2015
Les premières générations du baby-boom ont atteint la soixantaine au début du siècle. Les départs à la retraite sont chaque année plus importants et demeureront soutenus jusqu’en 2035. Ces nouveaux retraités sont plus nombreux mais aussi différents des générations précédentes. Les couples sont moins souvent mariés. L’augmentation du divorce et des séparations conjugales fait qu’ils ont plus souvent connu une rupture d’union, plusieurs histoires conjugales ou des recompositions familiales. Les trajectoires professionnelles diffèrent aussi avec l’arrivée de générations de femmes nettement plus actives et des générations plus touchées par le chômage. Si les recherches sur l’impact des trajectoires professionnelles sur les différentes dimensions de la vieillesse foisonnent, l’impact de l’évolution des comportements conjugaux est nettement moins documenté. Les couples âgés ont été un peu étudiés en sociologie (Caradec 1996) et en démographie (Murphy et al 2007, Tomassini et al 2004, Delbès Gaymu, 2004) mais ont fait l’objet de moins d’attention jusqu’ici dans la littérature économique malgré ces transformations. Aux âges proches de la retraite, la vie en couple est largement majoritaire et concerne 75% des femmes de 55 à 65 ans et 85 % des hommes (Toulemon 2007). Les inégalités entre partenaires en termes de revenus ou de partage des tâches domestiques, déjà observées pendant la vie active peuvent s’accentuer ou s’atténuer à ces âges. Les risques de veuvage et de dépendance (Bonnet et al 2011) peuvent devenir suffisamment forts pour que les conjoints souhaitent s’en prémunir en changeant de logement, le réaménageant, ou en réduisant leur consommation. Ces couples de seniors doivent donc faire des choix dont les déterminants peuvent différer de ceux dictant ceux des couples plus jeunes. Ce projet se propose donc de s'intéresser aux couples à partir de 50 ans, en passe d’être ou étant déjà à la retraite dans différentes dimensions. Le passage à la retraite est un moment clef du cycle de vie et pas forcément simultané pour les conjoints. Un premier axe décrit l’évolution des comportements matrimoniaux autour de la retraite et aux âges avancés : nouvelles formes d’union, ruptures et recompositions après 50 ans. Cette description du paysage matrimonial est essentielle pour effectuer des projections démographiques et estimer les besoins futurs en termes de dépendance. En effet, la vie en couple peut retarder le recours à des aides publiques, le conjoint s’avérant souvent un premier aidant précieux. Le passage à la retraite est aussi un moment où les rôles traditionnels en termes de division du travail domestique peuvent se renégocier quand l'un est retraité avant l’autre. C’est aussi le cas quand l’un des conjoints devient dépendant. Un deuxième axe porte sur cette allocation du temps des couples de seniors. La fin de la vie active a aussi des conséquences financières en termes de revenu et patrimoine auxquelles s’intéressele troisième axe. Enfin, nous traitons des conséquences économiques qu’entraîne la désunion aux âges élevés suite à la séparation ou le décès d’un conjoint. Les conséquences du vieillissement sont multiples et ne peuvent être traitées par une seule discipline ou domaine d’expertise. Si l’approche de ce projet est principalement économique, elle bénéficie aussi des apports et de regards de la sociologie et de la démographie. L’équipe est constitué de 14 chercheurs dans six institutions (EHESS, CES, CRESPPA, CREST, Université de Cergy-Pontoise et l’INED). En fédérant ces chercheurs, ce projet propose de développer une compétence particulière sur ce thème des couples âgés, de publier des travaux de recherche dans des revues internationales, d’éclairer le débat public sur cette population dont l'importance est amenée à croître dans l’avenir. Cela pourra guider les politiques publiques de lutte contre la pauvreté des personnes âgées ou de droit à l’information sur les droits et conséquences des statuts maritaux.
2015
Le projet VIORAMIL répond à la thématique de « la radicalisation violente des individus ou groupes d’individus », qui constitue un élément de l’axe 1 « Sécurité des citoyens, lutte contre le crime et le terrorisme » du Défi 9 « Liberté et sécurité de l’Europe, de ses citoyens et de ses résidents ». Il entend explorer les violences et radicalisations militantes en France des années 1980 à nos jours, grâce à une analyse pluridisciplinaire innovante combinant les regards d’historiens, de politistes, de sociologues, de juristes et de spécialistes de l’information et de la communication. Cette étude porte aussi sur les représentations de ces violences dans l’opinion et les médias. Elle s’intéresse enfin à l’évolution de leur gestion, en amont comme en aval (campagnes de prévention, traitement policier, suivi judiciaire), par des pouvoirs publics qui doivent associer recherche d’efficacité et respect du cadre légal. En cela, le dossier fait aussi écho à l’axe 6 « Sécurité, liberté, respect de la vie privé et des droits individuels » du même Défi mais nous avons privilégié l’axe 1 en raison de sa thématique de la radicalisation au cœur du projet. L’étude des radicalités se prête aux approches croisées. Le Défi 9 insiste d’ailleurs sur la nécessaire pluridisciplinarité de toute réflexion portant sur la sécurité globale et appelle à « une participation accrue de la part des acteurs de la recherche en SHS ». Le projet VIORAMIL répond à cet appel. Le projet s’inscrit dans l’axe « sécurité des citoyens et lutte contre le terrorisme » en « identifiant et en prévenant les risques et menaces » que fait peser « la radicalisation violente des individus et groupes d’individus » (axe 1 du défi 9 de l’appel à projet générique de l’ANR). Il s’attache aux manifestations diverses de la violence militante (idéologique, indépendantiste, religieuse, etc…) sous plusieurs formes et à différents niveaux (des débordements lors de manifestations à la planification d’attaques terroristes) et mobilise des universitaires en sciences sociales (spécialistes des violences politiques) en liaison avec les pouvoirs publics. La production consiste en un corpus inédit des violences militantes sous forme de tableaux statistiques/graphiques/cartes, en une analyse des organisations concernées et des déterminants de la radicalisation, en une étude de l’évolution du contrôle policier et du cadre juridique ainsi que des modèles pratiques de déradicalisation. L’ensemble améliorera les techniques de détection/gestion des radicalisations violentes. Elle définira des modèles de sortie de la violence pouvant inspirer les acteurs sociaux et décideurs politiques. Conformément au Défi 9, le projet associe « des partenaires académiques et des utilisateurs finaux » ici publics. Nous avons en effet obtenu le partenariat de l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ), établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du Premier ministre, qui intervient dans la formation, les études et l’analyse stratégique en matière de sécurité intérieure et de justice. L’INHESJ intégrera les activités du projet dans son programme de formation.
2014
Au cours des dernières décennies, sous l’égide de l’OMS des interventions à grandes échelles de type vaccination ou utilisation massive d’insecticides ont permis d’obtenir des résultats spectaculaires comme l’éradication de la variole ou l’élimination de la malaria dans les pays occidentaux. Cependant malgré ces succès spectaculaires, les différents programmes de contrôle ou d’éradication donnent des résultats largement insuffisants dans les pays tropicaux où les conditions socio-économiques ne permettent pas leur mise en œuvre dans des conditions optimales. Les exemples emblématiques qui illustrent ces difficultés de maitrise des maladies transmissibles dans ces pays, incluent le paludisme, la dengue, la fièvre jaune, la rougeole ou le VIH. Il est donc crucial et même urgent de développer des stratégies de contrôle adaptées et économiquement durables qui s’attaquent à un ensemble de maladies infectieuses dans des pays tropicaux où ils sont fortement endémiques. Deux constatations : (i) La plus part des pathogènes sont résistants à de nombreux traitements ; (ii) les activités humaines sont les principales causes des taux élevés d’extinction du simple fait d’une forte modification de leur environnement, de « leur niche ». Ces dernières années, de très nombreuses études écologiques et évolutionnaires se sont focalisées sur les maladies transmissibles montrant que la « niche » d’un pathogène pouvait avoir un rôle souvent plus important que le système immunitaire pris en compte par les traitements classiques et la vaccination en ce qui concerne leur contrôle. L’objectif de notre projet est finalement un changement de paradigme, d’un contrôle classique des maladies transmissibles vers une « biologie de la conservation inverse » des pathogènes débouchant sur de nouvelles approches en santé publique. Ainsi notre objectif est une compréhension quantitative de la « niche » de deux pathogènes à une échelle spatiale relativement fine, Plasmodium falciparum à Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso) et les virus de la dengue à Kâmpóng Cham (Cambodge), grâce à des approches transdisciplinaires mélangeant écologie des maladies infectieuses, approches économiques et de santé publique afin de construire des modèles mathématiques adaptés qui seront utilisés pour optimiser différentes stratégies de contrôle avec pour objectif une éradication (au moins locale) de ces pathogènes. Par la suite de tels approches et outils pourraient être utilisés dans le cas d’autres maladies transmissibles.
2014
La promotion de la nature fait partie des outils retenus pour améliorer le cadre de vie urbain, limiter les pollutions, atténuer les effets du réchauffement climatique et participer au maintien d’une biodiversité. Mais les travaux en écologie urbaine ont ciblé avant tout les espaces verts et les toitures végétalisées. Très peu de recherche concerne la végétalisation des murs, des cours et des rues qui pourraient jouer un rôle social, écologique et physique fondamental sur la durabilité urbaine. Cette recherche est indispensable à une réflexion globale d’urbanisme et aux mises en place des trames vertes en ville dense. Nous proposons un consortium de laboratoires de recherche, de PME et d’associations impliquées dans la démarche urbaine, capable de faire un premier bilan des services écologiques fournis par ces végétalisations, d’étudier leurs fonctionnements écologiques et biochimiques, les techniques de mise en œuvre et les appréciations citadines mais aussi d’expérimenter des prototypes innovants. Notre programme se décline en deux grands axes : - Qu’est ce qui existe et comment cela fonctionne-t-il aujourd’hui ? Ce travail impliquera une étude bibliographique nationale et internationale (Phase A sur l’état de l’art et synthèse des connaissances sur la végétalisation écologique des murs, cours et rue en ville : services attendus, techniques mises en œuvre, implication sociale observée…) mais aussi des recherches actives sur les fonctionnements écologiques (Phase B sur l’évaluation des fonctionnements biotiques et abiotiques des techniques actuelles de végétalisation : quelle biodiversité, quelle relation aux substrats, aux conditions et contraintes physicochimiques…) et sociétaux (Phase C sur l’évaluation du fonctionnement sociétal de la végétalisation : quelle économie, quelle gouvernance, quelle réglementation, quelle perception…) - Quelles propositions innovantes peuvent-elles être apportées ? Cela implique des travaux expérimentaux à l’échelle du bâti (Phase D sur l’expérimentation de propositions innovantes de végétalisation : réflexion sur la mise au point de prototypes, expérimentations architecturales sur les enduits, substrats, modes d’irrigation…), mais aussi des études sur les potentialités et les fonctionnements à l’échelle globale (Phase E sur l’évaluation des potentialités urbaines et fonctionnement attendu dans un projet de rénovation urbaine, dans un éco-quartier ou à la parcelle : superficie disponible, typologie des supports et des propriétaires, relation avec les trames vertes, évolution souhaitable des réglementations…). Le travail est programmé sur 3 années et les analyses seront menées aux différentes échelles bâtiment/îlot/quartier/ville à Nantes et sur le territoire du Grand Paris.
