2026
Le projet IACARI (Intelligence Artificielle Conversationnelle Anticipative pour les Récits d’Influence) vise à mesurer les capacités d'influence des IA conversationnelles à des fins de défense et sécurité cognitives. Il s'agit de prototyper un dispositif pour tester à grande échelle et en environnement réel l'impact d'une IA lorsqu'elle intervient de manière explicite et transparente dans des discussions de réseaux sociaux pour apporter des éléments d'information, appuyer un point de vue, infléchir le cours de la discussion ou renforcer un récit positif (nudge narratif). L'enjeu est de mesurer les effets à court et moyen termes de ces interventions et d’en inférer leur efficacité en termes de résilience cognitive et informationnelle. Le projet implique 3 acteurs académiques travaillant sur l’influence avec des prismes disciplinaires différents : géopolitique et analyse des réseaux (IFG Lab (GEODE), Paris 8), intelligence artificielle et traitement automatique des langues (ERTIM, Inalco), psychologie appliquée et Interaction Humain-Machine (IMS (CIH), IP Bordeaux). Les cas d’usage portent sur la lutte contre la post-vérité lorsqu’elle vise la science, le droit, la nation. Les partenaires « cas d’usage » sont des diplomates (Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères), des experts en désinformation écologique (Quotaclimat), et des juristes (IREDIES, Université Panthéon-Sorbonne).
2025
Ce projet étudie les trajectoires de résilience des réfugiés statutaires LGBT+ en France et au Royaume-Uni, notion proposée pour désigner la capacité différenciée des individus à surmonter une bifurcation biographique et ses répercussions sur leurs conditions d’existence, telle que cette capacité évolue dans le temps et dans l’espace. Le projet met en perspective la situation des réfugiés avec celles de jeunes LGBT+ non-migrants en rupture familiale et ayant connu le sans−abrisme et celles de migrants LGBT+ non réfugiés. Il s'agit de tester l'hypothèse de continuités d'expériences qui invitent à chercher d'autres variables plus saillantes que le fait d'être réfugié dans la compréhension des trajectoires de résilience et de leur variation, en interrogeant à la fois l’ensemble des caractéristiques sociales des individus mais aussi le rôle de leur contexte de résidence (commune rurale, ville petite et moyenne, grande ville). En déployant une perspectivement doublement comparative, en termes d’espaces et de groupes, le projet fait l’hypothèse que le cas de personnes LGBT+ en déplacement permet de repenser les modes de distinction habituelle des migrations et des mobilités.
2025
La théorie quantique est l'une des théories scientifiques les plus fructueuses de l’histoire de l'humanité. Depuis son développement, elle a suscité un large intérêt philosophique, car sa structure conceptuelle semble remettre en question les perspectives traditionnelles sur la nature des théories scientifiques, l'explication scientifique et le rôle de l'observateur. La théorie quantique des champs (TQC), résultat central de la révolution quantique, constitue le socle des théories fondamentales en physique des particules et a inspiré des avancées majeures en physique de la matière condensée et en physique statistique. Malgré son succès empirique, elle concentre les principaux défis conceptuels de la théorie quantique. Les calculs de la TQC, notoirement complexes, conduisent es physiciens à employer diverses stratégies, telles que l'usage des théories effectives des champs (TE) ou les techniques de renormalisation, pour gérer cette complexité. Ce projet s'articule autour de deux questions principales, l'une métaphysique et l'autre épistémologique : (RQ1) Quelles sont les implications métaphysiques des TE pour les relations inter-théoriques, la nature des lois physiques et la possibilité de phénomènes émergents en physique ? (RQ2) Comment interpréter le statut épistémologique des idéalisations mathématiques indispensables, telles que les infinités et la renormalisation, dans la TQC ? L'objectif central de ce projet de philosophie des sciences est d'étudier la hiérarchie des niveaux d'explication au sein de la physique fondamentale. Pour ce faire, il est nécessaire d'examiner la manière dont la TQC atteint sa précision prédictive et d'analyser ses fondements conceptuels. L'hypothèse centrale de la recherche est que le théorème-a offre une nouvelle perspective profonde sur ces questions. Le théorème-a est un résultat récent en physique qui se concentre sur les transferts du groupe de renormalisation (GR) et permet de suivre l'évolution d'une théorie physique à travers des niveaux d'énergie. Cette hypothèse est poursuivie en raison du potentiel du théorème-a de révolutionner notre compréhension du fonctionnement de l'échelle des niveaux d'énergie en TQC et des phénomènes émergents. Le théorème révèle une perte irréversible de degrés de liberté le long des transferts du GR, suggérant une structure hiérarchique et asymétrique dans laquelle, par exemple, les descriptions à haute énergie contiennent plus d'informations que celles à basse énergie. Ce projet sera le premier à examiner la portée philosophique de ces résultats, notamment la manière dont le théorème-a fournit un cadre rigoureux pour les grandes questions de la philosophie de la physique. Je soutiendrai que ce projet fournit une image de la TQC qui affirme l’indépendance explicative des TE, tout en remettant en cause les perspectives réductionnistes classiques. En outre, il sera argumenté que le théorème-a éclaire le fonctionnement de la procédure de renormalisation et rend évidente une conception anti-réductionniste du fonctionnement de la physique, où les lois physiques apparaissent comme dépendantes de l’échelle d'énergie. À long terme, ce projet ambitionne d’articuler les débats sur l’émergence, la renormalisation et la hiérarchie des niveaux d'énergie en TQC avec ceux sur le réalisme scientifique, le statut des théories scientifiques et le rôle des structures mathématiques dans l’explication scientifique. Il contribuera à un cadre unificateur fondé sur trois axes : (1) une description asymptotique du réalisme scientifique, où les explications convergent hiérarchiquement vers la vérité ; (2) une critique des explications mécanistes en physique fondamentale, soulignant le rôle des contraintes structurelles ; (3) une approche pluraliste de l'explication scientifique, où différents niveaux conservent leur autonomie tout en étant structurellement contraints. Ce projet approfondira la compréhension de la TQC tout en renouvelant la perspective sur la connaissance scientifique.
2025
L’impossibilité de remonter au texte original de la Bible hébraïque a fait que, jusqu’à présent, les différentes éditions du texte hébreu se basent sur la reproduction de son manuscrit le mieux conservé (le manuscrit de Leningrad ou le manuscrit d’Alep). La reproduction de ce manuscrit représente la forme canonique de la Bible Hébraïque, le « Texte Massorétique ». Le Texte Massorétique est considéré comme le texte de référence de la Bible Hébraïque. Le projet ANCETR remet en cause ce principe. Il vise à (1) reconstruire, pour deux livres du Pentateuque, la Genèse et le Lévitique, le texte le plus ancien que nous puissions atteindre depuis nos sources. Cet objectif peut être réalisé par la comparaison des accords et des divergences entre les différentes traditions du texte hébreu : le Pentateuque adopté par la communauté samaritaine (le Pentateuque samaritain, IIe av. n.-è.), souvent négligé en tant que témoin ; la version grecque de la Bible hébraïque, « la Septante », entièrement conservée (IIIe av. n.-è.) ; les fragments qumrâniens, les premiers manuscrits de la Bible (IIe s. av. n.-è – Ier s. apr. n.-è.) ; le Texte Massorétique, la forme canonique de la Bible Hébraïque, daté au Xe s. apr. n.-è. dans sa forme éditoriale finale. Après la reconstruction, ANCETR vise à (2) expliquer les divergences entre les traditions comme dérivées de ou contemporaines au texte le plus ancien. La présence d’une nouvelle édition critique de la Genèse et du Lévitique dans leur forme massorétique et samaritaine justifie notre choix de se concentrer sur ces livres pendant le Postdoctorat. L’importance d’ANCETR réside dans le changement de perspective qu’il introduit dans l’étude de l’histoire du texte biblique : il remet en cause la conception du Texte Massorétique comme le texte d’autorité de la Bible Hébraïque, en introduisant la possibilité de reconstruire le texte le plus ancien du Pentateuque à travers la comparaison entre les traditions. Les mêmes approches, les mêmes objectifs et les mêmes méthodes expérimentés sur la Genèse et le Lévitique pendant le Postdoctorat pourront être appliqués sur les autres trois livres du Pentateuque, afin de reconstruire le texte le plus ancien que nous puissions atteindre pour la partie fondamentale de la Bible Hébraïque, la Loi juive. Cela fera l’objet de la candidature à l’ERC Starting Grant 2027 Edition.
2025
CorruptClient vise à comprendre pourquoi les individus dans les pays en développement continuent de soutenir des politiciens corrompus et le clientélisme, malgré leurs effets néfastes sur la gouvernance et la provision des biens publics. Le projet intègre diverses sources de données et applique différentes méthodes empiriques pour estimer des effets causaux. CorruptClient est structuré en deux axes scientifiques et un axe dédié à la planification, la mise en œuvre, la coordination et la diffusion des résultats. Le premier axe (Work Package 1) enrichit la littérature sur les déterminants du clientélisme en explorant la relation à long terme entre la vulnérabilité et le clientélisme (WP 1.1), ainsi qu'entre la capacité de l'État et le clientélisme (WP 1.2). Bien que des recherches antérieures suggèrent que la vulnérabilité favorise le soutien aux politiciens clientélistes, WP 1.1 "Do Vulnerable Voters Support Clientelism in the Long Run?" émet l’hypothèse que ce soutien diminue avec le temps, à mesure que les électeurs prennent conscience de ses conséquences négatives. L’étude s’appuie sur des données relatives aux bidonvilles d’Argentine et utilise une approche de différences-en-différences exploitant les variations dans les dates de formation des bidonvilles. De plus, il explore l'impact des politiques d'intégration des bidonvilles sur la rupture ou l'amplification du cercle vicieux entre vulnérabilité et clientélisme. WP 1.2 "Transportation Networks, State Capacity, and Clientelism" analyse les racines historiques du clientélisme en évaluant comment l’expansion des réseaux ferroviaires a influencé la capacité fiscale et administrative de l’État. Le projet avance que l’amélioration de cette capacité a initialement réduit le clientélisme en facilitant l’accès aux biens publics et en renforçant les institutions. Il explore également si ces transformations institutionnelles aux premiers stades de la démocratie ont jeté les bases d’un cycle vertueux de consolidation démocratique et de réduction du clientélisme à long terme. Work Package 1 aboutira aussi à la création de trois bases de données: une base sur les résultats des élections municipales et régionales en Argentine, une base de données des résultats historiques des élections présidentielles, et une base de données sur les finances publiques historiques en Argentine. Le deuxième axe (Work Package 2) explore pourquoi, à niveau égal de vulnérabilité, d’accès aux biens publics et à l’information, certains électeurs tolèrent davantage les politiciens corrompus que d’autres. WP 2.1 "Why, Who, and When: Understanding Voters’ Support for Corrupt Politicians" s’appuie sur un programme d’audit aléatoire au Brésil pour examiner dans quelles circonstances et pour quelles raisons les électeurs réélisent des politiciens corrompus, malgré l’exposition publique de leurs actes. L’étude explore plusieurs mécanismes, tels que le biais médiatique dans la couverture des affaires de corruption, les différences entre types de corruption selon les partis politiques et la polarisation idéologique et affective des électeurs. WP 2.2 "Teachers' Strikes and Tolerance for Corruption" examine comment l’exposition à des échecs institutionnels, comme les grèves des enseignants pendant le lycée, influence les croyances politiques. Il fait l'hypothèse que les perturbations dans l’éducation, souvent la première institution publique que rencontrent les individus, peuvent normaliser les pratiques informelles et augmenter la tolérance à la corruption. En combinant des méthodes empiriques rigoureuses et des sources de données novatrices, CorruptClient vise à comprendre les mécanismes à l’origine de la persistance du clientélisme et de la tolérance à la corruption, afin d’éclairer les politiques visant à perturber les réseaux clientélistes et corrompus.
2025
Au cours des dernières décennies, la libéralisation du commerce a joué un rôle central dans les réformes structurelles des pays en développement. Récemment, une attention considérable s'est portée sur l'examen des impacts microéconomiques de l'ouverture sur les marchés du travail et les entreprises. La littérature sur les effets microéconomiques de la libéralisation du commerce sur les marchés du travail s'est principalement concentrée sur le secteur manufacturier formel (Amiti et Cameron, 2012, Fieler et al., 2018, Bas et Paunov, 2021). Cette littérature ne parvient pas à saisir l'impact de la mondialisation sur une grande part de la main-d'œuvre - presque la moitié de l'activité économique (La Porta et Shleifer, 2014) - qui est employée dans le secteur informel dans les pays en développement. En même temps, la littérature sur les entreprises et le commerce a jusqu'à présent largement négligé la distinction clé entre la productivité en terme de revenus, c'est-à-dire la capacité des entreprises à générer des revenus avec une certaine quantité d'intrants, et la productivité physique, c'est-à-dire la capacité des entreprises à générer une production physique avec une certaine quantité d'intrants (Forlani et al., 2023). Nous visons à contribuer à combler ces lacunes.
2025
Le project ROCKMAPS ambitionne de reconnaître et d’analyser le contenu cartographique d’un patrimoine sous-estimé, les gravures cartographiques pré- et protohistoriques en Europe occidentale. Au-delà de quelques représentations bien acceptées et célèbres dans le monde entier, peu sont considérées comme de véritables cartes et leur contenu cartographique est rarement étayé, que ce soit par prudence ou scepticisme évolutionniste. Les cartes topographiques planimétriques sont généralement identifiées par la répétition de symboles reliés par un réseau de lignes qui établissent leurs relations spatiales. Gravées sur des affleurements ou des dalles de pierre, les gravures utilisent ou modifient fréquemment la morphologie de la surface de la roche, probablement pour exprimer les dimensions topographiques de l'espace figuré, et peuvent donc être considérées comme des cartes en 3D. La redécouverte récente et la modélisation 3D d'une figuration cartographique, la dalle de Saint-Bélec, provenant d'un tumulus de l'âge du Bronze ancien en Bretagne, a permis pour la première fois de démontrer statistiquement l'étendue spatiale et une partie du contenu cartographique d'une carte préhistorique. Le projet ROCKMAPS vise à étudier en profondeur la dalle de Saint-Bélec et les gravures topographiques de Bedolina (Italie), classées au patrimoine mondial de l’humanité (UNESCO), afin de démontrer leur contenu cartographique grâce à une approche interdisciplinaire combinant le développement d'une méthodologie d'enregistrement et de modélisation en 3D, des analyses statistiques et spatiales, des analyses tracéologiques, des prospections et des sondages sur le terrain, la modélisation bayésienne des datations 14C et OSL, la géologie, la géomorphologie et la géoarchéologie.
2025
Le projet LoGHis vise à renouveler l'histoire du logement populaire en Seine-Saint-Denis, département emblématique des banlieues françaises "en crise". Cette histoire est aujourd'hui dominée par la question du déclin des grands ensembles depuis les années 1970, contribuant au regard stigmatisant porté sur leurs habitant·e·s, qui n’y resteraient que parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. L’objectif de ce projet est de confronter ces représentations avec l'analyse de trajectoires résidentielles de familles de quartiers populaires de la banlieue nord de Paris, sur plusieurs générations. L'hypothèse de recherche est que ces trajectoires résidentielles ne doivent pas être analysées uniquement sous l'angle de la contrainte et de la relégation, mais en lien avec des ressources et stratégies familiales qui favorisent l'enracinement local dans la durée. Pour cela, le projet entend saisir et comparer les trajectoires résidentielles d’habitant·e·s de quatre quartiers aux formes d'habitat variées (cité des 4000 à La Courneuve, pavillons du quartier du Monfort et immeuble de rapport du quartier des Quatre-Chemins à Aubervilliers, ensemble HBM à la Plaine Saint-Denis) sur plusieurs générations, et à l'échelle micro de quelques immeubles et rues. Il s'agira de retracer à la fois les parcours des ascendant·e·s et des descendant·e·s des habitant·e·s pris au début des années 1960 (considéré comme « l'âge d'or » des grands ensembles) et au début des années 1990 (considéré comme un moment de crise). Les sources utilisées seront variées : dossiers de locataires et immobiliers, feuilles de ménages, listes nominatives, mais aussi témoignages recueillis à cette occasion, par le biais d'entretien et d'ateliers participatifs. Le projet vise ainsi à renouveler les méthodes pour écrire l'histoire des quartiers populaires, en mettant au centre l'expérience de leurs habitant·e·s.
