires non identifiés (le shadow banking), d’autre part la complexité et l’opacité des contrats reliant les institutions, tels ceux de Lehman Brothers. Pour limiter et mieux contrôler ces arrangements, les régulateurs, suivant les recommandations du G20, ont imposé l'utilisation de contreparties centrales (CCP) pour la plupart des transactions impliquant des titres dérivés, que ces transactions soient conclues sur un marché organisé ou de gré à gré entre deux parties. De plus, toutes les transactions sur dérivés sont reportées dans des registres accessibles aux régulateurs. Les contre-parties centrales, qui sont des entreprises privées, sont ainsi appelées à jouer un rôle crucial dans la prévention des perturbations de marché. Un nouveau risque se pose: tous les membres d’une contrepartie centrale sont exposés à son échec, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques sur les marchés et la stabilité macroéconomique. Alors que les études sur les échanges sont vastes, les contre-parties centrales ont jusqu'à présent reçu une attention très limitée alors que de nombreux aspects sur leur régulation sont en discussion. Notre projet vise à une analyse compréhensive de l'impact des CCP sur la stabilité des marchés financiers et sur le financement de l'économie. Pour atteindre nos objectifs, nous devrons améliorer notre compréhension sur trois sujets profondément imbriqués touchant aux institutions et infrastructures financières : réglementation, comportements stratégiques et risque de contagion dit systémique. A cette fin, le projet est divisé en trois parties, traitant de la gestion des risques par les CCP et leur résolution en cas de défaut, leur impact sur les institutions financières et leur organisation, et la concurrence et les interdépendances entre les CCP et entre les régulateurs. Nous espérons que notre projet aura un impact dans trois domaines: (1) la conception d’institutions et infrastructures financières résilientes, (2) la promotion de recherches en économie financière, adoptant une approche économique aux mécanismes financiers, et (3) la diffusion auprès d’un large public de connaissances sur le fonctionnement des institutions financières pour une appréciation éclairée des risques qu’elles couvrent et font porter sur l’économie. Le projet regroupe des chercheurs experts en finance et en économie, avec des compétences empiriques et théoriques.