2014
POLIMA est un projet interdisciplinaire (Lettres, Histoire, Linguistique, Anthropologie et Sciences Cognitives) consacré à l’étude et la caractérisation du pouvoir des listes au Moyen Âge. À partir d’une analyse de la production, des usages et de la transmission des listes au Moyen Âge, il a pour objectif, d’une part, de contribuer à l’étude de la culture médiévale de l’écrit et, d’autre part, d’aborder de manière comparative, le rapport qui s’établit dans la liste entre des énoncés linguistiques, des procédés écrits de balisage textuel et des systèmes de connaissance du monde et de contrôle des biens et des hommes. La liste est une forme d’écriture commune à de très nombreuses productions textuelles du Moyen Âge dont la présence dans les textes s’accroît très fortement avec le pragmatic turn que connaissent les sociétés occidentales au XIIIe siècle. Fréquemment utilisée par les scripteurs, elle constitue dans certains cas un type textuel en soi, employé dans des contextes très variés, qui vont de l’agencement d’informations à propos d’une action, d’un sujet ou d’un domaine du savoir (concordances, listes d’auteurs, souscriptions, index, florilèges ...), à l’énumération des propriétés et des parties d’objets dotés d’une consistance matérielle (inventaires, catalogues, éloges urbains…), à la production de taxinomies territoriales, fiscales ... Prenant acte des importantes variations affectant pour un même texte la forme de connexion des éléments rassemblés, nous avons retenu, comme cadre de travail, une définition de la liste de nature syntaxique. Tout texte construit selon une forme parataxique peut entrer dans le corpus, ce qui conduit à englober ce que le vocabulaire courant désigne comme des énumérations, listes, catalogues, inventaires, dénombrements... Le projet scientifique POLIMA est constitué de plusieurs volets scientifiques complémentaires. Le rassemblement et la mise en ligne d’une bibliographie et d’un corpus de « textes à listes » constituera la base analytique du travail collectif. Ces textes seront étudiés dans sept workshops successifs. Partant d’une approche topique de la liste, afin de favoriser le travail interdisciplinaire et d’éprouver en particulier les frontières du poétique, du didactique et du pragmatique, la réflexion se portera ensuite sur les combinatoires, taxinomies et agrégats produits par la mise en liste. À partir des résultats obtenus, une synthèse sur les « Pouvoirs de la liste au Moyen Âge » sera rédigée de manière collaborative. Elle s’attachera en particulier a` préciser le lien qui unit au Moyen Âge, dans un moment de mutation essentiel de la culture de l’écrit en Occident, les formes de la pensée aux pratiques écrites permises par un nouvel état historique du système de communication. En décrivant les formes concrètes d’organisation de l’information et de production du savoir offertes par la déline´arisation du texte et leurs implications sur l’évolution des modes de connaissance et de contrôle des biens et des hommes, le projet permettra d’initier un comparatisme entre deux moments historiques de rupture dans le système de communication, le Moyen Âge central et le XXIe siècle. Dans cette perspective, trois axes seront privilégiés : 1) étudier sur le temps long les formes de classement et d’indexation du savoir et du patrimoine (tables, concordances, index, inventaires...) dont la société´ contemporaine est héritière et qui ont connu, a` partir des XIIe-XIIIe siècles, un développement et un niveau de sophistication inédits 2) évaluer l’implication de leur mise au point et de leur diffusion sur les processus de formalisation et de transmission matérielle des textes, des objets, des savoirs et des savoir-faire 3) réévaluer dans l’histoire de l’Occident, la place de la pensée algorithmique dans l’émergence des formes de rationalité.
2014
Le but de ce programme transdisciplinaire est à la fois d’identifier les aspects les plus caractéristiques de la transformation des disciplines convoquées (astrophysique, histoire) dans leurs rapports à leurs objets sous l’effet de la formalisation numérique, et de concevoir des instruments pour les communautés scientifiques de pairs, au delà des deux disciplines de départ, qui permettent une catégorisation contributive supportant les débats et controverses, fondée sur le concept de transindividuation, et articulant des processus bottom up (issus des activités individuelles de recherche) et top down (c’est-à-dire produisant à partir des débats au sein des communautés de pairs des processus de certification plus ou moins locaux, propres à un laboratoire, à une école ou à l’ensemble d’une discipline. Ces travaux seront conduit en vue d’articuler fonctionnellement les instruments scientifiques numériques et les instruments de publication en direction de publics divers (en premier lieu pour les jeunes chercheurs), et mis en situation sur des terrains d’expérimentation à forte exposition (sites France Télévisions et Médiapart, outils d’enseignement et lieux d’exposition scientifique à Saclay et Nantes). Il s’agit de relier la conception des instruments scientifiques et les questions qu’ils posent en avance sur leur propre savoir aux instruments didactiques et pédagogiques. Une première tâche est dédiée à l’analyse épistémologique et à la modélisation des traces numériques. Sur cette base conceptuelle, il s’agit tout d’abord de concevoir une nouvelle chaine de catégorisation contributive construite sur un backoffice en amont des différents outils de travail du chercheur, articulé avec les formats sémantiques et sociaux mais proposant de bâtir un nouveau format d’interprétation (format Web herméneutique). Ensuite ce backoffice et ce nouveau format de données doivent être intégrés à des outils de travail particulièrement stratégiques pour renouveler l’approche épistémologique de l’ensemble des disciplines même s’ils ne sont prototypés que dans deux disciplines spécifiques : 1) des technologies réflexives et contributives pour les chercheurs : - un outil de prise de prise de note, d’annotation individuelle de texte, image et vidéo et enfin d’indexation assistée par technologies sémantiques, - un outil de gestion de débats et de communautés construit sur un autre modèle que celui des réseaux sociaux actuels et destiné à la constitution de regroupements de points de vue, et à la mise en place de processus de délibération et de certification, 2) des technologies éditoriales à destination des communautés de chercheurs et posant les bases d’une nouvelle industrie éditoriale numérique et largement audiovisuelle pour trois type de chaines éditoriales : fabrication de cours en ligne contributifs, sites web contributifs et dispositifs critiques d’exposition au public. Le projet, qui sera conduit par de jeunes chercheurs, encadrés par des chercheurs confirmés, et qui entend avoir un impact direct sur la diffusion et l’évaluation des savoirs en ligne sous forme audiovisuelle, s’attachera à concevoir de nouvelles chaines éditoriales permettant de tracer les échanges du scientifique jusqu’au public en partenariat avec France Télévisions et Médiapart.
2014
Enjeux Comprendre les comportements de demande d'aide à domicile des personnes âgées dépendantes, dans leur dimension économique, est aujourd'hui un enjeu majeur, en France comme dans la plupart des pays développés. La dépendance et le financement de sa prise en charge touchent en effet, directement et indirectement, une large part de la population (les personnes dépendantes elles-mêmes, leur entourage, les salariés du secteur de l'aide…). Qui plus est, à partir de 2025, et à dispositifs de politiques publiques inchangés, les évolutions démographiques devraient conduire à un accroissement sensible du poids de la solidarité collective en direction des personnes dépendantes dans les budgets publics (de l'ordre de 0,30 points de PIB en 15 ans). Objectif L'objectif de ce projet est donc d'estimer la sensibilité de la demande d'aide professionnelle au reste à charge et son effet sur les volumes d'aide informelle, afin d'être en mesure de simuler l'impact de réformes des politiques publiques (tarification des services d'aide et solvabilisation de la demande) sur les modalités de prise en charge des personnes âgées dépendantes à domicile (volume et nature des aides) et sur la répartition de la solidarité collective dans la population âgée. Méthodes Les difficultés rencontrées, dans un contexte de politiques publiques décentralisées, pour recueillir les données nécessaires à l'analyse de ces comportements de demande - en particulier les restes à charges supportés par les personnes dépendantes - expliquent en grande partie le peu de travaux économétriques qui y sont consacrés. Pour remédier à ces lacunes, nous proposons tout d'abord d'exploiter l'enquête CARE, qui permettra, pour l'année 2015, de disposer de l'ensemble des informations nécessaires (volumes d'aide et restes à charge). Cette enquête n'ayant pas vocation à être reconduite, nous proposons de développer plusieurs stratégies d'estimation alternatives originales moins gourmandes en recueil de données spécifiques et de les évaluer, à l'aune des résultats obtenus par des stratégies classiques sur l'enquête CARE. Le principe est d'exploiter le caractère décentralisé de la régulation publique de manière adéquat et de mobiliser des techniques d'estimation par identification partielle. La mise en œuvre reposera sur l'utilisation de fichiers de suivi administratif produits en routine, d'une enquête décennale (Handicap-Santé) et d'une enquête spécifique légère portant sur les pratiques départementales de tarification et de solvabilisation (enquête "Territoires"), réalisée par l'équipe en 2012 auprès de l'ensemble des conseils généraux métropolitains. Programme Trois stratégies alternatives seront utilisées. 1/ Estimation de l'impact du reste à charge sur le volume d'aide professionnelle, à partir des fichiers administratifs d'un conseil général donné : l'enquête "Territoires" suffit dans ce cas à reconstituer le reste à charge exact pour les bénéficiaires s'adressant à un prestataire d'aide identifié et tarifé par le conseil général. Cette stratégie a déjà été mise en œuvre pour un département français ; elle sera répliquée sur un autre département pour tester la robustesse des résultats. 2/ Estimation de l'impact du reste à charge sur le volume d'aide professionnelle, à partir de l'échantillon "bénéficiaires APA" du ministère des affaires sociales qui couvre 66 départements : dans ce cas, l'enquête "Territoires" permet de reconstituer des fourchettes départementales de reste à charge pour les bénéficiaires recourant à un prestataire d'aide. 3/ Estimation de l'impact du volume d'aide professionnelle sur le volume d'aide informelle à partir de l'enquête Handicap-Santé, complétée par les indicateurs sur les règles de solvabilisation propres à chaque département pour instrumenter le volume d'aide professionnelle. Les résultats d'estimation seront ensuite insérés dans un modèle de simulation pour étudier l'impact attendu de réformes de la tarification et de la solvabilisation.