2025
Le projet « Mémoires, Archives, Transmission des Objets militantS de 1944 à nos jours » (MATOS) se saisit de la problématique des objets politiques pour croiser des interrogations portant à la fois sur la matérialité des pratiques militantes, sur les cultures matérielles et symboliques des mouvements sociaux et sur les problématiques archivistiques associées. Dans ce domaine, il vise à combler les lacunes de l’historiographie sur le XXe siècle, plus particulièrement sur les transformations des formes de propagande depuis 1944, dans un espace des mouvements syndicaux et sociaux confronté à des transformations structurelles majeures, à l’image de la désindustrialisation, ou à l’essor de nouvelles mobilisations (féministes, LGBTQI+, environnementales) avec les « années 1968 ». Le projet se structure en trois axes. Le premier analysera l’histoire matérielle, économique et symbolique des pratiques militantes en étudiant toute la vie des objets, notamment leur conception, leur fabrication, leur diffusion et leur commercialisation, etc. Le second axe se concentre sur la prise en charge des objets, qui constituent autant un défi qu’une source d’innovations pour les professionnel·le·s des centres d’archives. Le troisième axe interroge les mémoires et la patrimonialisation des objets, y compris ceux qui restent en possession des militant·e·s, afin de comprendre leur rôle dans la transmission de la mémoire des luttes. Fondé sur une enquête collective et interdisciplinaire, MATOS s’appuie sur la constitution et l’exploitation d’une base de données articulant objets et sources diverses, ainsi que sur des approches ethnographiques. L’étude d’ensemble se déclinera en trois études de cas localisées. MATOS repose sur une équipe de chercheur·euse·s en histoire, sociologie, sciences politique et archivistique, spécialistes des mouvements sociaux au XXe siècle, et prend appui sur trois laboratoires (CHS, CENS, TEMOS), en lien avec les réseaux nationaux et internationaux d’archives.
2025
Ce projet a pour objectif de reconstituer l’organisation sociale, économique et territoriale de la société néolithique, en particulier pour la période du Néolithique récent, dans le contexte spécifique de l’exploitation minière du silex, à partir d’une étude holistique interdisciplinaire réalisée à partir du complexe minier de la région des Marais de Saint-Gond (Marne, France). Le choix de cette région est motivé par la présence de nombreuses fouilles anciennes et récentes de minières de silex, d’habitats, d’enceintes et de sépultures collectives (hypogées et allées couvertes). Dans les nombreuses régions minières néolithiques en Europe, les habitats, et encore davantage les sépultures, ont très rarement été mises au jour. Or l’association de ces différents types de sites est indispensable pour donner une vision globale des sociétés et en particulier des communautés de mineurs qui y ont tenu une place majeure. De nouveaux sondages complémentaires sont programmés sur six sites, dans quatre zones réunissant toutes les catégories de sites. Les études des différentes types de mobilier (industrie en silex, en bois de cerf et en os, macrolithique, céramique, parure, etc) seront mises en œuvre de façon systématique (T1.1 à T1.5). L’anthropologie biologique documentera les caractéristiques des populations inhumées dans les sépultures collectives (T1.6). Les paléopathologies seront examinées en détail afin de documenter l’état de santé des populations, notamment en ce qui concerne les fractures et les affections consécutives aux travaux réalisés dans les minières de silex. Ce riche potentiel archéologique est situé à proximité de vastes marais qui permettent de réaliser des études paléoenvironnementales (WP2). Des études spatiales permettront de produire des cartes et de positionner les sites archéologiques dans leur environnement géologique et géomorphologique (WP3). Les datations radiocarbone permettront de périodiser les occupations. La diffusion des produits en silex extraits dans les minières de la région des Marais de Saint-Gond sera cartographiée à partir d’analyses pétrographiques des faciès et géochimiques (LA-ICP-MS), permettant d’évaluer la part des silex exportés et celle qui répondait aux besoins de la population locale. Le croisement des données du WP1 permettra de reconstituer l’organisation de la société dans son cadre économique et territoriale (WP4). Une quantification des volumes de silex extraits dans les minières par rapport aux volumes disponibles dans l’environnement sera corrélée aux quantités retrouvées dans les sites miniers et d’habitat (T4.1), et à l’impact environnemental des activités humaines (T2.3). Ces résultats pourront alors être confrontés aux distances et aux quantités de silex exportés dans les cultures archéologiques voisines. Afin de documenter l’organisation de la société et l’impact de ces extractions et de cette production sur la population, la communauté de mineurs sera caractérisée dans ses différents aspects et replacée au sein de la société néolithique, notamment du Néolithique récent (T4.2). Les relations économiques et sociales et les réseaux d’échanges entre les aires culturelles seront documentés (T4.3). Afin de caractériser et d’évaluer les spécificités du contexte particulier du complexe minier de la région des Marais de Saint-Gond, celui-ci sera comparé à trois autres complexes miniers situés en France, en Belgique et en Pologne (T4.4). Plusieurs supports de communications (publications scientifiques, sites web, musées régionaux, médias) accessibles au plus grand nombre, privilégiant les règles de la science ouverte, seront utilisés pour diffuser les résultats de ces recherches auprès de la communauté scientifique et du grand public (WP5). Ces actions participeront au développement touristique et culturel de la région. Cette étude holistique nous aidera à mieux comprendre l’organisation économique et sociale des communautés de mineurs au sein de la société néolithique.
2025
Nombreux sont les ouvrages romains qui ont modifié la physionomie des cours d’eau, notamment par leur chenalisation et leur canalisation. Ce projet a pour ambition d’évaluer dans quelles mesures ces ouvrages ont été conçus pour se maintenir dans le temps et de quelle façon ils étaient adaptés aux changements socio-environnementaux qui se sont produits à l’époque antique. A partir d’une étude interdisciplinaire de chenaux urbains et de canaux en Méditerranée occidentale, nous souhaitons (i) estimer dans quelle mesure la conception et la réalisation des aménagements garantissaient leur durabilité, en prenant en compte les critères de dimensionnement, de réparation et de restructuration et (ii) reconstituer l’adaptation de ces ouvrages aux modifications socio-environnementales (changements climatiques et hydro-sédimentaires, changements socio-culturels, évènements naturels et anthropiques). Ce projet se concentre principalement sur les aménagements romains mis en place dans des milieux deltaïques méditerranéens (deltas du Rhône, Pô, et Tibre) et d’embouchures atlantiques (Guadalete et Loukkos). Le projet rassemble une équipe interdisciplinaire d'archéologues, de géomorphologues, d'historiens et d'ingénieurs spécialistes des modèles hydrauliques afin d'examiner les nombreux aspects liés à la conception et à la réalisation, au fonctionnement, à l'entretien et à l’usage des aménagements anciens des cours d’eau entre le 2ème s. av. J.-C. et la fin de l’Antiquité. L’ingénierie romaine et celle actuelle sont toutes deux confrontées à l’incertitude des changements socio-environnementaux futurs. Ce projet propose d’explorer le concept de durabilité archéo-environnementale qui correspond à la capacité des aménagements fluviaux à s'intégrer dans différents contextes socio-environnementaux à l’époque romaine.
2025
A cause des changements globaux (climatiques et sociétaux), on s'attend à une intensification des extrêmes hydrologiques et des pénuries d’eau, entraînant une raréfaction de l'eau douce à l'échelle mondiale, mais aussi régionale et locale. Cela est particulièrement prégnant dans les îles, qui dépendent exclusivement de leurs ressources intrinsèques pour l'eau potable, la production agricole et industrielle, et le développement du tourisme. Une gestion appropriée des ressources en eau exige de considérer le système socio-écologique (SSE) dans son ensemble, abordant le système écologique et ses multiples interactions et rétroactions avec la société et réciproquement. Elle nécessite également l'implication des parties prenantes dans la définition des règles d'utilisation et de gouvernance. Le projet CopeWater ambitionne de contribuer à évaluer comment la compréhension du fonctionnement des SESs, de la source à la mer, peut permettre aux sociétés de mieux anticiper l'avenir, de mettre en œuvre une gestion durable et adaptative, et de rendre les continuums terre-eau-mer (CTEM) plus résilients et mieux préparés à affronter les crises. CopeWater vise à i) développer les connaissances sur les interactions, les rétroactions et les points de basculement potentiels entre l'environnement et la société en ce qui concerne la qualité et quantité d'eau, et ii) stimuler l'intelligence collective via la modélisation d'accompagnement dans la co-construction de nouvelles pratiques de gouvernance avec les parties prenantes pour rendre les CTEM plus résilients aux changements en cours et à venir. Nous proposons d'utiliser Mayotte (région insulaire française dans l'océan Indien) comme cas test, car elle connaît actuellement des changements rapides en matière de gouvernance, de démographie et d'utilisation des terres qui soulèvent des défis en matière de quantité et de qualité d'eau, avec des crises récurrentes qui sont des exemples flagrants des problèmes liés à l'eau à travers le monde.
2025
VIGICAMENT vise à étudier, par une double approche historique et sociologique, les transformations des moyens de surveillances du médicament en France depuis les années 1970, période à laquelle cette surveillance nommée « pharmacovigilance » a été organisée. Ceci vient en compléments de recherches en sciences sociales menées depuis une vingtaine d’années sur différentes questions (sur la recherche pharmaceutique, la régulation, la publicité la consommation des médicaments, etc.) aussi bien en temps ordinaires que de crise. Deux modèles complémentaires de surveillance des médicaments se sont développés : le signalement des effets indésirables constatés d’une part et ce qui est appelé « pharmaco-épidémiologie » qui tente d’identifier des signaux de surveillance sur des données massives. Ces éléments n’ont pour le moment pas été étudiés en France. Le projet repose sur une variété d’archives institutionnelles (des agences de régulation, ministère de la santé, centres régionaux de pharmacovigilance, etc.) mais aussi associatives (associations d’usagers de santé et de victimes de médicaments), à la fois papier et nativement numériques d'une part. Et d'autre part sur des entretiens sociologiques avec des acteurs de la régulation, des producteurs d’agents thérapeutiques ou leur représentant, des professionnels de santé du côté de la médecine clinique et de la santé publique (médecins, pharmaciens/pharmaciennes, infirmiers/infirmières), et les usagers et usagères de ces produits. L'objectif de VIGICAMENT est d'analyser les transformations des pratiques de pharmacovigilance depuis les années 1970 autour de 1) La place des usagers dans le processus d'identification des risques 2) La structuration de la pharmacovigilance entre industrie et Etat 3) Les modalités de construction d'une nouvelle discipline et d'un nouveau régime de preuve avec l'exemple de la pharmaco-épidémiologie 4) Les interrelations entre la système national et les systèmes internationaux de pharmacovigilance.
2025
Un des problèmes contemporains réside dans la construction de bases de connaissances à partir de grandes collections de documents. Pour ce faire, il est nécessaire de maîtriser un processus complet et complexe qui englobe plusieurs domaines de l’informatique telles la numérisation, l’extraction d’entités nommées, la fusion/alignement de données, etc. L'enrichissement des bases de connaissances est essentiel en histoire. En effet, ces bases de données sont le socle sur lequel reposent les hypothèses émises par les historiens. En alimentant régulièrement ces bases avec de nouvelles informations, nous permettons de compléter les connaissances mais aussi le cas échéant de conforter la crédibilité d’une information ou à l’inverse de la diminuer, voire de corriger des connaissances déjà présentes. Cet enrichissement offre de nouvelles opportunités de découvertes et d'avancées significatives en améliorant la qualité et la quantité de données exploitables pour bâtir des hypothèses historiques. C’est l’ambition du projet LAURA qui porte sur les bases prosopographiques ayant pour objet la période médiévale. La prosopographie est une méthode des sciences sociales dans laquelle on cherche à analyser un groupe à partir d’une étude systématique des itinéraires singuliers des individus qui le composent. Pour cela les chercheurs collectent tous les faits (factoïdes) possibles sur chaque individu. En histoire, ces données sont rares, discontinues, incertaines et souvent d’une qualité médiocre. Ainsi, les personnes sont désignées par plusieurs noms, les lieux changent de noms et de frontières avec le temps et un parcours de diplomation peut changer en fonction de l’époque, du lieu ou de la classe sociale de la personne. En raison de cette complexité, de nombreuses règles restent opaques pour les historiens. Les problématiques de recherche communes, entre historiens et informaticiens, sur ces données prosopographiques sont nombreuses. Le peuplement et l’enrichissement de ces gisements de données pourraient être réalisés à l’aide d’un protocole qui s’appuierait sur l’expérience et les résultats capitalisés dans l’ANR DAPHNE qui a débouché sur plusieurs contributions majeures (4 journaux, 16 conférences, 1 logiciel et 2 projets connexes). Les objectifs du projet LAURA capitalisent sur les résultats du projet DAPHNE afin de réaliser la chaîne complète de traitement : depuis la numérisation et l’extraction des données à l’enrichissement de la base de connaissances puis l’exploitation de celle-ci, tout en proposant une prise en compte de l’incertitude. Cette base de connaissance sera mise à disposition à la communauté via une plateforme libre.
2025
Depuis une trentaine d’années, les enjeux environnementaux sont venus bousculer le domaine funéraire et le traitement des dépouilles. Prolongeant l’apparition dans les pays anglo-saxon du mouvement des green-burial, de nouvelles techniques de traitement des dépouilles ont fait leur apparition. Elles ambitionnent de réduire leur empreinte écologique en promouvant l’idée d’un recyclage des dépouilles humaines et d’une remise en circuit des résidus obtenus. Les rares recherches questionnant l’irruption et la graduelle diffusion de ces dispositifs, se sont focalisées sur les États-Unis, et il n’existe pas à ce jour d’étude permettant de documenter et d’analyser de façon critique le déploiement de ces procédés et la façon dont ils mettent en tension les normes juridiques et les normes sociales régissant les pratiques funéraires, au-delà du monde anglo-saxon alors même que différents pays européens réfléchissent à leur légalisation. Afin d’étudier l’irruption de ces techniques et leurs effets, et en se focalisant d’une part sur les deux procédés commercialisés (aquamation et humusation), et d’autre part sur 3 pays d’Europe occidentale (France, Belgique, Suisse) où des débats attestent de l’actualité notamment législative de ces questions, notre projet ambitionne de documenter la manière dont les techniques sont conçues et les promesses qu’elles engagent, en étudiant le rôle joué par les entrepreneurs de morale. Il vise également, en interrogeant le positionnement des acteurs professionnels et institutionnels au regard de ces promesses dans le contexte d’une biopolitique déléguée, à étudier la mise sous tension des normes sociales et juridiques régissant le domaine funéraire. Il s’agit de comprendre si les changements en cours ailleurs, et potentiellement à venir dans les pays européens, s’inscrivent dans la continuité des évolutions techniques passées ou si ces changements rompent plus radicalement avec les systèmes funéraires actuels.
2025
Les violences gynécologiques et obstétricales (VOG) recouvrent un large spectre d’actes dénoncés comme violents, de la simple maladresse verbale aux atteintes les plus graves à l’intégrité de la personne. Depuis la publication d'un rapport de l'Union européenne en mai 2024, leur prévention apparait comme un enjeu prioritaire. Le projet de recherche propose de déconstruire, par une approche interdisciplinaire (droit, sociologie, sciences médicales), les obstacles à la prévention et à la justiciabilité des VOG. Les obstacles à déconstruire sont ceux liés aux représentations sociales des femmes, de la naissance et de la relation patient-soignant. Ils apparaissent encore dans une forte standardisation des prises en charges en matière gynécologique et obstétricales et dans une faible connaissance du droit des principaux acteurs concernés. Aussi il convient de travailler sur ces représentations, sur les politiques de santé qui pourrait les nourrir, sur les voies permettant une meilleur mobilisation du droit et sur la construction des pratiques professionnelles dans ce domaine. Le travail sur la mobilisation du droit impliquera une étude approfondie limites des mécanismes juridiques applicables. Les objectifs de la recherche seront : la production de connaissances nouvelles favorisant la déconstruction des obstacles, la fourniture d’outils concrets d’information et l’élaboration de recommandations pratiques participant à la prévention des VOG à destination des patientes, du grand public, des professionnels et des établissements de santé mais aussi des professionnels du droit. L’enjeu est encore d'amorcer, par un travail sur les outils et les représentations du droit, une transformation des vécus des patientes et des professionnels de santé : par la valorisation de l’autonomie et de l’intégrité des femmes dans leurs parcours de soin et par le renforcement de la légitimité des pratiques gynécologiques et obstétricales et corrélativement de la confiance des professionnels.
2025
Alors que le scrutin de juin 2024 a renforcé les droites radicales et eurosceptiques au Parlement européen, ce projet de recherche se penche sur les dynamiques croisées de contestation et de défense de la démocratie libérale à l’échelle européenne. Il explore le paradoxe par lequel les organisations européennes, fondées sur la promotion du libéralisme politique et la protection des droits humains, sont aussi devenues un lieu central pour des attaques contre la démocratie libérale. Ce projet se distingue sur trois points de la littérature existante, majoritairement présentiste et focalisée sur l’Union européenne : il historicise la politique labellisée depuis 2010 « sauvegarde de l’Etat de droit en Europe » et replace la « vague illibérale » actuelle dans la dynamique globale de recomposition idéologique des droites depuis les années 1980 ; il développe une approche micro-sociologique relationnelle, centrée sur les interactions entre ces forces opposées dans de multiples arènes institutionnelles où se croisent des processus de légitimation et de délégitimation de la démocratie libérale ; il englobe les trois principales organisations européennes - l’UE, le Conseil de l’Europe et l’OSCE - afin d’obtenir un panorama global et précis à la fois des politiques européennes de protection de la démocratie libérale, comme des forces politiques et sociales qui la contestent. Notre enquête, qui combine un volet quantitatif et un volet qualitatif, s’organise autour de deux axes de recherche étroitement liés l’un à l’autre, consacrés respectivement à la (re)structuration de forces illibérales dans les arènes institutionnelles européennes et à leurs marges, et à la fabrique et à la subversion d’une politique composite de protection de la démocratie.
2025
Contrairement à certains termes du langage ordinaire, comme grand ou beau, les termes caractérisant le succès scientifique ne semblent pas graduels : « plus prouvé » ou « plus vrai » semblent presque contradictoires. Ce projet vise à explorer comment, malgré ces apparences, la gradualité est au cœur des voies menant au succès scientifique. Nous visons par là-même à mieux comprendre comment la connaissance se développe et comment les scientifiques peuvent à la fois entretenir des idéaux épistémiques élevés sans faire du succès un objectif inatteignable. Le projet s'articule autour de quatre axes. Premièrement, nous nous concentrons sur les questions liées aux processus épistémiques, telles que les méthodes d’approximation. Deuxièmement, nous étudions la gradualité au sein résultats de recherche, tels que les explications ou les preuves relativement aux différentes valeurs épistémiques. Troisièmement, nous analysons la gradualité par rapport à des états épistémiques tels que la croyance, la connaissance ou la compréhension, tant au niveau individuel que collectif. La dernière tâche est consacrée aux analyses croisées, aux notions transversales et aux leçons potentiellement générales à propos de la notion de progrès scientifique. Nous essaierons de fournir des exemples paradigmatiques et d'affiner ainsi l'espace conceptuel trop simpliste entre les activités algorithmiques et les activités dont le succès semble être une affaire de tout ou rien. L'une des forces de ce projet est qu'il adopte une position transversale et rassemble des expertises complémentaires, à savoir la philosophie des mathématiques et de l'informatique, la philosophie des sciences et l'épistémologie. En effet, alors que les questions philosophiques concernant ces sous-domaines sont distinctes, nous supposons qu'en nous concentrant sur les rouages des activités, un socle commun de questions et de notions récurrentes peut émerger et fournir des analyses croisées fructueuses.
2025
"Omnis cellula e cellula". Le second principe de la théorie cellulaire élaborée au milieu du 19e siècle est devenu un principe fondamental et indiscuté de la biologie. Les cellules, qui sont les constituants élémentaires des organismes multicellulaires, sont organisées en lignages, où un lignage est défini comme une séquence de cellules reliées entre elles par des relations généalogiques. Les lignages cellulaires font l’objet de nombreuses études en biologie (biologie du développement, régénération, cellules souches, différenciation, cancer, etc). Mais les lignages cellulaires sont-ils ce que l’on croit qu’ils sont ? Comment le sait-on ? Dans quelle mesure les outils d’identification de lignages dépendent-ils de présupposés ? Ou, à l’inverse, une reconceptualisation des lignages cellulaires appellerait-elle d’autres types d’analyses des lignages ? Pour répondre à ces questions centrales de la biologie contemporaine, notre projet rassemble une philosophe spécialiste de cellules souches et d’évolution cellulaire, une biologiste spécialisée dans le traçage de lignages cellulaires et le développement de nouvelles techniques de traçage et un de mathématicien spécialiste de modélisation de la prolifération/différenciation cellulaire et des reconstructions phylogénétiques cellulaires dans les cancers. Ce projet de philosophie des sciences interroge l'un des principaux fondements de la biologie depuis la théorie cellulaire à la lumière de réflexions philosophiques modernes sur le concept de lignage et la notion d'hérédité, que nous proposons d'adapter à l'échelle cellulaire. Une modification de la conceptualisation des lignages cellulaires à le potentiel d’impacter de nombreuses branches de la biologie et de la philosophie de la biologie car le concept est utilisé dans de nombreux domaines. La modélisation mathématique aidera à se figurer de manière plus précise les impacts de cette reconceptualisation dans le contexte du système hématopoïétique.
2025
Le projet OCEANLINKS ambitionne de remonter aux sources des stations marines et de retracer les relations qui se sont établies entre elles au fil du temps pour lier les océans et les savoirs à l’échelle mondiale. Il s’inscrit dans le contexte de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques. C'est un projet de géographie considérant les relations scientifiques comme type de relations internationales qui se tissent sur le temps long, et comme témoins des transformations politiques, économiques et environnementales intervenues dans le monde depuis la fin du XIXème siècle. Les stations marines y sont envisagées comme les points nodaux d’une infrastructure mondiale de production et de circulation des savoirs, résiliente sur la longue durée, dont nous étudions la structuration et les dynamiques. Trois grands axes sont considérés : 1. LOCALISATIONS : les logiques et les effets de localisation des stations marines sur leur développement ; 2. INTERACTIONS : les connexions et circulations entre stations par-delà les frontières ; 3. SAVOIRS : les dynamiques de régionalisation et spécialisation associées aux savoirs sur les mers et l'océan. Chaque axe est décliné en sous-études permettant d’articuler différentes échelles géographiques et de croiser différentes sources. L’axe LOCALISATIONS pose la question de l’influence de la localisation spatiale des stations sur leur trajectoire de développement et leur longévité. L’axe INTERACTIONS interroge le rôle des évènements et de la situation géopolitique internationale sur la reconfiguration des relations scientifiques privilégiées au cours du temps. L’axe SAVOIRS explore la relation entre la localisation des stations, les zones d’étude couvertes et les thématiques de recherche privilégiées. Par les méthodes d'analyse spatiale convoquées, l’attention pour le changement, les relations internationales et la résilience aux événements mondiaux, OCEANLINKS s'inscrit dans l’axe ANR « Sociétés et territoires en transition ».
2025
Est-il possible de mieux rémunérer l'agroécologie par les paysages qu'elle produit ? Ceux de l'agriculture conventionnelle sont parfois très patrimonialisés (plantations de café touristiques d'Inde du sud) alors que les systèmes de production peuvent avoir un bilan social et écologique déplorable. Les paysages de l'agroécologie, eux, restent encore souvent considérés comme peu esthétiques avec leurs "mauvaises herbes" et associations d'espèces complexes. En Inde du sud et Madagascar, il s'agira d'abord (WP1) d'identifier les différentes composantes des paysages, et de les classer selon des indicateurs agroécologiques originaux que nous définirons. Le WP2 mettra en lumière les valeurs — esthétiques ou non, mais aussi religieuses, sentimentales, commerciales, etc. — attribuées à ces composantes paysagères par les différents acteurs (locaux et extérieurs, paysans et touristes, etc.). Confrontant les valeurs agroécologiques du WP1 et les regards culturels du WP2, le WP3 en déduira alors les potentiels pour mieux valoriser les paysages reconnus comme à la fois esthétiques et agroécologiques. Mais le WP4 évaluera de façon critique les risques ainsi encourus pour les agriculteurs et tous les acteurs défavorisés, en termes de normes imposées d’en haut tout comme de relations de pouvoir locales. Le WP5, enfin, coordonnera l’ensemble. AgroEsthet se fonde sur une collaboration avec des universitaires, des pouvoirs publics, des ONG mais aussi des artistes locaux. Une majorité de géographes dans l'équipe n'empêche pas celle-ci d'être pluridisciplinaire, et de marier différentes méthodologies, de la télédétection à l’entretien. Notre objectif final est d'identifier les congruences entre l'esthétique et l'agroécologie : nous fournirons des informations pertinentes à tous types d'acteurs qui puissent aider à formuler des recommandations pour des politiques publiques diversifiant les activités agricoles et valorisant les pratiques agroécologiques.
2025
La région amazonienne, au bord de l’effondrement écologique, est à la croisée des chemins entre développement et durabilité. Le développement économique, les politiques publiques et l'émergence d'initiatives locales écologiques n’ont pas inversé la tendance, comme en témoignent le nombre d'incendies, les sécheresses record et autres catastrophes survenues ces dernières années. Les raisons pour lesquelles ces initiatives n'ont pas favorisé des trajectoires de développement durable plus nettes sont multiples et interdépendantes. Le projet DURAMAZ3 vise à examiner les trajectoires de transition en cours dans des régions sélectionnées de l'Amazonie brésilienne, afin de comprendre comment et dans quelles conditions les changements au niveau local peuvent induire des transformations systémiques socio-écologiques à une échelle supérieure. Le projet étudie le rôle peu exploré des municipalités ou des acteurs à l'échelle intermédiaire, ainsi que des arrangements institutionnels, dans ce processus à travers trois questions de recherche interconnectées : (1) Quelles trajectoires de transition les régions sélectionnées ont-elles suivies au cours des 20 dernières années, comment peuvent-elles être expliquées et comment les communautés locales les ont-elles perçues?; (2) Le développement économique et les politiques publiques ont-ils favorisé l'émergence d'arrangements institutionnels à une échelle intermédiaire répondant aux défis socio-écologiques et permettent aux territoires de faire face aux problèmes émergents ?; et (3) Comment ces arrangements peuvent-ils innover et intégrer les échelles spatiales et organisationnelles inférieures et supérieures pour relever efficacement les défis socio-écologiques émergents ? L'équipe de recherche brésilienne-française multidisciplinaire de DURAMAZ3 se concentrera sur un panel représentatif des sociétés, des écosystèmes et des modèles de développement de l'Amazonie brésilienne, adoptant une approche de co-production avec les parties prenantes. Suivant une approche méthodologique mixte, l'équipe s'appuiera sur des campagnes de terrain, la télédétection, de nouvelles données et des outils informatiques innovants pour soutenir une évaluation approfondie des processus territoriaux et des arrangements institutionnels, tout en évaluant l'impact des politiques publiques et des initiatives de durabilité dont les communautés ont bénéficié au fil des décennies. S'appuyant sur les programmes DURAMAZ1 et DURAMAZ2, l'équipe tirera parti de données quantitatives et qualitatives existantes, de contacts personnels indispensables et de connaissances approfondies des régions sélectionnées, offrant ainsi une perspective historique sans précédent sur la trajectoire des communautés amazoniennes. Le projet co-produira plusieurs livrables : (1) Des évaluations rétrospectives socio-écologiques intégrant données qualitatives, statistiques et de télédétection ; (2) Un système d'indicateurs multidimensionnels (environnementaux, socio-économiques, sanitaires et institutionnels), intégré à une plateforme web de science citoyenne accessible au public ; (3) Des scénarios prospectifs coconstruits pour des trajectoires de durabilité ; (4) Des jeux sérieux à utiliser comme outils pour les processus participatifs dans la définition des scénarios. L'approche unique du projet permettra de saisir des processus détaillés à l'échelle locale que les approches quantitatives à grande échelle ne peuvent pas facilement appréhender et, surtout, de recueillir les perceptions des parties prenantes locales. La diversité des régions sélectionnées permettra également d'identifier le rôle des facteurs clés et du contexte local dans les trajectoires de durabilité à un niveau atteint par peu de projets, combinant l’approche qualitative et quantitative pour décrire les processus institutionnels, et générant des connaissances et des outils partagés pour la planification territoriale ainsi que pour les politiques publiques.
2025
Le projet ARVOHRES a pour ambition d’éclairer sur les relations entre incendie, environnement, risques sanitaires et impacts socio-économiques à moyen et long terme. Les rétroactions entre météorologie et feux de végétation sont complexes, rendant difficile la compréhension de la contamination environnementale par les résidus des incendies. Cette méconnaissance entraine un flou sur l’exposition chronique aux polluants issus des incendies et sur les impacts sanitaires. Les risques socio-économiques sont aussi peu documentés notamment à cause d’un manque d’indicateurs communs entre les régions impactées et de leur suivi. La méthodologie de ARVOHRES est basée sur une coopération interdisciplinaire (géographie physique et humaine, physique et chimie de l’atmosphère, biogéochimie), académique et société civile (universités, institutions municipales et association) et internationale (France, Chili, Brésil), organisée en 3 workpackages (WP). Le WP1 étudiera la dynamique atmosphérique et le transport atmosphérique chimique lors d’incendies majeurs pour anticiper les conditions les plus propices à la dissémination des polluants et leurs zones de dépôt. Le WP2 établira le type et la géographie des contaminants issues des incendies forestiers pour connaître la qualité des écosystèmes post-incendies et cartographier la pollution. Enfin, le WP3 évaluera l’exposition sanitaire et les risques socio-économiques pour réaliser une carte de risque d’exposition à la pollution et la création d’indices de vulnérabilité socio-économiques. 2 sites fortement impactés par des incendies seront suivis : Santa Juana au Chili et Chapada dos Guimarães au Brésil. Une coopération est en cours avec ces municipalités très demandeuses d’un regard et d’un soutien scientifique. La comparaison de ces 2 sites permettra la conceptualisation de règles généralisables pour aboutir à des retombées pratiques : communication sur les risques, prévention écologiques et sanitaires, restauration.