2014
Porté par l’USR 3336, GLOBAFRICA est un programme d’histoire ambitieux qui entend repenser l’intégration de l’Afrique avec le reste du Monde sur la longue durée. Ce projet multidisciplinaire propose ainsi de fonder de nouveaux outils pour donner une vision équilibrée des connexions qui reliaient l’Afrique aux autres continents avant la traite du XVIIIe et le colonialisme du XIXe siècle – une vision aussi éloignée du postulat simpliste d’une Afrique isolée que de la réification à outrance de connexions encore largement méconnues. Des phénomènes tels que les dynamiques de peuplement, les crises démographiques et épidémiologiques mais aussi la complexification sociale et les formations étatiques ou culturelles sont donc abordés sous l’angle des échanges intercontinentaux. Pour ce faire, l’attention portera tout particulièrement sur les relations entre d’une part, les interfaces océaniques et saharienne, et, d’autre part, les configurations politiques et sociales de l’intérieur du continent. Jusqu’où, jusqu’à quel point et à partir de quand faut-il considérer le continent africain comme intégré au reste du Monde ? Cette interrogation sur l’intensité des échanges, mais aussi sur leur forme même, sera menée à partir de trois études de cas. 1. L’analyse des relations – économiques, politiques et culturelles – entre la côte swahili et les formations politiques de l’Afrique orientale et australe du XIe au XVIIe siècle. Si l’on sait que cette région vit l’émergence, à l’interface entre les réseaux de l’océan Indien et le continent africain, puis la diffusion, de la culture swahili, on connait bien moins les liens qui l’unissaient à des ensembles politiques et culturels aussi importants que les monarchies des Grands Lacs à l’Est ou le Great Zimbabwe au Sud. Il s’agit donc de rééquilibrer l’étude de la société littorale en renversant la perspective et en l’observant depuis l’intérieur. 2. L’étude de la diffusion et des effets de l’épidémie de peste bubonique en Afrique subsaharienne est ici prise comme évidence de l’intégration du continent dans les échanges mondiaux avant le XVe siècle. Car si l’Afrique a connu une crise démographique et des transformations profondes de son organisation sociopolitique au XIVe siècle en lien avec la peste noire, nos connaissances actuelles sur les modalités de sa participation dans un système Monde en pleine restructuration à partir du XVe siècle devront être radicalement revues. 3. Enfin, le troisième cas devra préciser le rôle des plantes exogènes dans l’apparition de nouveaux peuplements humains dans la région des Grands Lacs, avec de nouvelles organisations économiques, sociales et culturelles, en suivant la diversité culturale et en confrontant cette géochronologie aux connaissances des historiens et des archéologues. D’un point de vue théorique, GLOBAFRICA ambitionne donc de compléter le seul modèle commercial des échanges et de complexifier, par une démarche pluridisciplinaire inédite – mêlant lecture ou relecture de sources écrites anciennes, travail sur des collections archéologiques existantes ou en cours d’élaboration, et apports des sciences dures (paléo-botanique, génétique ou chimie) – nos outils pour appréhender des « connexions » : que ce soit de nouveaux éléments, tels que la culture matérielle, les textes ou les éléments environnementaux, ou de nouvelles évidences, telles que les épidémies, qui battent en brèche l’idée d’isolement. En déportant l’attention sur les sociétés intérieures et leurs interactions avec les interfaces du continent, GLOBAFRICA permettra ainsi de dépasser les grands récits euro- mais aussi indo- ou islamo-centrés de stimuli extérieurs, qui restent trop souvent les éléments explicatifs des dynamiques historiques africaines, et de leur substituer une vision équilibrée et une périodisation propre à la « mondialisation africaine ».
2014
Depuis une trentaine d’années, un groupe de chercheurs français d’ArchAm s’intéresse, en lien avec des équipes mexicaines et nord-américaines, à une région clé pour comprendre les mutations sociales et politiques de la Mésoamérique ancienne : ses marges septentrionales et, plus précisément le Centre-Ouest. Cette région se trouve, dès le 1er millénaire av. J.-C., au cœur d’un vaste réseau d’interactions régionales et interrégionales, au sein duquel l’axe fluvial du Lerma a joué un rôle déterminant. Cette position a aussi favorisé des processus migratoires d’ampleur variable qui prennent, sur le long terme, la forme d’une succession de phases d’expansion et de contraction démographique. Ceux-ci sont observés, d’un point de vue archéologique, par les indicateurs suivants : 1) des changements perçus comme rapides dans les organisations territoriales, qui se matérialisent par des réductions ou augmentations du nombre d’établissements ; ces reconfigurations spatiales sont souvent mises en relation avec des fluctuations d’ordre démographique; 2) des changements significatifs dans la culture matérielle, notamment dans l’architecture, les pratiques funéraires, les systèmes techniques, et l’accès aux ressources. Loin d’être marginaux, ces phénomènes prennent tout leur sens une fois replacés dans le contexte des dynamiques pan-mésoaméricaines : ils auraient joué un rôle dans l’évolution de plusieurs entités culturelles de Mésoamérique (Proto-toltèques et Toltèques à l’Epiclassique et Postclassique ancien, et Tarasques et Aztèques au Postclassique récent). L’archéologie tend à démontrer que la mobilité migratoire constitue un trait récurrent de l’histoire du Centre-Ouest mésoaméricain, et, par là-même, à corroborer les sources écrites indigènes ou espagnoles du XVIe siècle qui octroient aux Toltèques, Aztèques et Tarasques une origine étrangère, issue des régions semi-arides des marges septentrionales de la Mésoamérique. Mais, si les grandes lignes de ces phénomènes commencent à être mieux documentées par l’archéologie, la nature des processus en jeu demeure mal connue. C’est pourquoi ce projet cherche à en comprendre les mécanismes sur le temps long et dans une région stratégique du nord du Michoacan formant un transect N/S depuis la plaine alluviale du Lerma jusqu’au bassin lacustre de Zacapu. Cette région, d’environ 1000 km2, constitue une unité spatiale qui bénéficie de 30 ans d’acquis scientifiques. Si l’étude sur le temps long est indispensable pour capter les périodes de stabilité comme l’Epiclassique (650 – 900 apr.J.-C.), le projet mettra aussi l’accent sur des périodes de transition perçues par l’archéologie comme des phases de mutation rapide marquées par des mouvements démographiques significatifs : la fin du Préclassique (100 av. J.-C.- 300 apr.J.-C.), le début du Postclassique ancien 800/900 apr.J.-C.), et sa transition au Postclassique récent (à partir de 1200 apr.J.-C.). Le projet propose de: 1) caractériser le changement rapide, 2) comprendre les mécanismes du changement social et politique en lien avec les phénomènes migratoires, 3) montrer les capacités d’adaptation et d’innovation des sociétés concernées dans l’organisation de leurs habitats et de leurs activités économiques. Il croise pour cela 4 indicateurs (fluctuations diachroniques des réseaux d’habitats, marqueurs bio-anthropologiques, systèmes techniques, réseaux de circulation) dont la compréhension impose un contrôle chronologique fin. Son caractère innovant tient à son aspect interdisciplinaire et au recours conjugué à des technologies de pointe, destinées à préciser la résolution chronologique et spatiale des phénomènes de mobilité ancienne. L’approche systémique, au cœur de laquelle se trouvent les questions des territoires et des processus de leur structuration, constitue un aspect novateur pour l’archéologie mésoaméricaine. Dans ce sens, le projet a pour ambition de fournir un modèle d’approche «exportable» à d’autres contextes mésoaméricains, et ailleurs.
2014
Durant les projets précédents, nous avons étudié le raisonnement hypothétique d’un point de vue logique. Ce nouveau projet vise le raisonnement hypothétique dans des domaines extérieurs à la logique. Notre point de vue principal est que les recherches logiques doivent faire leurs preuves en dehors de la logique et, conversement, qu’elles doivent prendre en compte la façon dont la logique est appliquée dans le « monde réel ». Ainsi nous passons d’une perspective interne à une perspective externe en prenant en compte ce sur quoi porte le raisonnement hypothétique lorsque nous allons au-delà de la logique. Les domaines extérieurs à la logique que nous avons choisis sont ceux de la philosophie des sciences (en tant qu’application dans la philosophie), de l’informatique (en tant qu’application dans les sciences formelles) et du Droit (en tant qu’application au champ des interactions sociales). Dans chacun de ces domaines, la notion de raisonnement hypothétique joue un rôle de premier plan qui peut nous permettre de tester nos théories logiques. Il nous intéresse en particulier de mesurer jusqu’où la perspective proof-theoretic (propre à la théorie de la démonstration), que nous avons préconisée et employée dans nos recherches logiques, se rapporte à ces sujets. C'est énoncer une platitude que de dire que la notion d'hypothèse joue un rôle important en philosophie des sciences, dans la mesure où les théories scientifiques sont des hypothèses soumises à des tests empiriques et qui servent à fournir des explications empiriques. Nous soutenons que l'adoption d'un point de vue proof-theoretic peut permettre de répondre à, ou du moins d'analyser de façon plus appropriée, quelques questions qui se posent en philosophie des sciences ; par exemple en employant des notions constructives d'implication ou des logiques sous-structurelles. De même en Droit les raisonnements hypothétiques sont fréquents dans la mesure où les lois sont appliquées en en tirant des conséquences ; les lois étant alors tenues pour des hypothèses. Là encore, nous soutenons que l'adoption d'une perspective proof-theoretic se révèlera utile dans la mesure où elle fournit des méthodes nouvelles permettant d'extraire un contenu de corps structurés d'énoncés. En informatique la logique, et en particulier la théorie de la démonstration, a des applications variées, comme la vérification de logiciels ou de matériels. Ici nous nous intéressons surtout à la direction inverse, c'est-à-dire à la façon dont ces applications de la logique façonnent, ou pourraient façonner, la forme de la logique elle-même. Nous soutenons que c'est bien ce qui a lieu et que cela mène à un « changement de paradigme » dans lequel la théorie de la démonstration va jouer un rôle plus important que celui qu'elle a actuellement. Dans le Projet Principal nous donnerons les outils logiques employés pour analyser le raisonnement dans les trois domaines d'application choisis et étudierons comment ces applications viennent en retour enrichir le concept de logique lui-même. Dans les trois projets individuels, qui correspondent à la Philosophie des sciences, l'Informatique et le Droit, nous étudierons les formes spécifiques qu'y prend le raisonnement hypothétique.
2014
L’objectif du projet est de mener des recherches sur le caractère réalisable et efficace de la coopération bilatérale en tant qu’instrument de l’harmonisation du droit de l’imposition directe des entreprises au sein de l’Union européenne. Du point de vue de la Commission européenne et des gouvernements allemands et français, il y a toujours un besoin urgent d’harmonisation dans le domaine de l’imposition directe des entreprises, mais les instruments dernièrement employés se sont pourtant avérés de plus en plus inefficaces pour réaliser cette harmonisation. Pour surmonter la stagnation qui en résulte, l’Allemagne et la France ont, ces deux dernières années, évalué et réalisé d’une façon rudimentaire les possibilités d’une harmonisation bilatérale. La propension de l’Allemagne et de la France à ouvrir de nouvelles voies dans l’harmonisation des systèmes fiscaux nous incite à examiner le caractère réalisable et efficace des coopérations bilatérales en tant qu’instrument novateur d’harmonisation. L’approche bilatérale se distingue des instruments d’harmonisation traditionnels par le fait qu’elle se trouve en dehors du cadre institutionnalisé de l’UE, ainsi que par le fait qu’une telle méthode d’harmonisationéchappe à la priorité d’application du droit dérivé de l’Union. Nous sommes convaincus que le caractère réalisable des coopérations bilatérales en tant qu’instrument d’une harmonisation permanente dépend surtout de la question de savoir dans quelle mesure l’harmonisation s’intègre dans le cadre juridique et extra-juridique de chaque ordre juridique national. Etant donné que les systèmes nationaux existants en matière d’imposition des entreprises peuvent être classés en toute une série de domaines hétérogènes (sous-systèmes), il est donc nécessaire de réfléchir domaine par domaine. Une fois que les contraintes de l’harmonisation ont été identifiées pour chaque sous-système, leur importance pour la réussite de l’harmonisation est à évaluer. Les connaissances ainsi accumulées doivent être classées, dans l‘étape suivante, à un niveau plus transversal. L’objectif est de parvenir à évaluer si la coopération bilatérale peut constituer un instrument d’harmonisation indépendamment des sous-systèmes du droit fiscal. Les résultats doivent montrer la performance et les limites de capacité de l’approche bilatérale des institutions qui participent à la création des normes nationales et supranationales. Si l’approche bilatérale s’avère appropriée, l’enquête constituera la base de futurs projets de recherche en tenant compte d’autres ordres juridiques.
2014
WP1 A partir du recensement, la localisation des personnes âgées (par tranche d’âge) sera étudiée et cartographiée à plusieurs échelles: territoire national, départements (pour les territoires ruraux), aires urbaines (pour les espaces urbains), et communes composant les aires urbaines. Une analyse statistique mesurera aux différentes échelles le degré de concentration et de dispersion des personnes âgées. Ces mesures seront comparées avec les données ELSA (UK) et CHARLS (Chine). Cette approche des territoires du vieillissement, de la proximité et de l’accès des personnes âgée à la centralité, aux équipements publics et commerciaux, aux transports, etc., sera complétée par une analyse qualitative qui prendra en compte le degré de proximité de l’offre et les usages effectifs des personnes âgées et leurs mobilités quotidiennes pour accéder à cette offre. L’approche par la localisation sera complétée par une analyse des mobilités résidentielles pour rendre compte des dynamiques territoriales liées au vieillissement et expliquer l’origine des mobilités (base Migcom de l’Insee) en lien étroit avec le WP2. L’analyse des facteurs de mobilité ou d’immobilité donnera lieu à une étude des liens familiaux, et des formes de sociabilité et d’entraide, qui influent sur les choix résidentiels et la vie quotidienne des personnes âgées. L’analyse des conditions de vie et de logement des personnes âgées sera approfondie à partir d’une enquête qualitative dans les trois pays. Cette enquête reposera sur des entretiens avec des acteurs publics et privés intervenant auprès de ce public et des personnes âgées situées dans des territoires, des contextes familiaux et des situations personnelles différenciées. Cette analyse sera développée en lien avec WP3. WP2 Les études quantitatives réalisées seront basées sur les données de SHARE, ELSA et CHARLS. Les choix des personnes âgées seront étudiés à partir de leurs comportements de mobilité résidentielle qui expriment clairement leurs choix, libres ou contraints. En matière de logement, un choix de mobilité est un choix de consommation (on choisit un nombre de pièces, une localisation, …) mais il peut être aussi un choix patrimonial (en cas de vente ou d’achat), ce qui rend le logement particulièrement central dans l’étude du vieillissement. A partir des déterminants de la mobilité résidentielle, on analysera les raisons qui poussent les personnes à changer de domicile ou à rester, les facteurs qui facilitent cette mobilité, ou empêchent de réaliser un ajustement souhaitable du logement. Les transitions entre domiciles privés seront étudiées séparément de celles entre un domicile privé et une institution. SHARE et ELSA (cohortes longitudinales) présentent la particularité de suivre les personnes quand elles partent vivre en institution. La dimension internationale permettra aussi de faire intervenir les contextes institutionnels et légaux différents des choix, et mettra en lumière les effets des différentes pratiques en matière de financement de la dépendance, d’obligation alimentaire ou d’offre des différents types d’établissement d’hébergement. WP5 Ce WP traite des innovations financières relatives au logement des personnes âgées. Il cherche à en faire l’inventaire dans les grands pays industrialisés, puis à évaluer leur efficacité/qualité et leur ‘durabilité sociale’ dans les trois pays du projet. L’enquête s’attachera à saisir les logiques d’investissement, apprécier la qualité des projets et identifier les clientèles-cibles (à la fois résidents et investisseurs). Le Japon étant le plus avancé au monde en matière de vieillissement, une mission de terrain sera menée dans ce pays pour explorer l’articulation entre infrastructures et services dans ces dispositifs (logement et soins). Les systèmes de viager/reverse mortgage et leur financiarisation. Ces systèmes permettent aux personnes âgées de rendre liquide la valeur immobilisée dans leur logement, par une rente à vie (viager) ou un prêt remboursé au décès.
2013
Penser et agir dans le contexte des mutations critiques que traversent les organisations contemporaines demande d’autres outils que les méthodes analytiques et rationalistes classiques. La dimension sensible, dans ses aspects affectifs mais aussi politiques, doit être prise en compte. Pour cela, s’appuyer sur l’art de façon active est une possibilité riche d’ouvertures. L’art, qu’il donne à percevoir des dimensions complexes et contradictoires du réel, ou qu’il y intervienne concrètement, est une force de transformation et de reconfiguration encore peu explorée par les disciplines du management. Le projet ABRIR vise à investiguer des cas d’organisations en situation de mutations critiques (restructurations, délocalisations, transformations identitaires, fusions,…) en mobilisant deux sources de données complémentaires : d’une part, il s’agira de travailler sur la base d’études de cas réels d’interventions artistiques dans le contexte d’organisations en mutation ; d’autre part, une série d’œuvres artistiques renvoyant à des mutations critiques des organisations seront analysées. Trois modes d’expression artistiques seront plus particulièrement ciblées : le théâtre documentaire, le film de fiction et les arts plastiques contemporains. Ce corpus de cas fictifs et réels, mobilisant différentes approches et modes d’expression artistiques, sera analysé au moyen d’une méthode d’investigation innovante, collective et dialogique, la méthode ABCD, qui permet de confronter les interprétations et les expériences. L’objectif du projet ABRIR est de développer une méthode collective et dialogique, basée sur l’art, pour appréhender et formuler une connaissance pratique implicite, diffuse, et dissensuelle des situations de mutations critiques, et d’interroger en conséquence les représentations et les pratiques managériales et organisationnelles. Le projet est mené conjointement par l’équipe Most du laboratoire DRM (Université Paris Dauphine), et l’équipe ACTE Art & Flux (Université Paris 1 La Sorbonne), avec la collaboration de la Chaire M-A-I (Mutations-Anticipations-Innovations) de l’IAE de Paris.
2013
Un grand nombre de décisions prises par les agents économiques n'impliquent pas l'utilisation de marchés, mais la construction de procédures de vote ou d'appariement, ou l'exploitation de réseaux et groupes sociaux. L'attribution d'établissements scolaires aux élèves, le choix des affaires portées devant la Cour Suprême Américaine, la mesure du degré d'influence des agents dans les réseaux sociaux, sont tous des exemples récents de l'extension de l'analyse microéconomique au delà du paradigme des marchés. Par delà le domaine des marchés et des prix, les économistes ont récemment construit, avec l'aide de politologues, sociologues, informaticiens et experts en recherche opérationnelle, de nouveaux domaines d'études autour des procédures d'appariement, de vote et de formation de groupes et réseaux. A quelques exceptions près, tous les modèles théoriques et études expérimentales portant sur ces trois domaines se restreignent à une analyse statique. L'objectif de ce projet est de développer une nouvelle génération de modèles théoriques d'appariement, vote et formation de réseaux dynamiques, en plongeant les modèles classiques dans un environnement dynamique représenté par une chaîne de Markov. Le projet est subdivisé en trois sous-projets. Dynamatch est centré autour des problèmes d'appariement dynamiques. Dans ce projet, nous allons examiner des modèles d'appariement à plusieurs phases avec une phase exploratoire d'acquisition d'information, l'attribution de logements sociaux à des agents présents dans une queue, l'attribution de postes dans les lycées et les universités à des enseignants au cours de leur carrière. Motivé par des applications concrètes de construction de mécanismes d'appariement, le projet sera mené en dialogue avec des praticiens responsables des attributions de logement sociaux et de mutations dans l'éducation nationale. Le projet Dynavote s'intéresse au vote dynamique. Il analysera la construction de modèles de choix à plusieurs étapes, le choix des mécanismes optimaux de répartition de sièges dans des instances fédérales dynamiques, les préoccupations dynamiques des électeurs dans un modèle d'apprentissage évolutionniste. Dynanet est consacré à la formation dynamique des réseaux, avec des applications aux réseaux d'influence et d'innovation. De plus, le projet s'intéressera à des modèles dynamiques de formation de coalitions, ainsi qu'aux choix d'allocations dans les jeux coopératifs dynamiques. Comme les modèles dynamiques supposent des choix sophistiqués de la part des agents, nous souhaitons tester la pertinence des raisonnements théoriques avec des expériences réalisées dans des laboratoires d'économie expérimentale. En particulier, nous souhaitons mener des séries d'expérience sur les attributions d'école, sur le vote et la formation de réseaux. A terme, l'objectif du projet est triple: nous voulons faire avancer la frontière de la recherche en économie théorique, construire des mécanismes d'application pour résoudre des problèmes concrets et cimenter un réseaux de chercheurs en France autour de l'analyse des problèmes d'appariement, de vote et de réseaux.