2025
La dégradation de la ressource en eau en quantité et en qualité est une des conséquences majeures attendue du changement climatique à l’échelle du nord-ouest de l’Europe. Ce constat est notamment lié aux modifications annoncées des régimes hydrologiques et à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes (crues et sécheresses) dans un contexte global de diminution des volumes précipités et d’augmentation des températures. La région Normandie est largement concernée par ce constat comme en témoignent les récents rapports du GIEC Normand. D’un côté, l’augmentation en fréquence des épisodes de très fortes précipitations tendrait à exacerber les processus d’érosion hydrique des sols et à faciliter les transferts de sédiments et de contaminants associés depuis les versants vers les cours d’eau. D’un autre côté, l’augmentation de la durée des épisodes de sécheresse induisant des périodes d’étiage et de sécheresse agronomique plus prononcées ainsi qu’une baisse du niveau moyen des aquifères, amènera à une augmentation de la concentration en contaminants de diverses origines par effet de moindre dilution. Cependant, les modifications ou adaptations des pratiques culturales (intercultures, bandes enherbées, limitation du labour et infrastructures agroécologiques) peuvent avoir des effets significatifs permettant de minimiser voire compenser l’évolution du signal climatique. L’avancée de la phénologie des cultures en réponse à l’évolution des températures moyennes pourra impacter de manière positive ou négative l’exposition des sols aux événements pluvieux. Ainsi, la question des futurs de la qualité/quantité de l’eau en Normandie est étroitement liée avec la question de l’évolution de l’agriculture. Dans ce contexte, l'objectif de ce projet est de proposer de nouveaux éléments de connaissance sur la manière dont le changement climatique et les adaptations des pratiques agricoles pourraient impacter le continuum eau, sédiments, pesticides des hydrosystèmes de Normandie. En combinant observations de terrain, analyses en laboratoire et modélisation numérique, l’objectif est de caractériser l’état actuel des transferts hydrosédimentaires et de pesticides associés (phases dissoutes et particulaires), et explorer leurs trajectoires d’évolution potentielles à l’horizon 2100. La majeure partie des recherches sera menée sur le bassin versant de la Seulles, un petit hydrosystème côtier de Normandie. Une attention particulière sera portée au rôle des changements de régime pluviométrique, à la fréquence accrue d’événements extrêmes (crues et sécheresses) ainsi qu’aux modifications des systèmes de culture: réponses phénologiques et mise en place d’infrastructures agroécologiques (ex. : haies, bandes enherbées). Une partie importante du projet réside dans la construction de scénarios prospectifs spatialisés, à la fois sur le plan du changement climatique, et de l’évolution potentielle des pratiques agricoles et occupation des sols. Ces scénarios seront testés via des modèles de transferts hydrosédimentaires et de pesticides, afin d'estimer les contributions relatives des facteurs climatiques et anthropiques dans différentes conditions futures. Dans un second temps, le projet ambitionne une transposition régionale des résultats à l’ensemble du territoire normand afin d’identifier et de hiérarchiser les zones prioritaires pour le déploiement d’actions de mitigation locales. Outre la production de publications scientifiques, ce projet vise à promouvoir un partage des résultats avec le grand public via la contribution au développement d’outils de médiation scientifique basé sur la réalité augmentée. Par ailleurs, le développement d’un observatoire de l’environnement sur le long terme permettra à la communauté de disposer de nouveaux outils pour relever les défis d'un climat changeant.
2025
Le projet vise à mettre en lumière comment les peuples autochtones des Amériques ont contribué à façonner la pratique et le développement des savoirs normatifs dans des contextes de relations de pouvoir asymétriques sur le long terme. Est-il possible de forger un nouveau récit qui tienne compte de l'action des autochtones dans l'élaboration des savoirs normatifs ? Pourquoi ce nouveau récit pourrait-il avoir une valeur sociale et politique ? Comment explorer ces questions dans une perspective interdisciplinaire qui aide à combler le fossé entre les traditions académiques et les communautés épistémiques ? Le projet répondra à ces questions grâce à l'analyse systématique et au catalogage des recherches actuelles dans le domaine, à l'analyse d'études de cas basées sur des recherches d'archives et des travaux ethnographiques sur le terrain, et à la construction d'un lexique historique des catégories politiques, sociales et religieuses.
2024
Le projet de recherche se concentre sur les défis auxquels les individus sont confrontés lorsqu'ils développent des stratégies efficaces de recherche d'informations. Le projet part de résultats expérimentaux obtenus dans un paradigme expérimental simulant une situation de recrutement. La plupart des participants adoptent une stratégie de recherche d’information intuitive mais qui n’est pas la plus informative. Ce type de comportement inefficace de recherche d’information constitue un biais cognitif qui ne semble pas avoir été identifié jusque-là et qui pourrait avoir une portée assez large dans les comportements de recherche d’information. L’objectif est d'examiner en profondeur ce biais cognitif en utilisant la modélisation théorique et des expériences comportementales, et d'explorer des remèdes potentiels. L’hypothèse de travail est que les individus confrontés à un problème complexe de recherche d’information peuvent d'abord générer un prototype de leur décision finale, qui sert de point de départ pour la recherche d'informations. En particulier, ils chercheront spécifiquement des informations qui réduiraient l'incertitude concernant ce prototype. Une fois la collecte d'informations terminée, ils prendront leur décision de sélection réelle sur la base des informations recueillies.
2024
Le projet ArchIFAN ambitionne de revisiter l’histoire des savoirs scientifiques en situation coloniale à partir du cas de l’Institut Français Afrique Noire (IFAN), un institut pluridisciplinaire fondé en 1936 à Dakar (Sénégal) et dont des centres locaux sont créés dans différentes colonies d’Afrique de l’Ouest dès 1942. Ce projet mobilise des chercheurs et des chercheuses de différentes disciplines (anthropologie, histoire, histoire de l’art) ainsi que des conservateurs, des conservatrices et des archivistes de plusieurs institutions détentrices de fonds liés à l’IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire-Cheikh Anta Diop à Dakar, Musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris, Musée d’Aquitaine à Bordeaux) pour identifier des corpus dispersés d’archives, de ressources documentaires et de publications, étudier leur production, leur circulation et leur matérialité, puis examiner leurs héritages actuels. L’objectif est d’interroger en quoi l’inscription de l’IFAN en situation coloniale a généré et entretenu sa subalternisation dans le contexte scientifique de l’époque, et affecté tant sa politique documentaire que les parcours de ses personnels et leurs publications. Ces recherches permettront ainsi de faire émerger les logiques d’actrices et d’acteurs longtemps invisibilisés, qu’il s’agisse des auxiliaires africains ou des femmes – chercheuses, techniciennes ou épouses – qui ont contribué de diverses manières à la production des savoirs sur et à partir de l’Afrique. Elles permettront également de retracer l’histoire éditoriale de l’IFAN et le rôle joué par ses multiples revues dans la constitution de réseaux de sociabilité savante et dans l’émergence des professionnels africains de la recherche. Il s’agira d'examiner dans quelle mesure ces espaces alternatifs de production de savoirs sur l’Afrique et en Afrique, fonctionnant dans le cadre de réseaux à différentes échelles, ont été marqués par des processus d'invisibilisation dans les champs scientifiques impérial, transimpérial et international. Aussi ArchIFAN propose-t-il, en collaboration avec ses collègues africains et l’équipe du portail de Persée, la numérisation des deux principales revues de l’IFAN et l’analyse de leurs contenus textuels et iconographiques. Une partie des savoirs produits par les chercheurs et chercheuses de l’IFAN durant la période coloniale sera ainsi mis à disposition, en accès libre sur Persée, dans un souci de restitution répondant aux valeurs portées par la Science ouverte. Dans une telle perspective, une part importante du projet concernera, de manière transversale et réflexive, les enjeux éthiques et la prise en compte des impacts sociétaux d’une telle remise en circulation de sources historiques et de données scientifiques produites en situation coloniale, susceptibles de faire aujourd'hui l’objet de nombreuses réappropriations, à l’heure où la question du rapatriement numérique (digital return) des savoirs se pose de manière cruciale et a des échos bien au-delà du champ scientifique et académique.
2024
Le projet EPICEs vise à explorer la variabilité climatique et environnementale des interglaciaires passés à travers l'Europe tempérée afin de 1) discuter des relations homme-climat-environnement pendant la Préhistoire et 2) documenter les changements de biodiversité dans le temps, pour fournir des clés de compréhension de la répartition actuelle des biocénoses et de gestion de leur modification en réponse au changement climatique global. Depuis quelques décennies, l'équipe qui propose ce projet a développé une méthodologie pluridisciplinaire éprouvée (stratigraphie, géochimie, malacologie, paléobotanique, archéologie) pour étudier les dépôts de tuf. Il a été démontré que ces formations carbonatées constituent le seul enregistrement des optima interglaciaires passés en contexte alluvial, et qu'elles constituent l'une des meilleures archives continentales pour l’étude conjointe des paléoenvironnements et paléoclimats. Parmi les interglaciaires du Pléistocène, le SIM5e (dernier interglaciaire ou Eemien) est le mieux représenté par de nombreux tufs à travers l'Europe, certains d'entre eux conservant également des vestiges archéologiques. Deux tufs eemiens feront l'objet de nouvelles recherches : Resson (Aube, France) et Burgtonna (Thuringe, Allemagne), tandis qu'un troisième gisement possible en Slovaquie (Ganovce) a été identifié. Les résultats seront comparés aux données disponibles (Caours, France) afin d'établir un transect européen ouest-est de la variabilité environnementale et climatique au cours du dernier interglaciaire et de positionner les occupations néandertaliennes dans ce cadre dynamique. De plus, les interglaciaires passés (et en particulier les MIS 11, 5e et l'Holocène pré-Anthropocène) serviront de "références" pour mieux comprendre la biodiversité actuelle, fortement impactée par l'anthropisation.
2024
Astronome, vulgarisateur et écrivain jouissant d'une énorme popularité de son vivant, Camille Flammarion (1842-1925) a laissé une grande quantité d’archives encore peu exploitées jusqu’à ce jour. Le projet ARCHIFLAMM a deux objectifs principaux : (1) préparer une édition scienti-fique numérique de sa correspondance et d’une partie de ses archives ; et, (2) à partir de ce cor-pus inédit, explorer les ressorts de la popularité d’un savant aux marges de la science officielle, dans une perspective transnationale et interdisciplinaire (histoire des sciences, histoire culturelle et sociale, études littéraires, anthropologie). ARCHIFLAMM produira et suscitera des travaux nouveaux ayant trait à quatre domaines interreliés de la pratique de Flammarion : (a) sciences et techniques de l’observatoire en milieu amateur ; (b) dimensions épistémiques et sociales d’un réseau transnational ; (c) techniques littéraires dans les écrits scientifiques populaires ; (d) spiritisme et recherches sur la vie après la mort et la vie extraterrestre. Dans une démarche des sciences participatives, ARCHIFLAMM s’appuie sur la collaboration de membres de la Société astronomique de France (SAF), fondée par Flammarion en 1887.
2024
Le projet MOBILITH est basé sur l’étude des industries lithiques taillées des premières communautés agro-pastorales d’Europe continentale (5250 à 4750 avant notre ère). Ce cadre spatio-temporel voit en effet le morcellement du Rubané en une mosaïque d’entités culturelles. Quatre fenêtres d’étude situées en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en République tchèque sont sélectionnées car elles reflètent des trajectoires culturelles distinctes. L’analyse sera alors centrée sur la restitution des réseaux d’apprentissage et de circulation des matières premières. Il s’agira alors, en proposant une modélisation de l’évolution de ces réseaux basée sur une approche démographique et une analyse des réseaux sociaux, de comprendre la nature et l’impact de la mobilité dans les trajectoires culturelles perçues par l’archéologue. Ce projet de 42 mois se structure alors autour d’une combinaison de méthodes d’étude originale dont la portée s’inscrit pleinement dans les objectifs de l’Axe D.06 de l’ANR (Études du passé, patrimoines, cultures). La perspective diachronique adoptée permettra notamment d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution culturelle par le prisme d’une archéologie de la transmission des savoir-faire techniques.
2024
Les constructions traditionnelles en brique cuite, en Occitanie, font l’objet de pratiques de restauration certes encadrées mais répétitives dans le temps, qui consistent à reproduire des techniques dont les partis-pris, les qualités et l’adaptation ne sont pas évaluées en raison de l’absence de référentiels, de constats d’état et d’études a postériori. Sans se soucier des questions de durabilité et d’impact socio-éco-environnemental généré par des opérations menées souvent de manière rapprochée, les maîtres d’ouvrages avancent encore de nos jours la garantie décennale des entreprises de restauration en cas de détériorations rapides. Or, il semble que des pratiques réflectives puissent être développées à l’appui notamment d’une mise en perspective historique des techniques de restauration. Celles-ci impliquent préalablement d’étudier la brique et ses modes d’appareillage dans toute leur hétérogénéité. Cette caractérisation fine de la matière et des modalités de mise en œuvre originelles s’impose comme une étape nécessaire qui vise également à enrichir une historiographie encore faible dans ce domaine. Á cette fin d’optimiser dans la durée les opérations de restauration et d’entretien, THERESA entend produire, par une approche interdisciplinaire, cette connaissance inédite sur l’histoire des techniques de restauration et d’entretien des maçonneries de briques (XVIe-XXIe s.), en articulant patrimoine culturel matériel (bâti, outils) et immatériel (gestes, rituels, discours, transmission), et un inventaire des pathologies avant/après restauration à travers un diagnostic préalable doublé d’une analyse physico-chimique des altérations qui affectent les maçonneries restaurées. Les données produites, destinées aux chercheurs et aux milieux professionnels, seront modélisées dans une application 3D pensée pour être accessible en ligne.
2024
Omniprésents dans la vie et dans la mort, produits en masse et d’une très grande diversité (motif, couleurs, choix des matériaux), les textiles andins sont le témoin de l’organisation sociale, de la pensée symbolique et des échanges des sociétés préhispaniques sans écriture. Les fibres de camélidés sud-américains entrent dans la composition de textiles retrouvés dans les sites de la côte nord du Pérou depuis 200 AD. Il a longtemps été admis, sans preuve directe, que l’approvisionnement en laine était restreint aux populations de 2 espèces (alpaga et vigogne) issues des hautes terres. Or les 2 autres espèces de camélidés (lama et guanaco) peuvent également produire de la laine de qualité et des restes de camélidés sont retrouvés dans les sites des basses terres depuis au moins 800 BC. AWASQA a pour but de décrire diachroniquement 1) les chaînes opératoires pour la confection de textiles issus de sites archéologiques côtiers bien datés et de collections muséales, 2) l’origine taxonomique et géographique des fibres animales (matière première) par la paléoprotéomique et par l’analyse des teneurs en isotopes stables et 3) la trajectoire des lignées génétiques locales par une approche combinant les analyses paléogénomiques et isotopiques de restes archéozoologiques. La combinaison des approches développées par AWASQA est totalement inédite et permettra de lever des verrous méthodologiques car le principe d’actualisme ne peut s’appliquer strictement à la période préhispanique. Sur le plan conceptuel, nous émettons l'hypothèse que les sociétés des basses terres ont surmonté les contraintes environnementales sévères auxquelles elles étaient confrontées en adaptant le pastoralisme natif des hautes terres et en développant leur propre production de matière première. Notre hypothèse questionne le caractère obligatoire de certains échanges entre les zones écologiques andines (concept de la verticalité andine).
2024
Co3Dicology vise à mieux comprendre l’évolution historique des reliures médiévales. Le projet rendra compte des progrès techniques complexes survenus de la période carolingienne aux époques romane et gothique (IXe-XIIIe s.) et cherchera à déterminer pourquoi la technologie de la reliure n’a pas suivi un chemin linéaire, mais a été marquée par des transformations soudaines sans transition. Le but est aussi de cerner l'émergence de pratiques de production de reliures monastiques et séculières, ces dernières ayant émergé timidement au XIIe siècle et s'étant solidifiées progressivement à la fin du Moyen Âge en France. Pour atteindre ces objectifs, Co3Dicology se concentre sur une étude fouillée des manuscrits en tant qu'objets, en examinant leur matérialité et leurs structures tridimensionnelles. Il établira une méthodologie solide intégrant des outils numériques qui permettront d'observer et d'analyser les éléments structurels du livre non visibles à l'œil nu. Notre ambition est de démocratiser cette approche codicologique, en la rendant accessible non seulement aux chercheurs mais aussi aux conservateurs et au grand public, favorisant ainsi une compréhension plus riche de la complexité historique de l'artisanat médiéval de la reliure.