2013
GeObs est un programme de recherche fondamental en sciences humaines portant sur la caractérisation des sources d’obsidienne d’Anatolie orientale. Nous proposons, en effet, une approche multidisciplinaire pour étudier l’exploitation de l’obsidienne et sa diffusion par les anciennes populations afin de fabriquer des outils et des objets de prestige dans l’ensemble du Moyen-Orient (y compris l’Anatolie et le Caucase). Nous proposons d’étudier précisément le contexte volcanologique et de caractériser en détail les 13 sources d’obsidienne d’Anatolie orientale. Jusqu’à présent, elles sont, en effet, insuffisamment connues et caractérisées, rendant impossible toute étude précise de la diffusion de cette matière première depuis les affleurements géologiques jusqu’aux sites archéologiques. Le projet GeObs repose donc sur une approche intégrée et pluridisciplinaire de l’étude des sources d’obsidienne fondée sur : 1. Un travail de terrain intensif permettra d’étudier le contexte volcanologique et géomorphologique de ces sources. L’évolution du volcan contrôle, en effet, les caractéristiques géochimiques alors que l’évolution géomorphologique contrôle l’accessibilité des sources. Cette étude concernera à la fois les affleurements géologiques et l’obsidienne remaniée, contenue dans les alluvions. 2. Caractérisation multi-méthodes de l’obsidienne. Nous analyserons d’abord les échantillons géologiques mais aussi des artefacts afin de définir leur propriété chimique et physique (propriétés magnétiques, pétrographie, minéralogie). Les échantillons géologiques seront analysés en laboratoire, utilisant des méthodes permettant la comparaison avec les résultats déjà publiés (LA-ICP-MS, XRF) et les artefacts seront analysés grâce à une méthode portable (p-XRF). Dans cette optique, nous serons particulièrement vigilants à la validation de la méthode p-XRF ainsi qu’aux problèmes liés aux comparaisons multi-méthodes. Les méthodes statistiques multivariées permettront d'analyser les résultats. Toutes les données seront interprétées en lien avec les résultats du travail de terrain. 3. Analyse spatiale et étude des processus de diffusion spatiale. Nous allons comparer les résultats obtenus sur les sources géologiques avec ceux établis sur les artefacts ; celles déjà publiées dans l’ensemble du Moyen-Orient comme celles obtenues dans le cadre de ce programme (p-XRF) sur les fouilles d’Anatolie. En utilisant les méthodes de l’analyse spatiale, nous essaierons de comprendre la diffusion de l’obsidienne pendant les périodes pré-historiques, des sources géologiques jusqu’aux sites archéologiques. Enfin, tous les résultats produits pendant ce projet de 4 ans seront intégrés dans une SIG et une base de données spatialisée. Après la publication des résultats dans les revues internationales, le SIG sera diffusé auprès de la communauté scientifique via un site internet dédié. En 2012, une première version du projet GeObs a été proposée à l’ANR (programme JCJC) et positivement évaluée puis qu’il a été placé dans la liste complémentaire. Nous proposons maintenant une version modifiée et complétée du projet, tenant compte de la précédente évaluation. L’équipe Franco-Turque réunie dans de ce projet a été rassemblée afin de mener une étude interdisciplinaire associant géomorphologie, géologie, archéologie et archéosciences. Elle est composée de chercheurs expérimentés ayant déjà travaillé et publié ensemble dans des revues internationales dans les champs disciplinaires couverts par ce projet (i.e. : étude des sources d’obsidienne, caractérisation géochimique, géomorphologie en domaine volcanique, processus de diffusion, Néolithique d’Anatolie).
2013
EXPLABIO vise à étudier les modalités de l’explication dans la biologie de l’évolution, afin d’évaluer les tentatives récentes d’étendre ou de réviser son cadre classique (élaboré dans les années 1930-1950) appelé “théorie synthétique de l’évolution” ou “Synthèse Moderne”, qui était centré sur le rôle explicatif crucial de la génétique des populations en tant que science du processus de l’évolution par sélection naturelle. Nous partons de l’idée que les avancées récentes en écologie, biologie moléculaire et théorie évolutionnaire du développement (Evo-devo) sont caractérisées par de nouvelles structures et caractéristiques explicatives, qui requièrent une nouvelle compréhension de la nature explicative de la biologie de l’évolution. EXPLABIO vise à élaborer une telle compréhension. Pour les biologistes évolutionnistes l’espace des explications est structuré selon deux axes, à savoir les deux questions : « comment procède la sélection ? » et « pourquoi y a-t-il sélection ? » ; puis un troisième axe concerne la nature mécanistique ou topologique des explications – « topologique » signifiant ici le caractère explicatif d’un ensemble de propriétés d’une structure abstraite (comme un espace de phase ou un paysage de fitness) associé au système étudié. EXPLABIO va reconstruire cet espace en détails, via quatre tâches interconnectées : examiner les explananda de la sélection naturelle en tant qu’explication au niveau populationnel ; explorer les modalités de l’explication topologique à différents niveaux et leur articulation avec les explications mécanistiques ; questionner le statut des processus neutres et des réseaux neutres en tant qu’outils explicatifs généralisés en écologie (i.e. théorie neutre de l’écologie, de Hubbell) et en évolution (i.e. théorie neutraliste de l’évolution moléculaire de Kimura), et par là interroger le statut explicatif de la neutralité et du hasard ; finalement, aborder le rôle que jouent les couplages et des découplages entre échelles d’espace-temps dans la définition des explananda et le choix des modèles. Pour la biologie, le résultat global consistera en des indications sur les complémentarités et les antagonismes existant entre des théories rivales et leurs méthodologies ; pour la philosophie, ce sera une compréhension plus claire des rôles que jouent dans la biologie en général la stochasticité et le déterminisme, le niveau populationnel et le niveau individuel, et finalement la séparation d’échelle. Ces tâches seront réalisées successivement, usant d’outils mathématiques pour définir les conditions de validité des types d’explication, et de données empiriques (comme des données sur les réseaux de gènes régulateurs d’un type cellulaire donné, ou bien sur deux communautés écologiques comparables au même niveau trophique) afin de vérifier la satisfaction de ces conditions pour des systèmes spécifiques. EXPLABIO sera menée par une équipe de philosophes des sciences, de biologistes et d’écologues, incluant deux postdocs recrutés pour le projet. C’est un projet authentiquement interdisciplinaire : la première tâche est conduite par un philosophe, la seconde tâche et la quatrième sont pilotées par des biologistes, et la deuxième est codirigée par une philosophe et un biologiste. Elle sera effectuée essentiellement à l’IHPST (CNRS/ Paris Sorbonne) centre internationalement reconnu, qui entretient de longue date des collaborations avec des biologistes. Des ateliers interdisciplinaires donneront lieu à des publications collectives, et un travail mathématique et empirique sera effectué pour formuler des hypothèses sur la validité des présupposés implicites de stratégies explicatives spécifiques (relevant soit de la Théorie Synthétique, soit d’une perspective alternative), et pour les tester. Les livrables incluront des articles coécrits dans des journaux académiques en philosophie des sciences et en biologie théorique, aussi bien que des volumes collectifs édités au sujet des résultats des quatre tâches.
2013
POCRAM propose de travailler sur les variations du regard et de l’attitude du pouvoir politique face aux conversions religieuses dans le cadre du sous-thème « Religions et système mythiques » de l’appel à projet, se rattachant aux questions des transferts de religion, et des relations entre religions et construction d’espaces nationaux. La contrainte exercée par des États en matière religieuse est un thème d’actualité, alimentant des discours sommaires opposant tolérance et intolérance. Nous proposons ici une approche des relations entre pouvoir politique et religion à la fois ouverte et ciblée sur des études de situations historiquement contextualisées. Les religions requièrent de leurs adeptes des signes d’adhésion socialement visibles, organisés selon des systèmes plus ou moins complexes et contraignants, codifiés de manière variable à travers l’histoire. Ces signes extérieurs permettent aux pouvoirs politiques de percevoir les faits de conversion et, éventuellement, d’agir sur eux. Nous appréhendons la conversion religieuse à travers cette mise en signes, comme un changement visible d’adhésion à un groupe ou à un mouvement se définissant comme une religion (que ce changement concerne un individu ou un groupe), plus que comme une expérience personnelle de métamorphose intellectuelle ou spirituelle. Par religion, on entend des représentations du monde et des systèmes normatifs portés par des structures d’organisation spécialisées. Par pouvoir politique, on entend toute expression d’autorité et d’organisation de la communauté civique, à quelque échelle que ce soit. La rencontre du pouvoir politique avec les conversions religieuses s’effectue selon des modalités très diverses : de l’identification ou de la coopération la plus étroite à la disqualification et à l’affrontement. Les attitudes du pouvoir politique varient selon des facteurs complexes, liés à la place de la religion dans la société, mais aussi à l’importance des flux de conversion ou au contexte politique et idéologique. Or, si les études consacrées à la conversion et aux convertis sont nombreuses, aucune réflexion spécifique sur les interventions du pouvoir politique n’a été encore menée en dehors de cadres monographiques liés à des conditions historiques très spécifiques. Notre hypothèse est que les attitudes du pouvoir politique face au changement religieux que peuvent représenter les conversions sont un angle d’approche privilégié pour mieux comprendre la place de la religion dans les sociétés. Notre proposition a pour ambition d’analyser ces attitudes dans différentes configurations, depuis la fin de l’Antiquité jusqu’à la « crise de conscience européenne » de la fin du XVIIe siècle. Notre point de départ est l’Europe occidentale et les relations entre le christianisme (dans ses diverses confessions) et les autres pratiques religieuses (judaïsme, religions civiques antiques, islam, mais aussi toutes les religions avec lesquelles le christianisme est entré en contact hors d’Europe) ainsi que les mouvements de conversion entre différentes acceptions du christianisme. Des spécialistes d’autres aires culturelles seront aussi invités pour mettre en perspective les résultats obtenus. L’objectif est d’élaborer non seulement une typologie des comportements politiques face aux conversions religieuses, mais également des outils conceptuels qui permettent aux historiens d’aborder la question de la conversion comme un élément des transformations religieuses des sociétés. La méthodologie retenue est celle d’une démarche comparatiste portant sur l’étude d’objets précis. Si le projet est fondamentalement une entreprise historique se projetant dans une temporalité et une aire géographique très large, l’appel à des contributions de politologues, de sociologues et d’anthropologues pour dialoguer avec les historiens est une partie intégrante de l’entreprise.
2013
En ce qui concerne le monde physique, l’attitude réaliste standard, qui conçoit les objets comme existant indépendamment des représentations que nous avons d’eux, pourrait être (prima facie) plausible : si les choses se passent normalement, nous représentons les objets physiques comme nous le faisons parce qu’ils sont tels et tels. Au contraire, comme nous voulons le soutenir, la situation est inversée dans le monde mathématique : si les choses se passent normalement, les objets mathématiques sont tels et tels parce que nous les représentons comme nous le faisons. Cela ne signifie pas que les mathématiques ne peuvent pas être objectives : les représentations mathématiques peuvent être soumises à des contraintes qui imposent l’objectivité à ce qu’elles constituent. Si cela est exact, nous devons d’abord comprendre comment fonctionnent les représentations mathématiques afin de comprendre la nature des objets mathématiques. Dit dans les termes de la célèbre formule de Kreisel : « le problème n’est pas l’existence des objets mathématiques mais l’objectivité des jugements mathématiques » (Dummett 1978, p. xxxviii). Le problème auquel nous nous attaquons a trait à la question philosophique de la clarification du rôle des représentations dans le raisonnement mathématique et de la manière dont elles contribuent à l’ontologie et à la compréhension mathématiques. Il s’agit d’une enquête à nouveaux frais sur un problème classique en philosophie des mathématiques, qui relie la compréhension aux preuves et à la façon dont on conçoit l’ontologie des mathématiques. Toutefois, notre point de départ n’est ni la théorie classique de la démonstration, ni la métaphysique classique. Bien plutôt, nous considérons le problème en ouvrant la porte au tournant pratique en science. Dans notre perspective, la question n’est pas de trouver une formalisation invariante du raisonnement mathématique, pas plus que d’offrir un nouvel argument en faveur de l’existence des objets mathématiques. Nous nous demandons plutôt comment sont constitués des domaines appropriés d’objets mathématiques (abstraits), en recourant à différentes sortes de représentations, et comment un raisonnement approprié sur eux est autorisé. En conséquence, nous prévoyons d’analyser : (i) en quel sens, dans la pratique mathématique, des stipulations pertinentes déterminent les objets en recourant à des représentations appropriées ; (ii) en quel sens la rigueur inférentielle, considérée dans une perspective (informelle) du contenu, peut dépendre de ces stipulations ; (iii) en quel sens il est néanmoins possible de caractériser (en entrelaçant études philosophiques et recherches scientifiques) la prouvabilité informelle par des moyens formels, ce qui permet d’utiliser la logique et les mathématiques comme un outil pour l’épistémologie. Notre approche se démarque également des approches fondationnalistes classiques des mathématiques et de la logique, telles que le platonisme et le nominalisme classiques, qui ont en commun une « attitude existentielle » vis-à-vis des objets mathématiques (ils tiennent tous deux pour cruciale la question de leur existence ou de leur non-existence, bien qu’ils y apportent des réponses opposées) et considèrent le raisonnement mathématique comme invariant.
2013
Nous demandons la prolongation d’un projet de recherche, déjà financé par l’ANR et la DFG, sur l’histoire de la corruption politique en France et en Allemagne aux XIXe et XXe siècles (POC/K). Au vu des recherches historiques récentes en Europe, la corruption ne renvoie pas à des pratiques spécifiques de certains gouvernants, que l’on pourrait définir par des critères simples (vénalité des échanges p.ex.), mais à des perceptions critiques du pouvoir, voire des accusations. Les réseaux de patronage existants et les pratiques de faveurs individuelles jusqu’alors coutumières ne sont plus socialement acceptés, mais condamnés au nom de normes culturelles et politiques en évolution. C’est ce que signalent certains termes neufs, comme le mot « favoritisme » apparu en français entre 1815 et 1830 ; c’est ce que signale surtout le mot ancien de « corruption », qui se charge de sens nouveaux. S’interroger sur l’augmentation ou la diminution de la corruption depuis plusieurs siècles est donc un non-sens : la corruption est un curseur qui marque les limites à partir desquelles certaines pratiques de faveurs, de collusions et de patronage sont condamnées dans une société à un moment donné. Sont corrompues les formes d’influence, ou de gestion d’intérêts par des détenteurs de mandats publics, jugées contraires à une morale civique qui fait l’objet de transactions et de débats. Autant que les spécificités nationales, les configurations des débats sont une clé pour comprendre pratiques et normes. Ce nouveau projet est construit avec des enquêtes comparatives franco-allemandes orientées dans trois directions de recherches : 1. Intérêts privés, intérêt général, intérêt national (1870-1939). L’argent immoral et les profiteurs de la guerre. Cette direction d’enquêtes se concentre sur les accusations de corruption lancées contre les entreprises qui ont réalisé des profits élevés en temps de guerre ou immédiatement après. 2. Les faveurs au village et dans le quartier. La corruption au niveau local (1900 – 1980). Il s’agit d’analyser dans une perspective localisée les affaires de corruption en lien avec les réseaux d’influence qui sont dénoncés. 3. Les réseaux des „chevaliers blancs“. L‘histoire des critiques de la corruption (1900 – 1980). Cette enquête met l’accent sur les acteurs qui ont assuré le rôle de critiques spécialisés de la corruption, et sur leur influence. Ces trois directions d’enquêtes conjuguent deux approches différentes. Elles permettent une analyse avec des jeux d’échelle entre un niveau national (macro), des études localisées (méso), et une perspective micro à hauteur d’hommes. Elles offrent aussi une voie d’accès à des situations sociales et politiques très spécifiques : les situations de guerre, exceptionnelles et denses en événements historiques, les activités politiques à l’échelle locale, dans des sociétés marquées par des logiques de proximité, enfin le rôle des médias modernes et de leurs protagonistes dans l’organisation des débats publics. En conséquence, nous nous attendons à ce que la tolérance sociale à l’égard des déviances, ou des transgressions de normes, soit particulièrement faible dans le cas de l’économie de guerre, mais beaucoup plus élevée dans le cas des politiques locales. Cela signifierait que les pratiques s’inscrivent, du côté des élites locales, dans une continuité relative, que l’on ne retrouve pas pour l’industrie de l’armement, soumise à une pression plus pesante. En ce qui concerne les dénonciateurs de la corruption, ou « chevaliers blancs », nous supposons que leurs propres réseaux d’information et d’influence étaient particulièrement dissimulés au public. L’existence de ces réseaux, maintenus dans l’ombre, influençait, vraisemblablement, la manière dont ces acteurs dénonçaient des transgressions au nom de la lutte contre la corruption. Si ces hypothèses viennent à se confirmer, il faudrait sans parler de seuils de tolérance variables, liés à une casuistique pratique, plus qu’à des conflits normatifs.
2013
PIAF est un programme de recherche pluridisciplinaire et comparatif cherchant à saisir sur trois continents et quatre pays (France, Etats-Unis, Cameroun et Zimbabwe), (1) comment, dans un contexte de forte mutation des mondes ruraux (pressions démographiques, changements climatiques, politiques de conservation de la nature), les populations locales (usagers, mais aussi gestionnaires) élaborent des diagnostics de changements de leurs environnements immédiats à partir de l’observation de l’état de leurs biodiversités et (2) comment ces diagnostics leur permettent de gérer ou de protéger leurs territoires et leurs biodiversités au quotidien et de construire des stratégies d’adaptation aux changements perçus. PIAF consiste en une équipe pluridisciplinaire de jeunes chercheurs (ethnologues, anthropologues, géographes, écologues et juristes), issus d’UMR réputées dans leurs domaines respectifs et s’intéressant aux interactions sociétés / environnement. Le programme est fondé sur une mise en relation de sites d’étude au long cours (Zones Ateliers du CNRS et Long Term Ecological Research programs) et sur les acquis de collectifs de recherche pluridisciplinaires installés sur ces terrains apportant un éclairage sur les dynamiques des systèmes socio-écologiques en contexte de changements globaux. Nos équipes ont accumulé des corpus de données précis ainsi que des résultats qui nous permettent d’envisager une comparaison entre des terrains localisés sur trois continents de la perception locale des changements globaux par différentes catégories d’acteurs en même temps qu’une appréciation précise des transformations dans les processus biologiques. Nous prétendons ainsi au travers la comparaison d’études de cas fines localisées faire émerger une vue générale de la perception, par l’observation de la biodiversité, des changements environnementaux en ville ou en campagne, au Nord et au Sud et c’est ce qui fait le caractère novateur du projet. PIAF cherche à saisir la façon dont ces sociétés envisagent localement les répercussions des transformations de leurs territoires : 1) quels sont les diagnostics des acteurs locaux, qu’ils soient usagers ou gestionnaires (identification des changements, interprétation et stratégies d’adaptation) ; 2) quelle est l’articulation, l’hybridation entre les différents types de savoirs indigènes et exogènes, locaux et globaux (gestionnaires, techniques, scientifiques) et comment ces différentes préoccupations se confrontent ou s'intègrent localement dans des dispositifs de gestion de la nature ; 3) comment les contextes socioéconomiques, politiques ou environnementaux influent sur la construction des diagnostics et sur la mise en avant de certains types de savoirs au détriment d’autres (jeux d’acteurs, proximité avec une zone protégée…) ? PIAF est un projet de recherche fondamentale qui apportera, à terme, un cadre conceptuel général et des méthodes d'analyses comparatives de nos objets de recherches et qui vise à constituer un réseau international et interdisciplinaire de jeunes chercheurs sur la question des interactions homme-nature et les problématiques de conservation de la biodiversité. Un volet recherche plus appliquée vise à mobiliser des connaissances utilisables par les gestionnaires et usagers locaux et des connaissances génériques issues de la comparaison (principes généraux de compréhension des rapports que l’homme entretient avec la nature) utilisables à l'échelle globale par les acteurs de la conservation de la communauté internationale.