2024
L'objectif du projet MedOcean est de proposer une histoire des relations reliant la Méditerranée ancienne aux mondes de l’océan Indien et de l’Asie orientale en prenant pour point de départ les choses, c'est-à-dire les objets et produits qui ont circulé entre ces sociétés. Cette approche, où l’attention est accordée à la matérialité, s’inscrit dans les apports du ‘material turn’ et des ‘material culture studies’ : l’objet n’y est plus considéré comme un simple phénomène économique ; au contraire, il devient un document à part entière, par lequel on explore les phénomènes économiques, sociaux, culturels et scientifiques. Le ‘material turn’ est, pour le dire en quelques mots, le projet de faire une histoire à partir des choses – et non pas une histoire des choses. Partir des choses pour analyser les échanges et flux commerciaux au sein de l’espace afro-eurasien nous semble être une approche nouvelle en vue d’analyser et interpréter ce phénomène historique ; c’est également un moyen d’ouvrir des pistes de recherche inexplorées. En effet, nous postulons qu’une recherche prenant pour base de départ les choses, dans leur valeur d’usage, d’échange et de signe, fera nécessairement émerger des connaissances et des idées que les recherches actuelles laissent de côté (par exemple, la matérialité des objets, dont dépendent les usages et la consommation ; la question des goûts et la mode ; l’agency des producteurs primaires etc.). Au-delà de ce renouvellement de l’histoire des échanges, ce projet portera l’attention sur les différentes formes de contacts qui se sont établies entre les sociétés du vaste espace connecté afro-eurasien. En d’autre termes, ce projet d’« histoire matérielle des connexions Méditerranée-Océan Indien » se rapproche des intentions de l’histoire connectée, qui cherche à appréhender toutes les formes de rencontres entre les sociétés. L’originalité de ce projet collectif de recherche, qui réunit une équipe aux compétences complémentaires, est de viser une dimension holistique en faisant le choix de l’exhaustivité et de la longue durée. Le terme « exhaustivité » signifie qu’il faut prendre en considération la totalité des choses qui ont circulé entre la Méditerranée et l’océan Indien, qu’elles appartiennent à la sphère du « luxe » (par ex. gemmes) ou à celle des choses banales (par ex. verre), qu’elles dominent dans les circulations (par ex. poivre, monnaies) ou qu’elles soient (apparemment) secondaires (par ex. écorce de palétuvier). C’est la condition nécessaire pour avoir une vue d’ensemble – et en même temps différenciée – du système des échanges et des dynamiques culturelles et sociales qui se développent dans ce vaste espace connecté. Les deux livrables qui ont été programmés et qui forment la clé de voûte du programme sont une autre originalité de notre recherche. Il s’agit un dictionnaire encyclopédique et un atlas historico-géographique. Ces deux livrables seront nativement au format numérique, accessibles en ligne en accès ouvert, rédigés en anglais et réunis dans le même site web. Ils fonctionneront en synergie et ont l’ambition d’être des outils mis à la disposition de la recherche (par exemple, en vue d’une nouvelle traduction commentée du Périple de la mer Erythrée). Une large diffusion des résultats du programme de recherche en direction grand public est prévue, car les connexions anciennes dans le monde afro-eurasien (et en particulier le rôle important tenu par l’Afrique orientale) sont encore trop méconnues.
2024
L’art de la fortification connait une évolution faite d'héritages assumés et de ruptures recherchées liées aux mutations des techniques d’attaque et de défense, mais aussi à des contextes proprement politiques, en particulier aux relations établies entre pouvoirs et communautés urbaines. Le projet que nous soumettons à l’ANR a pour objectif d'analyser les mutations d'un système de défense dans ses dimensions techniques et politiques sur la longue durée, mais aussi d’appréhender les modes de transformation de l’architecture et notamment la destruction ou la réutilisation de structures devenues inadaptées. La ville grecque d’Amphissa (Phocide), qui occupe une position stratégique de point de passage obligé entre Péloponnèse et Grèce centrale, offre, grâce à ses huit phases défensives successives, un laboratoire unique pour une étude transdisciplinaire et transpériode des problématiques de défense. Exceptionnelle par la continuité de son occupation en même temps que par la stabilité de sa position dans la hiérarchie des sites urbains de la région, elle offre l’exemple d’une évolution dynamique des rapports entre une ville et ses défenses dans ses dimensions urbanistiques, sociales et symboliques.
2024
Le projet HISTORY est expérimental, exploratoire et transdisciplinaire. Le but est d’explorer l’utilisation de la Réalité Mixte dans un cadre mémoriel. Nous nous intéresserons au travail de mémoire sur le rôle des camps de transit nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce cadre applicatif est intéressant car il porte une dimension éthique particulière. Rendre interactive une partie du projet muséographique dont les thèmes renvoient à un passé douloureux pourrait provoquer des sentiments ambigus chez les victimes comme chez les visiteurs. Il est donc essentiel de garder une certaine éthique dans la manière de transmettre l’histoire de l’Holocauste et les mécanismes à l’œuvre dans le cadre de la mise en place des déportations de persécution et de répression. L’hypothèse scientifique serait que l’immersion permise par ce type de technologie et une narration interactive personnalisée éthique permettraient d’impliquer le visiteur et de favoriser l’empathie historique. Ce projet pose des questions scientifiques transdisciplinaires et réunit quatre disciplines : 1) Histoire et Muséologie 2) Informatique (Réalité Mixte et Intelligence Artificielle), 3) Sciences de l’Information et de la Communication (récit interactif) et 4) Ergonomie Cognitive. La question de recherche étudiée est : « Comment utiliser la réalité mixte pour le travail de mémoire sur le rôle des camps d'internement et de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale et quel impact cela aura-t-il sur les visiteurs ? »
2024
La crise climatique représente une menace majeure pour l'existence humaine et la biodiversité. Ses impacts sur la santé humaine sont déjà conséquents, en particulier dans les pays vulnérables des Suds comme au Bangladesh et au Sénégal. Ces régions ont connu une augmentation des températures deux fois supérieure à la moyenne mondiale, les rendant encore plus vulnérables. Les températures extrêmes (TE) affectent de manière multiple la santé, les femmes enceintes et les jeunes enfants étant parmi les plus touchés. Ces conséquences du changement climatique pourraient annuler les récentes améliorations des taux de mortalité maternelle et infantile et dégrader davantage la santé mentale de ces femmes et enfants. Le projet HEAT-BaSe vise à approfondir la compréhension de ces impacts et à trouver des moyens de les réduire. Cette initiative s'aligne sur la récente stratégie française en matière de santé mondiale, soulignant l'urgence de mettre en place de la recherche intervention en santé des populations (RISP). Les objectifs clés du projet incluent : - Le suivi de l'évolution des inégalités spatiales des TE et des maladies associées à Satkira, Bangladesh. - La compréhension des inégalités et des mécanismes de résilience dans le contexte des TE. - La mise en place un système de micro-surveillance pour les TE pour mesurer et comprendre la résilience. - La conception, la mise en œuvre et l'évaluation d’interventions préventives pour la santé physique et mentale des mères et enfants afin de lutter contre les inégalités liées aux TE au Bangladesh et au Sénégal. - L’influence des politiques locales et nationales à partir des outils de transfert de connaissance pour répondre aux impacts des TE. - Promouvoir la coopération internationale, partager des méthodologies et tirer des leçons des interventions. Une approche interdisciplinaire sous tend le projet. L’ambition générale est de concevoir et de mettre en œuvre des stratégies qui permettent d'atténuer les effets néfastes des températures extrêmes sur les populations vulnérables.
2024
Nous proposons un projet ANR dédié à l’étude des problématiques modernes en optimisation de forme, qui recèle à l’heure actuelle de multiples défis. L'objectif principal est de fédérer la communauté des chercheurs intéressés par cette discipline afin de développer de méthodes et outils originaux permettant d’aborder de nouveaux modèles ou considérer de nouvelles contraintes. Nous souhaitons concentrer nos efforts autour de quatre grandes thématiques : (1) l’étude de nouveaux modèles impliquant des EDP non-linéaires ainsi que des contraintes topologiques sur les domaines. (2) Le développement de méthodes permettant d’établir des inégalités géométriques quantitatives. (3) La prise en comte d’incertitudes dans les problèmes inverses impliquant des formes. (4) Le développement d’approches numériques originales permettant d’éviter l’utilisation de maillages coûteux. Le consortium a été composé de façon à mettre l’accent à la fois sur les aspects fondamentaux, applicatifs et numériques, qui sont totalement complémentaires et interconnectés dans ce cadre.
2024
Les horaires non-standards de travail (NSWS) augmentent dans de nombreux pays européens et affectent de plus en plus les femmes. Toutefois, à l’exception du travail de nuit, l’impact des différents types de NSWS sur la santé mentale demeure mal connu. En outre, les progrès des technologies numériques et de la neuroimagerie ont permis d’améliorer la connaissance des déterminants physiologiques de la santé mentale mais les mécanismes sociaux de transmission sont mal connus, et la littérature épidémiologique peine à expliquer les différences de genre observées. Face au développement rapide des troubles de santé mentale en Europe et à l’essor des horaires atypiques, l’objectif du projet EqualHealth est d’améliorer la connaissance des liens entre les horaires non-standards de travail et la santé mentale au cours de la vie et d’identifier les mécanismes à l’œuvre. Pour mettre au jour des leviers d’action, le projet compare trois pays européens (France, Suède et UK), proches par leur niveau de richesse et la structure de leur population, et contrastés par la prévalence et la prise en charge des troubles de santé mentale d’une part, et par l’exposition aux horaires non-standards et la régulation du temps de travail d’autre part. L’objectif du projet se décline en trois axes : (1) mesurer la prévalence des troubles mentaux dans la population active des trois pays en fonction des types de NSWS et du genre, en contrôlant des caractéristiques de travail, d’emploi et des autres facteurs socio-démographiques, et analyser les effets de la durée d’exposition sur la survenue des troubles mentaux ; (2) identifier les mécanismes sociaux de transmission entre NSWS et santé mentale au niveau de la sphère professionnelle (work support), de la sphère familiale (family support), et des politiques publiques ; (3) mettre au jour les stratégies adaptatives des travailleurs, à partir de l’expérience subjective de la santé mentale. Le projet interroge les différences de genre en raison de la persistance d’inégalités de prise en charge des tâches domestiques et parentales, et des normes de genre dans les sociétés étudiées. Le projet repose sur une approche longitudinale et interdisciplinaire originale (sociologie, démographie, épidémiologie, santé publique, science politique), et sur la mobilisation de deux types de données complémentaires. Les liens entre trajectoires horaires et de santé mentale sont analysés grâce aux données de trois vastes cohortes nationales, appariées avec des données administratives. Le projet tire parti de ces données, coûteuses à collecter. D’autre part, le projet approfondit la connaissance du phénomène grâce à la collecte et l’analyse d’entretiens biographiques dans les trois pays et à une approche intégrée, et multi-dimensionnelle, de la santé mentale. Ainsi, le projet compare les indicateurs de santé mentale (auto-rapportée, diagnostiquée, biomarqueurs, subjective), permettant de discuter les catégories cliniques et médicales, et de repérer des populations sous-diagnostiquées ou éloignées des systèmes de santé. Le projet prévoit plusieurs avancées majeures sur le plan scientifique, méthodologique et de politique publique. Grâce à son approche longitudinale et comparative, le projet permet de mieux connaître l’impact de l’exposition aux horaires non-standards de travail sur la santé mentale des femmes et des hommes, et les mécanismes sociaux de transmission, en articulation avec les processus physiologiques. L’approche intégrée de la santé mentale, grâce à la combinaison des approches, permet d’identifier des populations à risque, d’enrichir les cohortes existantes, et d’améliorer la mesure de la santé mentale au niveau international, une démarche promue par l’OCDE. Enfin, le projet contribue à une meilleure intégration des données biomédicales dans les recherches en sciences sociales sur la santé, augmentant la connaissance des déterminants de la santé et favorisant le développement de politiques de prévention adaptées.
2024
Au croisement de la science politique et de l’histoire, notre projet de recherche interdisciplinaire vise à construire une base de données la plus exhaustive possible sur la militance nationaliste OAS englobant les milliers d’individus jugés par les tribunaux spéciaux, en particulier devant la cour de sûreté de l’État, installée à Paris en 1963. Cette base de données, comprenant une soixantaine d’entrées, permettra, dans une perspective prosopographique, de reconstituer des parcours biographiques, individuels et collectifs, d’élaborer une typologie de ces militants et d’identifier les mécanismes et processus de radicalisation les conduisant à commettre des actes de violence qu’il s’agira de distinguer en fonction de leur nature et de la sociologie de leurs auteurs. À l’issue de ce travail d’analyse des archives judiciaires et policières selon une méthodologie tant quantitative que qualitative, une publication scientifique (numéro spécial de revue, ouvrage collectif et/ou site internet) rendra compte des résultats de la recherche. Cette publication accordera une place importante à des productions graphiques (cartographies fines, à différentes échelles, histogrammes, diagrammes etc.). Il s’agit moins d’un travail d’histoire sur l’Algérie des années 1960 qu’une contribution à l’étude des processus de radicalisation devant déboucher à terme sur une analyse comparée entre acteurs violents à différentes époques et autour de différentes causes.
2024
Le projet DramaRef vise à étudier le système des pronoms et adjectifs démonstratifs dans le théâtre grec des V? et IV? s. AEC, pour déterminer les différents facteurs linguistiques et pragmatiques qui conduisent au choix de chaque opérateur. Si le système très riche du grec archaïque et classique a été étudié sur des corpus restreints, la nouveauté de notre approche est d’établir un corpus exhaustif de ces marqueurs (dans la tragédie d'Eschyle, Sophocle et Euripide et la comédie d'Aristophane et de Ménandre, ainsi que les nombreux fragments), qui sera disponible en accès ouvert et interrogeable selon une grande variété de critères. Les caractéristiques du théâtre classique en font un domaine particulièrement intéressant pour étudier le fonctionnement des démonstratifs dans une situation pragmatique concrète, celle de la représentation scénique. La seconde phase du projet explorera différents aspects du fonctionnement de ce système : suivi du référent dans le mouvement du discours, syntaxe, interaction avec la structure informationnelle, renforcement des démonstratifs, anaphores propositionnelles, anaphores non-standard, dramaturgie de l'anaphore et de la deixis, évolution diachronique. Dans la troisième phase, une conférence internationale suivie de la publication d'un ouvrage collectif permettra de rassembler les résultats obtenus.
2024
Le projet E-cclesia - Construire l’église-monument par les textes et les images dans l’Occident latin (IVe-XIIe siècle) a pour objectif de déterminer le statut du bâtiment-église dans la société tardo-antique et médiévale, au moment où il devient progressivement métonymie de l’Église-institution. Il part de l’hypothèse selon laquelle l’analyse des discours et des représentations est nécessaire pour saisir la nature, la fonction et la valeur symbolique mais aussi patrimoniale des édifices de culte. Il s’agit pour cela de mener une étude précise des sources textuelles et iconographiques pour mettre en évidence la transformation des lexiques verbaux et visuels comme expression d’une pensée complexe du rôle de l’Église-institution dans la société tardo-antique et médiévale ainsi que de la valeur matérielle et spirituelle du bâtiment-église. La production de travaux de recherche innovants sur cette question centrale des sociétés occidentales passe par une enquête inédite sur la terminologie concernant l’édifice et ses parties, propre à faire apparaître dans les stratégies de nomenclature des éléments jusque-là passés inaperçus. Cette réflexion passe par l’analyse historique d’un corpus original de textes et d’images relatifs à l’architecture et au décor des monuments chrétiens en Occident. Ce corpus est indexé et structuré par une base de données. L’exploitation de cette masse documentaire est à même de mettre en lumière les conceptions qui s’expriment à travers le bâtiment-église en tant que phénomène culturel majeur, notamment dans les espaces de la chrétienté occidentale. Pluridisciplinaire par essence et interrogeant l’édification comme fait de société, le projet E-cclesia réunit un réseau national et international de chercheuses et de chercheurs spécialistes des questions historiques, philologiques, artistiques, épigraphiques et archéologiques. Le projet comporte un volet de valorisation des résultats obtenus auprès du grand public via un programme d'expositions, de conférences, de podcasts et d'articles dans des magazines destinés à un large public.