2012
Dans certaines régions d’Afrique, les « affaires de sorcellerie » et la chaîne de violences qui conduit du soupçon, ou de la rumeur, à l’accusation publique jusqu’au passage à l’acte (meurtre, lynchage), prennent aujourd’hui une dimension alarmante. Loin d’être une dimension exotique ou anachronique des crises sociétales africaines, ces faits mettent en cause le fonctionnement de l’État et de ses institutions dans le contexte de la modernité. De l’espace villageois à l’espace urbain, de l’espace privé à l’espace public, l’exploitation médiatique et politique de ces flambées de violences accusatrices leur confère un caractère quasi épidémiologique. La fluidité du phénomène est accentuée par le fait qu’on n’a plus à faire à des accusations socialement circonscrites et régulées, exutoires des tensions sociales liées aux clivages connus (hommes/femmes, vieux/jeunes, parents/alliés, riches/pauvres). La dérégulation normative liée en partie au désengagement de l’État installe l’insécurité et l’incertitude au cœur de la vie sociale et atteint les rapports intrafamiliaux, les relations de voisinage et de cohabitation, les interactions d’âge, de générations et de genre, et plus globalement l’économie morale des entreprises et la légitimité des institutions. Face aux politiques d’exorcisme d’une « justice populaire » souvent exercée par les jeunes des villages ou des quartiers, les institutions et leurs dispositifs judiciaires, policiers et sanitaires font appel aux recours du traitement judiciaire et des thérapies religieuses : de la criminalisation des sorciers à la victimisation des ensorcelés en souffrance. Les ambiguïtés sont toujours les mêmes qu’il s’agisse de la qualification des « faits », de l’identité des accusateurs ou de la réversibilité des places occupées (ensorcelé/sorcier). L’étonnante récurrence des affaires de sorcellerie va néanmoins de pair avec l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles formes de sorcellerie. Les « tradi-praticiens » représentent un nouveau type de médiateurs proches des élites lettrées et des cercles du pouvoir, et ne sont pas très éloignés des nouveaux pasteurs guérisseurs qui se proposent de « purifier l’espace public ». Les alternatives entre justice coutumière et justice pénale, entre conjuration familiale et politique du pardon, entre sanction juridique ou guérison divine, se sont quelque peu brouillées. Le fait que les accusations visent les plus vulnérables (femmes, jeunes déscolarisés ou au chômage, malades du sida, « enfants sorciers », migrants) confirme le processus de « déparentalisation » et de « dévillagisation » des affaires de sorcellerie, ce qui explique les passages à l’acte qui font l’évènement médiatique, ignorant les procédures de recours et de médiation sociale. Dans certains pays se met en place une véritable institutionnalisation de l’action anti-sorcière au sein des instances sécuritaires de l’appareil d’État. Ces affaires de violence sorcellaire appellent une approche comparative régionale tenant compte des systèmes coutumiers de régulation sociale et des procédures judiciaires des cours de justice des divers pays de l’Afrique centrale, mais aussi « glocale » qui insère les enjeux de ces affaires dans le jeu politique local et national (juges, leaders politiques, journalistes) ; et enfin une approche pluridisciplinaire des processus d’hybridation cognitive des catégories médicales, juridiques ou religieuses. Les chercheurs confrontés à ces affaires ont une responsabilité d’acteurs et sont interpelés comme les juges et les médecins par ces processus de pénalisation et de médicalisation, sinon de politisation de la sorcellerie. L’enjeu n’est pas tant celui de l’irrationalité d’un systèmes de croyances ni seulement celui d’une modernité insécurisée sur le plan spirituel, mais celui de la caution morale apportée à des « procès de sorcellerie » qui passent par la diabolisation de l’autre et la négation des droits de la personne humaine.
2012
Les économies contemporaines en Europe sont en constante recherche de moyens pour accélérer la croissance et obtenir un développement économique durable. Dans ce contexte, les politiques publiques jouent un rôle crucial ; Parmi elles, on s’intéresse plus particulièrement à la politique de la concurrence qui est dédiée au contrôle du comportement des entreprises et à la régulation des entreprises et des marchés publics qui est conçue pour organiser des secteurs spécifiques. Reconnaitre l'importance de l'intervention publique comme un déterminant majeur de la croissance n'est qu'un point de départ. Réaliser de bonnes politiques publiques nécessite surtout la supervision d'une autorité publique qui met en œuvre des mécanismes efficaces en vue de réglementer le comportement des entreprises. Comment ces outils devraient être conçus et mis en œuvre fait l’objet actuellement d’un important débat économique. Au cours des 30 dernières années, la littérature portant sur l'économie industrielle a proposé des règles théoriques aux chercheurs sur la façon dont les marchés devraient être organisés et régulés afin de maximiser le bien-être social. Très peu de tests empiriques de ces théories ont été cependant proposés. Le but de ce projet de recherche est de tenter de combler le fossé entre la théorie et la réalité, afin que les outils des économistes puissent être compris et utilisés par les praticiens. Ce projet a quatre objectifs principaux : (i) proposer des orientations qui aident à séparer les modèles réglementaires qui représentent la réalité économique d'une industrie de ceux qui décrivent les mécanismes optimaux vers lesquels l'organisation de l'industrie devrait tendre (analyse positive contre analyse normative), (ii) proposer des méthodologies originales microéconomiques, statistiques et économétriques qui permettent de représenter les caractéristiques des marchés étudiés, (iii) recueillir des données et construire des bases de données originales qui seront exploitées dans ce projet en cours et pourront être utiles dans les futures recherches, et (iv) obtenir des résultats qui sont utiles pour les praticiens. Pour illustrer la variété des problèmes à résoudre, nous pouvons poser les questions suivantes : dans quelle mesure les règles de la concurrence sur les marchés affectent-elles les décisions des entreprises à améliorer leur productivité et leur efficacité? Est-ce que la concurrence garantit des prix faibles pour les consommateurs? Quelles sont les conditions d'efficacité de la concurrence pour le marché? Comment les relations entre les gouvernements et les entreprises doivent-elles être organisées dans les partenariats public-privé? Comment les règles optimales de régulation devraient-elles être conçues afin de maximiser le bien-être social? Les régulateurs sont-ils suffisamment compétents, sophistiqués et bienveillants pour mettre en œuvre les règles optimales de régulation? Devrait-on autoriser les fusions entre entreprises dans les industries où la concurrence pour le marché est utilisée? Ce sont juste quelques exemples de questions pour lesquelles une démarche impliquant des économistes travaillant dans différents domaines tels que l'organisation industrielle, la théorie des contrats, la politique de la concurrence, et l’économétrie appliquée est d'un intérêt majeur. L'université Paris 1, PSE, et GREMAQ offrent un ensemble de talents reconnus dans ces disciplines et le premier objectif de ce projet est d'unir les forces à l'intérieur d'une équipe autour de ces questions, qui nous semblent importantes à la fois en termes de recherche et de politiques publiques.
2012
Le recours aux archives d’entreprises pour la recherche sur l’histoire économique des XIVe - XVIIe siècles est resté jusqu’à présent marginal, tant en raison de la difficulté et de la dispersion des sources que de l’isolement des chercheurs. ENPrESa propose l’organisation d’une enquête collective, regroupant une quinzaine de chercheurs et quatre établissements ou unités de recherche autour d’une documentation encore sous-exploitée, les archives Salviati conservées à l’École normale supérieure de Pise. Cet ensemble de quelques milliers de registres et de documents des XIVe - XVIIe siècle a jusqu’à présent découragé les chercheurs par l’abondance des informations qu’il contient et en raison des difficultés que soulève la prise en compte de plusieurs dizaines de séries comptables complètes. Il s’agira, à partir d’une première exploration du fonds, qui permettra de repérer les sources pertinentes, d’organiser quatre enquêtes sur des thèmes pour lesquels les informations sont abondantes, inédites et susceptibles de renouveler les connaissances acquises. Une approche, qui portera en priorité sur la documentation relative à la place lyonnaise, cherchera à mettre en évidence les normes comptables et les pratiques marchandes qu’elles traduisent. Au-delà des formes de la mise en registre, c’est la dynamique du commerce européen qui sera en question, en particulier à travers le problème du change monétaire et de son évolution, depuis le XIVe siècle. Une deuxième enquête s’intéressera aux espaces du négoce, tels que les sources des différentes sociétés Salviati permettent de les observer. On privilégiera alors les décennies 1440-1460, avec les registres des compagnies de Londres, de Bruges, de Lisbonne, de Pise et de Florence, ainsi que la première moitié du XVIe siècle, époque où les archives des compagnies lyonnaises seront complétés par celles de Pise, Florence, Anvers, Venise, Naples. Une troisième enquête portera sur les produits textiles, tant du point de vue de leur production (le fonds a conservé les archives de plus de trente sociétés de production) que de leur commercialisation. Seront privilégiés les secteurs de la laine, de la soie et des teintures. La dernière enquête portera sur le commerce des produits du sud de la Méditerranée, observé en particulier à partir des registres des compagnies de Lisbonne et de Constantinople. On visera des objectifs multiples : une cartographie du fonds et un inventaire de ses documents les plus importants : correspondances, registres mémoriaux, traités techniques etc. L’édition de certains de ces registres est d’ores et déjà prévue. Un deuxième résultat sera la mise en évidence, pour les périodes couvertes par l’enquête, du réseau d’affaire de la famille Salviati, à travers une approche prosopographique de ses acteurs, hommes ou femmes : titulaires, associés, salariés, clients, conjoints. On pourra ainsi poser en termes nouveaux la question du mode de fonctionnement des entreprises familiales : réseaux hiérarchisés au service des détenteurs du capital ou simple regroupement de compagnies, concurrentes ou partenaires selon les cas. La motivation de ce programme réside dans la possibilité, très exceptionnelle, de rassembler autour d’un fonds unique et d’une série de questions cohérentes et collectivement définies un groupe de chercheurs habitués à l’exploitation des documents d’entreprise. Soulignons, en particulier, l’intérêt que représente la participation de jeunes docteurs et de doctorants qui terminent leur thèse, pour lesquels sont prévus deux contrats post-doctoraux. Ils permettront à leurs titulaires de participer pleinement à l’enquête et d’accroître leurs compétences et leur notoriété. Pour les porteurs du projet, au moment où dans toutes les universités du monde se joue la survie des études d’histoire économique des périodes préindustrielles, les retombées en termes de formation des jeunes chercheurs sont tout aussi importantes que les acquis en terme de connaissance.