2024
Au croisement de la géographie humaine et environnementale, de l’éco-acoustique et des sciences cognitives, ce projet vise à étudier la relation des individus et des groupes aux paysages sonores ordinaires associés à la présence et/ou à la réapparition de l’eau dans des milieux urbains, périurbains et ruraux d’Ile-de-France en évaluant la capacité humaine à traiter auditivement et émotionnellement l'information acoustique véhiculée par cette ressource. Pour ce faire, nous travaillerons à partir de l’analyse de sons de trois petites rivières franciliennes (la Bièvre, le Morbras et la Vieille Mer), présentant des profils hydrogéomorphologiques variés, ainsi que des degrés d’urbanisation et de restauration divers. Nous faisons ainsi l'hypothèse que ces rivières participent à la construction de paysages sonores distincts en fonction de critères hydrogéomorphologiques (taille du cours d’eau, , types de débits et de courants, charge sédimentaire, etc.), temporels (période d’étiage ou de crue, saisons, jour/nuit, etc.), fonciers (espaces publics / espaces privés), des contextes plus ou moins urbanisés dans lesquels ces rivières se trouvent et des efforts de restauration écologique entrepris. Le croisement de ces différents critères, nous permettra à la fois de définir les éléments qui participent de la définition de paysages sonores ordinaires de l’eau et d’analyser les conséquences sensibles des restaurations en cours pour les usagers de ces rivières. Nous chercherons ainsi à comprendre non seulement en quoi l’eau participe à l’organisation de ces paysages sonores mais aussi dans quelle mesure elle favorise le bien-être, l’attachement et la connaissance des petites rivières urbaines par leurs usagers. Le son de l’eau ne sera donc pas étudié en et pour lui-même ; il sera au contraire appréhendé dans sa relation à l’environnement, humain et non-humain, afin de mieux saisir de quelle façon il peut participer au ressourcement des populations, à leur attachement notamment émotionnel aux lieux et à leur capacité à s’adapter voire à se protéger des risques associés à cette ressource (crue mais aussi étiage dans un contexte de changement climatique). Les apports attendus de ce projet sont donc de plusieurs ordres : 1) théoriques, en ce qu’il vise à mieux qualifier les paysages sonores ordinaires de l’eau, ainsi que les relations des habitants à ces paysages ; 2) méthodologiques, puisqu’il associe de manière originale et novatrice des dispositifs issus de la géographie humaine et environnementale, de l’éco-acoustique et des sciences cognitives ; 3) sociaux par l’attention qu’il porte au partage des connaissances qui seront produites au cours de cette recherche avec les usagers, les habitants et les aménageurs de ces petites rivières franciliennes.
2024
Le projet PREcare regroupe des chercheurs et enseignants-chercheurs en géographie (géographie sociale et urbaine, analyse spatiale), études démographiques et urbanisme et aménagement, et des représentants de Croix Rouge Mobilités. Il a pour objectif d’apporter une contribution théorique et opérationnelle à l’analyse de la précarité dans les villes petites et moyennes françaises, et à celle des actions solidaires (publiques, associatives ou informelles), mises en œuvre pour accompagner les plus fragiles. Dans quelle mesure les situations de précarité dans les villes petites et moyennes présentent-elles ou non des spécificités ? En quoi sont-elles largement invisibilisées ? Quels sont les dispositifs d'accompagnement des plus précaires mis en œuvre aux côtés ou en dehors de l'action publique ? Le projet se fonde sur trois principales hypothèses : 1. La précarité dans les villes petites et moyennes s’accentuerait ces dernières années et présenterait des logiques spatiales à appréhender aux échelles inter- et intra-urbaines ; 2. Il s’agirait d’un phénomène assez largement invisibilisé, face à des discours et des actions misant avant tout sur l’attractivité résidentielle et économique ; 3. Les villes petites et moyennes, en raison notamment de liens d’interconnaissances facilités, seraient marquées par un rôle central du monde associatif et de formes plus informelles de solidarités locales mises en œuvre à destination des plus précaires. En articulant analyses statistiques et cartographiques nationales et locales, entretiens semi-directifs sur le terrain et élaboration d’un documentaire vidéo, le projet PREcare ambitionne d’apporter une contribution théorique et opérationnelle à l’analyse de la précarité dans les villes petites et moyennes. Il s’inscrit au cœur de l’axe D7 Sociétés et territoires en transition et contribuera à la compréhension de la complexité des situations de précarité dans les villes petites et moyennes, de l’échelle nationale à l’échelle locale, et aux actions mises en œuvre face à la division sociale de l’espace dans des horizons non métropolitains. Il répond à une forme demande locale et nationale concernant l’appréhension des situations de précarités dans ces territoires et des stratégies d’action mises en œuvre. L'équipe dispose d'une bonne connaissance du cadre des villes petites et moyennes et d’une solide expérience dans la maitrise des méthodes quantitatives (bases de données, indicateurs multivariés) et qualitatives (entretiens semi-directifs, réalisation de documentaires scientifiques). Les questions relatives à la précarité et aux solidarités locales ont émergé à partir de premiers travaux de terrains exploratoires réalisés à Ruffec et à Angoulême (Charente). Elles se sont articulées à de premières analyses statistiques menées à l’échelle nationale et à des échanges avec des acteurs hors du monde universitaire, ayant émis la volonté de participer aux réflexions de l’équipe de recherche : la Croix-Rouge française et l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires. L’enjeu du projet est, d'une part, de proposer une mesure fine et une différenciation des situations de précarité dans les villes petites et moyennes de l'échelle nationale (outre-mer inclus) à l'échelle intra-urbaine (communes-centres et aires urbaines). L’objectif est d'analyser, d’une part, les pratiques et représentations des populations en situation de précarité et, d’autre part, les types d'actions destinées à les accompagner, que ce soit dans le cadre de l’action publique, de l’investissement associatif ou encore de formes de solidarités familiales. Le projet se structure en quatre workpackages (WP) : WP1. Mesurer la précarité et les solidarités dans les villes petites et moyennes ; WP2. Appréhender les expériences sociales et spatiales de la précarité ; WP3. Analyser les actions solidaires face à la précarité ; WP4. Rendre visible la précarité et les solidarités dans les villes petites et moyennes.
2024
L’objectif du projet est de reconstruire la philosophie sociale de Scheler en montrant comment différents grands thèmes de Scheler sont systématiquement liés entre eux. Le point de départ de la philosophie sociale de Scheler est le problème de l’intersubjectivité qui, pour Scheler, ne peut être compris que dans une perspective anthropologique. C’est parce que les êtres humains se comportent de manière sympathique les uns envers les autres par le biais de leur comportement expressif visible sur leur corps qu’ils peuvent se comprendre. Ce n’est que parce que les êtres humains sont reliés entre eux par le lien de l’amour vital, ce n’est que parce que leurs sentiments peuvent agir sur les autres dans l’expression de leurs corps et devenir compréhensibles, que l’intersubjectivité humaine est possible. Les êtres humains sont liés entre eux par les différentes formes de sympathie, par le sentiment commun et la participation à la vie d’autrui dans la compassion. Dans la philosophie sociale de Scheler, l’être humain n’est pas le seul à intervenir. Contrairement à de nombreuses autres philosophies sociales, Scheler pense l’être vivant qu’est l’être humain comme étant en contact vital avec la nature vivante qui l’entoure, ce contact étant pensé comme une forme particulière de participation (comprise au sens classique de « faire partie de quelque chose »). Scheler parvient ainsi, en partant des formes simples de la rencontre, à mettre en lumière l’interpénétration des dimensions descriptives et normatives de l’existence humaine. Notre objectif est de comprendre les grands ensembles de problèmes évoqués ici, à savoir l’amour, la vie, la sympathie, la nature, la sociologie et la solidarité, dans leur interaction. Pour ce faire, nous voulons distinguer les perspectives épistémologiques, ontologiques et métaphysiques beaucoup plus fortement que dans la recherche actuelle et montrer qu’une pleine compréhension de la philosophie sociale de Scheler, conçue comme un système, n’est possible que si ces trois perspectives sont clairement distinguées et considérées dans leur droit respectif. La reconstruction de la philosophie sociale de Scheler se fait dans l’intention de montrer qu’elle a un grand potentiel pour apporter une contribution importante aux grandes questions urgentes de notre époque, mais surtout pour exposer leur contexte. Il s’agit d’une part de questions théoriques sur la nature de l’empathie et de la compassion, sur l’importance fondamentale de la sympathie vitale (résonance), des sentiments communs, des sentiments de protection et d’exclusion (honte et ressentiment), et d’autre part de questions pratiques sur la manière dont la solidarité est possible dans des sociétés hautement complexes et socialement différenciées, sur la manière dont nous pouvons penser le rapport à la nature autrement que dans le cadre d’une pensée simplement orientée vers le calcul coûts-bénéfices.
2024
MIXTAPES (méthodes et données MIXTes pour l'Analyse des Pratiques d'Ecoute en Streaming) est un laboratoire commun à l'UMR Géographie-cités et à Deezer. Il s'inscrit dans la continuité du PRCE ‘RECORDS' (2020-24) qui a consolidé une collaboration continue depuis 2017 entre les deux partenaires. Laboratoire pluridisciplinaire dédié à l'étude des dynamiques de consommation de contenus sur les plateformes de streaming, il hébergera des recherches qui visent à mesurer, analyser, modéliser la diversité sociale et spatiale des écoutes et des goûts, la circulation des œuvres à l’ère numérique, ou encore les relations entre les préférences déclarées par les personnes dans les enquêtes et leurs consommations de musique au quotidien. Pour ces études, MIXTAPES s’appuiera sur des protocoles expérimentaux qui ont été conçus collaborativement par les partenaires ces dernières années. Ces protocoles associent, dans le respect du RGPD et de l'anonymat des enquêté.e.s, données d’écoute sur Deezer et données d'enquête. Depuis 2019, ces protocoles ont été déployés pour conduire des enquêtes auprès de dizaines de milliers d’utilisateurs/trices de Deezer en France. Il s’agira d’internationaliser ces protocoles d’enquêtes pour réaliser des études comparatives à l’échelle européenne, dans plusieurs autres pays dans lesquels Deezer est un acteur important de la diffusion musicale. Sur le plan méthodologique, les recherches menées dans MIXTAPES étendront celles menées par les deux partenaires ces dernières années, en expérimentant de nouvelles façons de collecter et combiner des sources d’information hétérogènes sur les écoutes et les goûts des personnes. Sur le plan thématique, les recherches porteront sur la géographie des écoutes à l’échelle mondiale, sur l’évolution des goûts et des écoutes au cours de la vie, et sur la transmission familiale des goûts musicaux. Les corpus constitués par ces recherches expérimentales permettront à Deezer d'innover dans les fonctionnalités de navigation et de recommandation de contenus. Elles permettront également à Deezer de mieux valoriser ses communautés d’utilisateurs en constituant un panel, sur le modèle des panels internet soutenant la recherche en sciences sociales. Pour le CNRS, MIXTAPES représente une opportunité de pouvoir alimenter des recherches fondamentales issues de différentes disciplines avec un matériau empirique documentant au niveau le plus fin les consommations individuelles de musique et de podcasts au quotidien. Un tel accès pérenne par la recherche publique à des données individuelles, longitudinales et anonymisées de consommation effective de contenus culturels, est à ce jour sans précédent en France. Après une période de montage administratif et juridique planifiée au second semestre 2024, le laboratoire commun démarrera ses activités début 2025.
2024
TELE est un projet de réseau destiné à préparer une candidature à l' ERC Synergy. L'appel vise des projets collaboratifs portés par 2 à 4 chercheurs. Le financement maximum est de 10 millions €*. La durée maximale d'un projet SyG est de 6 ans. Le projet ERC SyG TELE sera porté par Sandra Laugier qui est dans la dernière année de son projet ERC AdG DEMOSERIES (2020-2024). S. Laugier a engagé la réflexion sur TELE en collaboration avec Andrea Pinotti, également porteur d’un projet ERC AdG dans le domaine des humanités. Un autre PI spécialiste de numérique est en cours d’intégration et un 4e est envisagé. Le projet TELE vise à réunir des chercheurs en philosophie, esthétique, histoire de l’art, histoire des sciences, sciences des données en vue d’explorer, analyser et renouveler l’ontologie contemporaine de la distance. Il est délibérément ancré dans les humanités. Il vise à définir le nouveau contenu conceptuel du préfixe TELE- (de télévision à télépathie, téléportation, télémédecine). Il ne s’agit pas d’étudier les différents dispositifs de communication à distance qui se sont largement développés ces dernières années ou les formes politiques de pouvoir à distance, mais de cartographier la transformation réelle du monde par les modifications du medium distal. TELE correspond aux ambitions d’un projet Synergy par la nouvelle question de recherche qu’il pose et le concept qu’il porte et par sa dimension d'excellence. « Je n’y arrive pas ! » « C'est trop loin ! » Combien de fois chacun de nous a-t-il fait l’expérience de frustration face aux possibilités et au moyens d'appréhender ou d’atteindre le monde et ses objets ? Combien de fois avons-nous dû recourir à des prothèses, des outils, des dispositifs pour pallier cette insuffisance ? Inversement, combien de fois avons-nous ressenti une personne ou une situation comme trop proche, étouffante, « donnez-moi de l’air » ? Combien de fois avons-nous senti une personne physiquement proche et pourtant distante, froide ? Combien de fois avons-nous avons fait l’expérience de sa proximité émotionnelle, intellectuelle ou humaine malgré sa distance spatiale ? Cette polarisation simple mais fondamentale de l'expérience de la distance dans l'anthropologie de la vie quotidienne nous introduit au thème central que TELE entend explorer : l'ambivalence constitutive de la distance, dans les formes de l'expérience humaine ; son agentivité, le préfixe TELE- indiquant à la fois la distance et la possibilité ou la difficulté d’atteindre, la transformation contemporaine de l’ontologie de la distance et la réévaluation des termes ordinaires télé-vision, télé-phonie etc. Notre idée de recherche directrice est que le préfixe TELE renvoie à des phénomènes et expériences en rupture avec les représentations actuelles de la distance. Nous proposons une approche conceptuellement unifiée d’une série de phénomènes qui n’ont pas été étudiés systématiquement mais seulement de façon disséminée, tels: - Les ascendances théologiques des nouvelles technologies de réalité virtuelle : par exemple, le concept d'« avatar » et ses racines dans les doctrines hindoues de l'incarnation. - La télé-pathie comme piste inédite pour les transformations des relations humaines - La téléportation comme promesse de rendre le don de bilocation accessible à tous - La relation aux environnements éloignés : distants de façon permanente (physiquement et géographiquement), comme les îles isolées, les villages de montagne, les prisons polaires ou l'espace extra-atmosphérique, ou momentanée - La tension entre l’environnement vu à distance (terre vue « d’en haut ») et l’environnement quotidien proche - La question du care à distance, les pratiques de la télémédecine Le réseau de 4 PI va préparer la candidature pendant 18 mois pour une soumission en 2025. La demande financière porte sur des missions destinées à l'organisation de workshops hébergés par les différents PI et le recours à un prestataire pour l’accompagnement au montage du projet.
2023
Les cités de la Grèce antique ont honoré leurs dieux en leur attribuant des noms et des épithètes tirés du vocabulaire végétal. Les plantes ont servi de point d’ancrage d’activités cultuelles et ont été l’un des moyens d’inscrire la présence d’une divinité dans un territoire. Les récits des poètes ont souvent utilisé le lexique botanique, ou l’évocation de plantes et de paysages particuliers, pour rendre compte des prérogatives d'un dieu ou de sa manière d'intervenir dans les affaires humaines. Les documents épigraphiques et littéraires offrent un riche témoignage de ce phénomène. Les sources s'étendent de la période archaïque (VIIIe-VIIe siècles avant notre ère) jusqu'au Ve siècle de notre ère. Elles se réfèrent à l’ensemble des côtes hellénisées de la Méditerranée. Pourtant, elles n'ont pas encore été collectées et, a fortiori, elles n’ont pas fait l’objet d’une analyse systématique. Le projet « PolyBota. Polythéisme et botanique en Grèce antique. Noms, cultes, récits » s’attache à recueillir ces témoignages et à en fournir la première étude complète. Il croise les approches les plus récentes du polythéisme grec avec l’intérêt croissant que les sciences humaines portent au rôle de l'environnement végétal dans la vie culturelle des sociétés humaines. PolyBota vise à comprendre comment les connaissances végétales et les pratiques environnementales des anciens Grecs ont participé à façonner leurs représentations religieuses et leurs activités rituelles. Une approche multidisciplinaire et « bottom-up » permet à PolyBota d’aller au-delà de l'état de l'art de la bibliographie sur ce sujet et d'atteindre quatre objectifs principaux : (1) surmonter la nature fragmentaire et souvent datée des études existantes ; (2) reconstruire l'encyclopédie botanique, tacite et partagée, selon laquelle les hommes et les femmes de la Grèce antique ont pu interpréter la présence du monde végétal dans les noms, les cultes et les récits de leurs dieux ; (3) accéder à des cosmologies qui ne correspondent pas à la division entre nature et société courante dans les sociétés postindustrielles ; (4) construire une analyse du monde grec plus sensible aux multiples liens qui inscrivent l’action humaine dans son environnement non-humain. Le projet PolyBota sera soumis au panel SH6 – The Study of the Human Past des ERC Starting Grants 2025.
2023
Le projet ‘Transmission du savoir mathématique néoplatonicien’ (NEOMAT) se trouve au croisement de l’histoire des sciences et de l’histoire des textes. Il poursuit deux objectifs principaux. Il s’intéresse à deux épisodes clés dans la transmission des textes grecs mathématiques. Le premier concerne la transmission des traités mathématiques grecs vers l’arabe. L’historiographie traditionnelle suppose que cette transmission s’est effectuée à partir des traités grecs antiques vers l’arabe, de manière directe ou par l’intermédiaire d’une version syriaque. Cependant, cette manière de penser est anhistorique et envisage la période antique comme uniforme. Le caractère innovant revient à évaluer la pertinence de l’hypothèse qui découle de la doxa actuelle qui guide la démarche d’un certain nombre d’éditeurs de textes scientifiques grecs, selon laquelle la transmission en arabe permet l’accès à un état du texte antique épargné par les couches de lecture et d’étude successives en grec. Les retombées d’un tel projet sont importantes, car il est susceptible de 1)modifier notre vision de la transmission des traités grecs scientifiques ; 2)changer notre regard sur le lien entre la science grecque antique et la science arabe ; 3)permettre d’évaluer le degré d’innovation des différentes transmissions, et de faire ressortir l’originalité de la réception du traité grec d’origine dans des espaces linguistiquement et culturellement différents. Le deuxième enjeu majeur concerne l’enseignement néoplatonicien à proprement parler et son importance pour notre connaissance de l’enseignement des mathématiques grecques à la fin de l’Antiquité. Entre le IIIe et le VIe siècle de notre ère, le néoplatonisme repose sur un réseau d’écoles unifié par un cursus d’étude en philosophie – principalement des traités d’Aristote et de Platon (Festugière) –. Conformément aux recommandations de Platon dans la République (VII 522 C – 531 C), leur étude est précédée de l’enseignement de quatre disciplines dont la maîtrise est nécessaire pour accéder à la connaissance de la philosophie. Ces disciplines sont l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique. Le néoplatonisme offre donc un témoignage privilégié et unique pour examiner les modalités de l’enseignement des mathématiques à la fin de l’Antiquité. L’intérêt d’une partie de ces textes est qu’ils ont été sous-évalués en histoire des mathématiques. Cela a directement contribué à biaiser notre appréciation de la manière dont on faisait des mathématiques à la période antique. L’utilisation néoplatonicienne de ces traités offre un rare exemple de textes mathématiques antiques pour lequel il est possible d’étudier le lien entre mathématique et philosophie, puisqu’on dispose de traces et de témoignages d’utilisation des textes. La caractéristique du néoplatonisme est que les enseignants néoplatoniciens composent des commentaires aux œuvres étudiées. Plusieurs d’entre eux nous sont parvenus. On conserve aussi des commentaires rédigés à partir de notes prises par des étudiants. Ces différents documents fournissent un vaste corpus pour développer comme axe transversal du projet une étude sur ce en quoi consiste l’enseignement à cette période. Le projet repose aussi sur l’exploitation des méthodes et outils de la philologie. L’étude des commentaires en général et la question de l’impact des commentaires dans la transmission des textes constituent un autre point important. Dans le cas des commentaires néoplatoniciens, les textes sont à leur tour utilisés à Byzance dans le cadre d’un enseignement et tout l’enjeu sera de comprendre comment pour pouvoir exploiter le témoignage des sources médiévales qui en transmettent le contenu.
2023
Les “Women’s studies”, “Body studies” et “Sensory studies” constituent trois grandes tendances de la recherche interdisciplinaire actuelle. Le projet “CORPS FÉMININS, SENSATIONS FÉMININES” se situe à l'intersection de ces trois domaines. Dans ce contexte, et en adoptant une approche historico-philosophique, le projet vise à étudier les conceptualisations scientifiques médiévales de la corporéité féminine en relation avec les théories de la perception sensorielle qui sont simultanément produites dans la science médiévale. Voici les objectifs que nous souhaitons poursuivre: (i) fournir une étude approfondie des théories scientifiques médiévales sur la féminité, le corps féminin et la perception sensorielle; (ii) montrer si et dans quelle mesure les différences de sexe et de genre étaient déjà considérées comme jouant un rôle dans les théories psychologiques pré-modernes; et (iii), d'autre part, explorer le rôle et l’influence potentielle des théories des perceptions sensorielles sur les visions médiévales du corps féminin et de la féminité en général. Cette étude devrait parvenir (a) à découvrir certaines racines historiques méconnues des théories scientifiques actuelles liant la psychologie et les études sur le sexe et le genre, et (b) aider à clarifier les vues scientifiques médiévales sur les femmes, en montrant la variété des approches qui peuvent être trouvées au cours de ces siècles, qui sont généralement et indistinctement considérés comme “misogynes”.
2023
Dans le continent sud-américain, la colonisation a dès le début du XVIe siècle introduit des changements profonds dans l’organisation des sociétés préhispaniques de l’Aire Andine Centrale, correspondant au Pérou actuel. Ces changements ont concerné les modes de vie de ces populations, bouleversés par les déplacements forcés, tout comme leurs pratiques économiques et culturelles par l’imposition de composantes de la société européenne telles que le culte chrétien. Les populations andines ont néanmoins perpétué de nombreuses coutumes anciennes, par des processus de résistance conduisant à un syncrétisme entre traditions préhispaniques et européennes. Ce syncrétisme s’est aussi produit à travers les contacts entre populations andines et communautés d’esclaves africains et afrodescendants, amenés de force sur les côtes péruviennes depuis le début du XVIème siècle. La Période Coloniale apparaît ainsi comme un moment clé de l’histoire de l’Aire Andine, mais elle est le plus souvent abordée à travers la discipline historique et l’étude des archives écrites par l’administration coloniale. L’histoire qui est faite de cette période est donc surtout une histoire politique et économique écrite du point de vue espagnol, laissant peu de place au quotidien, aux expériences vécues et aux processus de négociation des populations andines, africaines et afrodescendantes avec les normes européennes. Le projet MICA vise à bousculer l’état actuel de la recherche en apportant des hypothèses novatrices sur l’histoire des populations anciennes de la côte nord du Pérou. Cette région est un cas d’étude majeur pour étudier la transition entre la période préhispanique et coloniale, qui a vu l’installation de plusieurs Ordres religieux fondant des églises et des villages où ont coexisté les populations espagnoles, andines, africaines et afrodescendantes. Dans cette région, l’archéologie coloniale est une discipline naissante, qui grâce à une approche matérielle et multiscalaire aborde les relations entre européens et populations andines. Ces recherches mettent en évidence la continuité de pratiques préhispaniques, tout en témoignant de processus d’ethnogenèse. Toutefois, se concentrant le plus souvent sur la fouille de contextes rituels, peu de connaissances scientifiques existent sur le quotidien des populations andines, et encore moins sur celui des esclaves qui restent les grands oubliés de cette recherche. En omettant l’étude des relations entre communautés andines et africaines, ces recherches peinent à illustrer dans quelle mesure leurs interactions ont contribué à façonner l’identité nationale péruvienne. Le projet MICA propose d’étudier pour la première fois trois sites fondés au XVIème siècle dans la vallée de Jequetepeque, pour définir l’impact du régime colonial sur les pratiques domestiques, sociales, économiques et culturelles des populations andines, africaines et afrodescendantes durant le premier siècle de la colonisation. A travers une approche matérielle, fondée sur la fouille archéologique des églises Anlape et Omnep, des secteurs d’habitat associés, ainsi que de San Pedro de Lloco, première ville fondée dans la vallée, il s’agira de confronter les connaissances historiques pour la période et de replacer dans ce discours la perspective des communautés andines, africaines et afrodescendantes. Ce projet s’appuie sur une solide collaboration internationale entre des institutions européennes, péruviennes et nord-américaines, et se distingue par son caractère hautement pluridisciplinaire en réunissant des chercheurs issus de la discipline archéologique, historique et anthropologique. Le projet contribuera à fonder une méthode réplicable d’étude des vestiges coloniaux, adaptée aux enjeux du contexte andin. La particularité de cette recherche tient également à sa réalisation dans un contexte urbain, rendant essentiel de coupler cet intérêt scientifique à un projet social, culturel et économique avec les autorités et les populations locales.
2023
Le projet ERC Starting Grant EArTH a pour objectif de documenter l’évolution technique de l’architecture de terre au cours du Néolithique (12000-5000 BC) au Proche-Orient et dans ses marges (Caucase, Anatolie, Chypre) afin de définir quels sont les mécanismes évolutifs (invention, diffusion, adaptation) en architecture de terre et les modalités de transmission des techniques de construction. La construction en terre crue représente un patrimoine transhistorique universel vieux de plus de 11000 ans au Proche-Orient. Plus encore, il a été observé que des points de convergence technique sont attestés dans toutes les aires géographiques de genèse de l’architecture de terre et cela dans des contextes socio-culturels et historiques variés disséminés sur l’ensemble du globe (Asie Centrale, Amériques, Afrique, Europe et Proche-Orient). Toutefois, ce projet défend l’hypothèse que l’origine et le développement de ces innovations recouvre une histoire complexe et semblent se décliner en de multiples variantes, liées à la disponibilité des ressources naturelles, à des choix techniques ou culturels et à des évolutions sociales. Le projet ERC Starting Grant EArTH nécessite la mise en place d’un programme ambitieux mobilisant différents contextes socioculturels et historiques pour définir des mécanismes universels en architecture. À cet égard, ce projet entend dépasser la stricte approche archéologique pour obtenir une vision anthropologique détaillée des sociétés passées par l’étude des populations anciennes et actuelles selon une approche comparatiste. Il s’agit d’un projet interdisciplinaire qui est basé sur une approche multiscalaire combinant un travail de terrain et en laboratoire – par des fouilles archéologiques en Iraq et en Azerbaïdjan et des études archéométriques de matériaux de construction et de sols – des enquêtes ethnographiques – par des terrains menés auprès de populations actuelles en Afrique de l’Est (Djibouti, Éthiopie, Soudan), dans la Péninsule Arabique (Oman) et en Amérique du Nord (Mexique) – et la création d’un modèle de simulation multi-agents à partir des données empiriques récoltées afin de définir les processus de diffusion des techniques de construction et les mécanismes d'échange. Le projet ERC Starting Grant EArTH poursuit les objectifs suivants : 1) Fournir une étude complète des vestiges architecturaux au Proche-Orient et dans ses marges soutenue par la mise en place d’une base de données et d’un SIG unique pour la région ; 2) Analyser les voies d’approvisionnement des ressources et les dynamiques de mobilité à une échelle multiscalaire (site, territoire, région) afin d’interpréter les mutations architecturales sur la longue durée et mettre en évidence les réseaux d’interaction régionaux et extra-régionaux ; 3) Explorer les transferts et les phénomènes sociaux (déplacement de populations, processus d’acculturation totale ou partielle, diffusions ou non-diffusions culturelles) afin de définir les modes de structuration des réseaux sur les échanges d’idées et de savoir-faire en architecture ; 4) Comprendre l’impact environnemental, culturel et social selon les choix techniques réalisés par les populations. Au vu de l’extinction progressive des savoirs traditionnels et du remplacement de la terre crue par des matériaux modernes face à une pression économique et sociale grandissante, il devient urgent de documenter ce patrimoine commun de l’humanité, chaque jour davantage menacé. Les connaissances acquises par le projet ERC Starting Grant EArTH permettront d’envisager des solutions durables face aux défis démographiques et écologiques actuels. Les qualités d’un matériau terre (isotherme, économique, recyclable) en voie de disparition doivent être valorisées à l’heure où les enjeux écologiques sont au cœur du débat public. Dans ce cadre, la sauvegarde de ce patrimoine vivant et des connaissances techniques ancestrales s’avère un enjeu de société crucial face à la globalisation des cultures.
2023
En Guyane française (GF), l'exposition des populations vivant le long des fleuves et des zones côtières aux métaux traces et métalloïdes (MT) est une préoccupation majeure pour les organismes de santé publique. L’origine de ces expositions demeure encore aujourd’hui mal comprise. Les niveaux élevés de MT potentiellement toxiques (e.g., Hg, Pb, As) dans les couvertures latéritiques (latérite et sol) résultent d’une accumulation naturelle au cours des millions d'années. Cet équilibre est aujourd’hui perturbé d’une part, par le forçage climatique (glissements de terrain, tempêtes tropicales…), mais surtout par les activités anthropiques, au premier rang desquelles l’orpaillage légal ou illégal, dont la gestion des pollutions induites (notamment au mercure) constitue un défi de taille pour ce territoire. Le remaniement et l'érosion, naturels ou non, des couvertures latéritiques favorisent le transfert des particules riches en MT dans les hydrosystèmes guyanais. Les MT sont alors soumis à de nombreuses transformations biogéochimiques qui peuvent modifier leur spéciation vers des formes toxiques et/ou bioaccumulables dans les chaînes trophiques. En outre, l'addition de MT (Pb et Hg) issus des activités anthropiques (orpaillage, agriculture, chasse…) à un fond géochimique naturellement élevé exacerbe les risques d'exposition des populations. Le projet ECLAT fédère 6 laboratoires et universités de Guyane et de France hexagonale pour documenter les cycles biogéochimiques des MT, et apporter des réponses sociétales et de santé publique à cette problématique en GF. Par une approche transdisciplinaire (géosciences et sciences humaines et sociales), le projet s’attachera à comprendre les processus d’accumulation, de transfert, et le devenir des MT, depuis les couvertures latéritiques vers les grandes rivières guyanaises. Le projet sera mené sur deux hydrosystèmes ; le Maroni et la Mana, contrastés par leurs débits et la qualité de leurs eaux en raison d’une densité de population et des activités d’extraction aurifère très différentes sur leurs rivages. En premier lieu, la dynamique socio-environnementale et économique (orpaillage, occupation du territoire…) des deux bassins versants sera analysée sur la base d’archives historiques. Ces résultats permettront d’évaluer, de reconstituer et de comparer l'évolution spatiotemporelle des flux de MT et de la pression anthropique au cours des deux derniers siècles. En parallèle, l’étude minéralogique, géochimique et géochronologique des couvertures latéritiques actuelles permettra de caractériser les processus et la dynamique d'accumulation des MT géogéniques et anthropiques sur des échelles de temps allant du siècle au million d’années. Enfin, la réactivité des phases porteuses minérales et/ou organiques des MT (une fois remobilisées dans les hydrosystèmes) sera étudiée pendant le transport en suspension et au cours des dépôts transitoires (de la crue à l’échelle saisonnière) pour documenter le parcours et le devenir de ces contaminants. L’utilisation de méthodologies innovantes (sur le terrain et en laboratoire), de thématiques et d’outils de pointe variés et complémentaires (minéralogie, géochronologie et géochimie élémentaire et isotopique) permettra l’identification des sources et la caractérisation des processus biogéochimiques en jeu dans la dynamique des MT. Ce projet apportera une vision nouvelle de ce socio-écosystème complexe, et des réponses à la société sur les risques d’exposition aux MT. La diffusion des savoirs (workshop, enseignement, diffusion, et vulgarisation) vers l’Université de Guyane, les agences d’états et le grand public permettra à la population guyanaise d'accéder à une information qualitative et quantitative sur l'impact des mines (il)légales et sur l'exposition des populations au fil du temps. Le projet ECLAT permettra donc de proposer une meilleure gestion de l'environnement et de la santé humaine et d'accroître le développement de l'éducation à cette problématique.
2023
Les différents chantiers réalisés dans les espaces urbains, de voirie, de construction comme de tunnels, ont en commun de de rendre mobiles des matières de natures très variées - organiques ou minérales, polluées ou non par d’anciennes activités anthropiques - que l’on nomme « terres excavées ». Ces terres issues des chantiers du Bâtiment et Travaux publics acquièrent un statut de déchets mais peuvent constituer une ressource en étant utilisées comme sols – surface plane remblayée mais aussi matière organique pouvant permettre un usage agricole -, comme aménagements ou encore matériaux de construction. Constat est fait qu’en dépit de réglementations appelant une plus grande valorisation à l’échelle nationale et européenne, les terres de chantier sont fréquemment mises en décharge ou utilisées sous forme de remblais. Au-delà des conditions techniques de mise en œuvre des matériaux, la gestion des terres est déterminée par les pratiques de chantier, l’espace disponible pour leur gestion, les besoins locaux en ressources minérales et organiques, la structuration de filières de nouveaux usages ou encore le cadre réglementaire qui lui-même se définit à différentes échelles. Le projet entend analyser ces différents aspects en considérant la filière des terres excavées depuis les chantiers jusqu’à leur nouvel usage, les pratiques assurant leurs transformations et circulations ainsi que les textes qui les gouvernent dans différents contextes spatiaux (Europe en Union Européenne et hors UE et Brésil). Mobilisant des méthodes de sciences sociales et croisant géographie, aménagement, droit de l’environnement et génie civil, la recherche déploiera la pratique photographique pour ensuite proposer une restitution du métabolisme des terres excavées sous forme de récits textuels et visuels et engager la création de nouveaux scénarios de valorisation. L’approche en termes de filière sera alors mobilisée et testée dans la formation des praticiens et d’étudiants enseignants.
2023
La mondialisation contemporaine accroît la distance entre le consommateur et le producteur et rend plus difficile la traçabilité des produits. Les préoccupations environnementales et sociales de la société civile poussent les entreprises à s'engager dans des actions responsables. La responsabilité sociale des entreprises (RSE) consiste à gérer la tension entre l'optimisation de la chaîne de valeur mondiale (CVM) et le respect des engagements de responsabilité. L'industrie de l'habillement est l'un des premiers secteurs à avoir déplacé sa production vers des pays à bas salaires dans les années 1990. C'est également la deuxième industrie la plus polluante au monde. Le développement des CVM a entraîné de l'opacité sur le respect des conditions de travail et l'impact environnemental des usines à l'étranger. La négligence des multinationales a été médiatisée et les a forcés à améliorer leurs pratiques. En outre, l'empreinte carbone "du berceau à la tombe" de la production de chaque vêtement peut désormais être calculée. Face aux chocs de réputation, les détaillants multinationaux rejoignent des initiatives internationales, multiplient les certifications éthiques, ou se désengagent des approvisionnements problématiques. Cependant, nous savons très peu de choses sur la réalité de ces ajustements. Notre projet quantifie un large ensemble d'ajustements effectués par les entreprises d’habillement en réponse à la tension entre la fragmentation de leurs chaînes de valeur mondiales et leurs nouvelles responsabilités. Nous construisons une nouvelle base de données pour aborder : i. les répercussions des chocs de réputation sur la demande des consommateurs et les contrats d'approvisionnement des entreprises, ii. les engagements et les certifications environnementales et sociales adoptées par les entreprises, et iii. les stratégies des entreprises pour s'adapter aux préférences potentiellement conflictuelles des consommateurs.
2023
Les études existantes des effets de la transition écologique sur l’emploi se concentrent sur la quantité d’emplois potentiellement créés (les emplois « verts ») ou détruits mais abordent rarement la question de la qualité de ces emplois et des caractéristiques des travailleurs les occupant. Si la transition écologique peut constituer une opportunité pour de nouveaux emplois et compétences, elle comporte également des risques d’accroissement des inégalités sur le marché du travail. Ce projet vise à analyser la manière dont la transition écologique peut avoir un impact sur l’emploi, la qualité des emplois et les inégalités, en prenant en compte la perspective des entreprises et celles des individus dans ce processus, ainsi que le rôle des politiques publiques. Notre projet adopte une approche pluridisciplinaire croisant économie et sociologie et combinant des approches quantitatives (mobilisation de grandes bases de données et microéconométrie) et qualitatives (entretiens semi-directifs). Notre projet aborde de manière transversale la question des inégalités de genre dans la mesure où les femmes sont pour l’instant fortement sous-représentées dans les emplois verts. En outre, une analyse spécifique est menée sur le secteur agricole, amené à jouer un rôle crucial dans la transition écologique. Un premier axe de recherche considérera la perspective des entreprises et analysera comment les innovations environnementales et les investissements verts peuvent avoir un impact sur l’emploi, la qualité des emplois et les inégalités sur le marché du travail. Un deuxième axe considérera la perspective des travailleurs et étudiera la définition, la dynamique et la qualité des "emplois verts" et plus généralement de tous les emplois impactés par la transition écologique. Un troisième axe s’appuiera sur les développements des deux premiers pour analyser comment les politiques publiques (liées au travail, à la formation et aux incitations envers les entreprises) peuvent influencer les effets de la transition écologique sur l’emploi et les inégalités sur le marché du travail.
2023
Où tracer la frontière d’un empire ? Dans le contexte de l’Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Chine du Nord-Ouest), qui mêle monde des steppes et monde des oasis, la cohésion territoriale des grands empires repose sur une politique d’expansion intense et multiscalaire, ainsi que sur l’émergence de larges réseaux d’échanges. Néanmoins, l’approche centre-périphérie ne rend que partiellement compte de la notion de frontière - compris ici comme un espace d'interactions avec ou sans délimitation précise -, à savoir sa manifestation, sa perception et sa perméabilité, aussi bien culturellement et matériellement que géographiquement. Ce projet se propose d’aborder cette problématique en se concentrant, non sur le centre, mais sur les limites des empires centrasiatiques entre le Ve siècle avant et le Ve siècle après J.-C. Cette période voit en Asie centrale l’émergence et l’implantation de vastes empires (achéménide, hellénistique, kouchan, Qin puis Han) se distinguant par l’intensité de leurs interactions matérielles et commerciales. L’attention des historiens et archéologues s’est tout particulièrement portée sur le cœur de ces empires, ainsi que sur les manifestations parmi les élites du multiculturalisme créé par ces échanges. Néanmoins, l’expansion des empires sous-entend un ancrage territorial à construire intellectuellement et matériellement, sous la forme de politique religieuse, d’évolution de l’idéologie royale, de réseaux diplomatiques, du contrôle des voies de commerce par la construction d’espaces de surveillance, mais également de pétroglyphes. Se fondant sur un corpus de plus de 300 sites archéologiques, d'environ 1 000 textes chinois et de près de 6 000 pétroglyphes, le projet FRONTIER associe données archéologiques, architecturales, épigraphiques, numismatiques et des pétroglyphes. L’objectif du projet sera ainsi, par l’étude des objets, des nouvelles données textuelles et des modèles de peuplement, de (re)définir un impérialisme aux frontières.
2023
Le projet DEFI, basé sur la collaboration entre des spécialistes français et italiens d'histoire du genre, d’histoire du travail, d’histoire urbaine et d'histoire du droit et de la famille, se propose une étude interdisciplinaire des rôles économiques et des activités de travail des femmes dans quatre grandes villes de l’Italie moderne: Venise, Florence, Naples, Palerme, qui représentent des réalités sociales économiques, politiques différentes. Le projet entend dialoguer avec la recherche sur l'Europe du Nord et questionner, du point de vue de l'histoire du genre, le modèle de la 'Petite divergence' proposé par les historiens de l'économie et récemment revisité par des recherches sur les activités économiques des femmes aux Pays-Bas à l'époque médiévale et moderne. Il se fonde sur un ensemble de sources comparables dans les quatre villes (archives des institutions d’assistance et sources notariales, complétées par des sources spécifiques à chacune des villes) étudiées pour trois périodes : 1- décennies centrales du XVIe siècle, (reconfiguration de l'économie italienne dans le contexte de la progressive ‘marginalisation’ de la Méditerranée, développement de l'industrie du luxe à Florence et Venise et réorganisation des ports de Naples et Palerme) ; 2- décennies centrales du XVIIe siècle (épidémies et crises économiques) ; 3- dernières décennies du XVIIIe siècle, (aboutissement d'un processus pluriséculaire de développement proto-industriel qui remet en cause la prépondérance urbaine). Les bases de données réalisées seront mises à la disposition de la communauté scientifique, dans une optique de recherche open access. Des séminaires de recherche, une semaine de formation doctorale, un colloque international en France et la participation à des colloques internationaux permettront de valoriser les résultats du projet, qui feront l’objet de publications en anglais et en français.
2023
Les atolls du Pacifique tiennent aujourd’hui une place importante dans les débats relatifs aux effets globaux du réchauffement climatique et de la montée des eaux. La mise en œuvre des capacités de résilience des populations des atolls y est souvent soulignée mais peu de cas est fait de la longue histoire de l’occupation et de l’adaptation humaine aux conditions environnementales hostiles et contraignantes de ces îles si particulières. Afin d’éclairer ces processus complexes, le projet PASTAtolls propose une approche pluridisciplinaire et multifocale de l’évolution des socio-écosystèmes d’atolls en Polynésie Centre-Orientale (actuelle Polynésie française) sur la longue durée. Si les atolls polynésiens sont bien documentés du point de vue écologique, il en va différemment dans le domaine des SHS avec des travaux éparpillés et disparates. Ainsi, ces sociétés insulaires ont longtemps été considérées comme incapables de complexité car soumises à des milieux perçus comme trop contraignants par les observateurs occidentaux. Ce déterminisme environnemental a plus récemment été remis en question par des travaux en archéologie et anthropologie menés en partie par des membres de notre équipe. Néanmoins, nos connaissances sur les relations Polynésiens-atolls restent encore parcellaires. C’est l’objet de ce projet que de combler cette lacune, en appréhendant les modes de vie originaux, passés et actuels, des habitants des atolls alors même qu’ils sont confrontés à de nouveaux défis, notamment liés au changement climatique. Le projet s’organise autour de quatre objectifs : 1. Affiner la chronologie de l’histoire géologique et de l’occupation humaine des atolls polynésiens, 2. Documenter les processus d’introductions de plantes et d’animaux et leurs impacts sur les écosystèmes, 3. Reconstituer les savoirs et savoir-faire techniques traditionnels menacés de disparition, et 4. Examiner les représentations symboliques entretenues par les populations avec leur environnement par la documentation des pratiques rituelles anciennes. PASTAtolls est un Projet de Recherche Collaboratif (PRC) d’une durée de quatre ans à huit partenaires, regroupant, pour la première fois, un ensemble d’experts en Sciences Humaines et Sociales et Sciences de l’Environnement (archéologues, anthropologues, linguistes, paléobotanistes, géomorphologues) engagés de longue date sur les atolls polynésiens. L’approche pluridisciplinaire, structuré en huit work-packages, sera appliquée à cinq atolls-cibles appartenant à trois archipels différents aux conditions environnementales et aux trajectoires culturelles variées (d’Ouest en Est : Teti’aroa, Niau, Anaa, Takume et Temoe). Plusieurs missions de terrain permettront la collecte de données au travers des fouilles archéologiques, d’études paléoenvironnementales et de recueils ethnographiques et linguistiques. Si les questions et les enjeux du projet concernent avant tout les SHS, ils contribuent également à restituer une dimension diachronique de la biodiversité, cruciale pour les biologistes. Il s’agit aussi d’une contribution à la connaissance des mécanismes de résilience des populations du Pacifique, qui résonnent particulièrement aujourd’hui à l’heure de grands défis globaux.
2023
La recherche sur le phénomène Kura-Araxe (KA) (Bronze Ancien, 3500-2500 av. n. è.) est depuis une vingtaine d’années extrêmement dynamique : la diffusion depuis le berceau Sud Caucasien (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) vers l’Anatolie, l’Iran et le Levant à partir de 3000 av. n. è. ainsi que les conditions d’émergence et d’effondrement de cette culture ont largement retenu l’attention. HOMELAND vise à éclairer une facette encore très mal connue des sociétés KA, à savoir la transition entre le KA I et II sur le territoire de l’Arménie, à la fois berceau et carrefour du phénomène KA. Les recherches récentes en Arménie ont démontré que la séquence KA était divisée en deux phases dites KA I et II avec une transition aux alentours de 2900 av. n. è. Cette période charnière expérimente le remplacement d'un complexe précoce marqué par une grande homogénéité (KA I) du matériel céramique par une phase de fragmentation (KA II) caractérisée par l’émergence de quatre faciès culturels régionaux, l’abandon quasi généralisé des établissements du KA I et l’implantation sur de nouveaux sites. L’originalité d’HOMELAND réside dans son approche comparative qui repose sur l’étude simultanée de quatre sites (Karnut, Ayrum, Voskeblur, Artanish) localisés dans chacune des sub-régions définies par la céramique. Pour chacun d’entre-eux il s’agira de retracer les aspects les plus importants de la vie quotidienne, parmi lesquels : les traditions architecturales, la culture matérielle (artefacts lithiques, macrolithiques et métalliques), les stratégies de subsistance et les stratégies d'approvisionnement en ressources naturelles. Les enjeux sont (1) de caractériser le mode de vie de ces communautés KA II dans chacun des quatre complexes culturels afin de préciser les spécificités et les similitudes de leurs trajectoires, (2) d’étudier les dynamiques des systèmes de peuplement à l’échelle de l’Arménie à la transition KA I-II, (3) d’établir les causes (environnementales, sociales, économiques) de cette transformation profonde entre le KA I et II ainsi que les raisons du morcellement culturel qui s’ensuit. Le projet adopte une méthodologie résolument interdisciplinaire qui combine archéologie, bio-archéologie (paléobotanique, archéozoologie, analyse isotopique), reconstitution paléoenvironnementales et climatiques, analyses spatiales, statistiques et bayésiennes. En outre, l’utilisation des méthodes analytiques de pointe (micromorphologie, tracéologie, analyse de résidus, pXRF, LA-ICP-MS, spectroscopie infrarouge, analyses isotopiques, GDGTs) encore peu utilisées en Arménie, permettront de réviser de manière critique les connaissances existantes. HOMELAND combine des données inédites provenant de missions de terrain en cours et des données anciennes issues soit de la bibliographie, soit de collections non publiées (musées, instituts). Notre recherche générera ainsi une très grande quantité de données dont la gestion reposera sur une géodatabase appelée "DataKA". Cette dernière permettra de stocker, harmoniser, manipuler, analyser et cartographier ces données. L’intérêt majeur sera de fournir une vue multiscalaire, diachronique et thématique des évolutions chrono-culturelles du phénomène KA sur le territoire de l'Arménie et au-delà. Le Projet HOMELAND regroupe des partenaires impliqués depuis de nombreuses années dans l’archéologie, la biorchéologie et le paléoenvironnement du Sud Caucase, et repose sur un solide réseau de collaborations locales.