2012
SOMBRERO travaille la question des conséquences biographiques de l’engagement. Comment les trajectoires des activistes se forment-elles? Question à laquelle nous voudrions répondre en insistant sur la question de savoir à quoi conduisent les engagements plutôt qu’à celle, plus conventionnelle, de savoir ce qui détermine l’engagement. Il s’agit donc de comprendre comme la participation peut avoir une influence continue, en redéfinissant ou en modifiant représentations et comportements individuels. En d’autre mots, nous considérons que toute participation, qu’elle que soit son intensité ou sa durée, put avoir des effets en terme de socialisation secondaire. D’un point de vue théorique, nous nous inscrivons dans un modèle processuel et multi niveau des parcours de vie, ce que nous appellons une sociologie des “carrières militantes”. Nous commencons par identifier des individu.e.s ayant été politiquement actif.ve.s dans les années 1970 (de l’immédiat après 68 à 1981) dans trois “familles de mouvements” (la mouvance féministe, les syndicats ouvriers et les organisations d’extrême gauche) et dans cinq villes de province (Marseile, Lyon, Lille, Nantes et Rennes). Nous produisons d’abord une cartographie la plus précise possible des champs multi organisationnels locaux dans les années 1970, puis nous conduisons une série de 500 histoires de vie auprès d’ex militants, en associant l’entretien de la constitution d’un calendrier de vie que nous traiterons au moyen d’une “analyse de séquence”. Un tel design de recherche nous permettra de reconstruire les parcours de vie en articulant les niveaux micro (idiosyncrasies), meso (socialisaiton secondaire par l’engagement) et macro (contextes local et national) de l’analyse.
2012
L’objectif du projet Metascience est de contribuer de manière significative à la métaphysique des sciences à partir d’une analyse détaillée de concepts clés dans les sciences expérimentales actuelles, au premier rang desquelles la physique, la biologie et la psychologie. Le but de la « métaphysique des sciences » est l’analyse des concepts fondamentaux qui structurent la recherche scientifique, comme les notions d’individu, de cause, ou de disposition. Notre stratégie peut être comprise par opposition à la perspective aujourd’hui dominante en métaphysique qui procède pour l’essentiel par pure analyse conceptuelle. Cette stratégie de recherche philosophique est défendue de manière explicite sous l'appellation de « métaphysique descriptive » (due à Strawson 1959) : son objectif est de rendre explicite la structure conceptuelle sous-jacente au sens commun, à partir de l’analyse conceptuelle des propositions du langage ordinaire et des intuitions qu’elles expriment. Cette approche structure, par exemple, une partie importante des recherches sur la causalité. Dans la mesure où le sens commun ignore le savoir scientifique, s’il n'y est pas carrément opposé, la science n’a pas de rôle à jouer dans la réalisation de la tâche de la métaphysique descriptive. Ce projet propose un type d’investigation métaphysique totalement différent. Notre intérêt principal ne réside pas dans l’analyse de la structure conceptuelle qui sous-tend le sens commun, mais dans la mise au jour de la structure conceptuelle sous-jacente aux théories et à la pratique scientifiques. Dans l’exacte mesure où la science va souvent à l’encontre du sens commun, notre choix d’adopter comme principal critère d’adéquation d'une proposition métaphysique l’accord avec la science, inscrit notre approche dans la perspective de ce que Strawson appelle la « métaphysique révisionniste ». En effet, nous suggérons que les sciences expérimentales peuvent offrir une « image du monde », qui peut fort bien entrer en conflit avec l’image du monde de tout un chacun, fondée principalement sur nos perceptions et intuitions. Pour prendre un seul exemple, si le concept d’individu à l’œuvre en biologie inclut dans l’organisme individuel tous les microorganismes qui vivent en symbiose avec lui alors que le sens commun les exclut, nous ignorerons la suggestion de ce dernier et prendrons au sérieux le premier. Plus généralement, notre projet a pour objectif d’analyser les concepts scientifiques à l’œuvre dans la science. L’analyse de tels conflits est cruciale pour notre projet. La caractéristique la plus originale de ce projet est notre approche pluridisciplinaire vis-à-vis des sciences expérimentales : notre objectif est d’analyser différents concepts métaphysiques cruciaux en évaluant le rôle qu’ils jouent dans la structuration et la justification des activités scientifiques dans plus d’une discipline. À de très rares exceptions près, pratiquement toute la recherche en métaphysique des sciences prend en considération seulement une science, la plupart du temps la physique. À l’opposé, nous pensons que comparer les rôles qu’un même concept joue dans différentes sciences pourrait permettre de mettre au jour sa structure et ses caractéristiques fondamentales d’une manière plus pertinente qu’une analyse qui reste limitée à une discipline unique. Le projet Metascience est structuré autour de trois axes. Notre stratégie consiste en l’analyse du rôle que jouent trois notions clés dans les sciences expérimentales d’aujourd'hui : 1) les niveaux de réalité, 2) les objets ou individus, et 3) les dispositions. À partir de cette analyse, nous souhaitons tirer des conclusions quant à la structure de la réalité telle que se la représente la science, sur les possibles conflits entre la représentation scientifique du monde et la vision du monde de sens commun, ainsi que sur la constitution de notre système conceptuel.
2012
La collection des inscriptions grecques conservées au Musée du Louvre s’est constituée au hasard des acquisitions, confiscations, dons et transferts depuis l’époque de Louis XIV ; elle comprend environ 600 documents répartis sur à peu près 10 siècles, depuis le VIe s. av. J.-C. jusqu’au IVe s. ap. J.-C. Compte tenu de la variété chronologique, géographique et thématique des textes et de l’originalité intrinsèque de bon nombre de leurs supports — stèles, éléments architecturaux, statues et autres objets votifs etc. —, l’intérêt scientifique et patrimonial de cet ensemble est incontestable. Mais il constitue également un échantillon idéal pour la réalisation d’un prototype éditorial innovant, susceptible de bénéficier d’une visibilité assurée tout à la fois par la diffusion sur le web de plusieurs sites reliés, destinés à des usages et des publics différents, et par une présentation muséographique renouvelée d’une partie de la collection dans les salles du musée. Le programme E-PIGRAMME, Epigraphie et Muséographie : Edition numérique et valorisation de la collection des inscriptions grecques du Louvre soumis aujourd’hui à l’ANR correspond à la phase de « mise en production », enrichie de nouvelles dimensions, d’un projet d’édition électronique qui fut présenté au jury international de l’Institut Universitaire de France et avalisé par la nomination à l’IUF de Michèle Brunet comme membre Senior fin 2009. Le consortium à l’intersection de la philologie, de l’histoire de l’art, de l’archéologie et de l’histoire ancienne, constitué afin de réaliser cette publication numérique originale s’accompagnant d’une nouvelle muséographie, réunit quatre partenaires : deux laboratoires de recherche, l’UMR 5189 Histoire et Sources des Mondes Antiques (HiSoMA), coordonnateur, et l’UMR 8210 Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques (ANHIMA), le Département des Antiquités Grecques Etrusques et Romaines du Musée du Louvre (DAGER) et l’École française d’Athènes (EfA). Notre démarche commune s’ancre dans une double conviction : les disciplines d’érudition que sont l’épigraphie et l’histoire de l’art antiques ont toute leur place dans la dynamique actuelle des Humanités Numériques, qui permet la circulation et l’échange des savoirs à une échelle inédite ainsi que l’ouverture à d’autres publics que celui des seuls spécialistes. Mais l’arrivée du numérique dans l’édition scientifique reconfigure toute la chaîne de production éditoriale et nécessite une transposition des savoir-faire académiques dans de nouveaux processus professionnels : c’est pourquoi les innovations induites par l’outil électronique sont une occasion optimale pour développer une recherche sur les modalités techniques, les contours et la forme à donner à la publication numérique des inscriptions grecques. De fait, le recours à ce nouveau moyen d’édition et de diffusion offre l’opportunité d’analyser les inscriptions dans toutes leurs dimensions, dans une approche qui ne dissocie plus le texte de son support ni des contextes d’exposition, restituant ainsi à ces documents leur double qualité d’écrits/écritures ostentatoires et d’ouvrages d’art. Une telle recherche expérimentale ne peut être réalisée qu’en étroite concertation avec la petite communauté internationale des Digital Classicists, qui sera de ce fait bien représentée dans notre comité de suivi scientifique. Mais il est tout aussi essentiel d’inscrire cette entreprise dans une activité de formation en lien direct avec le réseau d’expertise et de collaborations internationales qu’elle concourt à concrétiser. Pour cela, l’EfA constitue un cadre parfaitement adéquat, car en fournissant la garantie d’une certaine pérennité au-delà du terme du programme, elle lui procure une validation institutionnelle et encourage aussi les développements futurs de l’édition numérique en épigraphie grecque, en prenant l’initiative d’un colloque destiné à jeter les bases effectives d’une collaboration internationale dans ce domaine.
2012
Les processus diversifiés de “mise en patrimoine” d’éléments culturels, matériels et immatériels, deviennent depuis plusieurs années l’un des moyens par lesquels les groupes amérindiens recherchent une visibilité et une reconnaissance dans un paysage social et politique marqué aujourd’hui dans la plupart des pays américains par le multiculturalisme institué en mode de gouvernance. Les phénomènes de patrimonialisation culturelle, amplement étudiés ailleurs (surtout en Amérique du nord) sont moins connus pour les espaces méso et sud américains et encore moins pour les sociétés amérindiennes. Au sein de ces groupes, les conceptions de ce qui doit se conserver ou s’oublier, les manières de transmettre les connaissances et les savoirs, les modes d’historicité semblent bien souvent aller à l’encontre de l’idée même de la patrimonialisation telle qu’on l’entend dans le monde européano-centré. Par ailleurs, suivant des médiations et des formes d’inculcation de schèmes formulées en dehors des sociétés amérindiennes, celles-ci transforment aujourd’hui certaines de leurs pratiques quotidiennes en éléments d’un patrimoine culturel objectivable, transmissible et conservable. Ces procédures sont globalement liées à un discours procédant par objectivation, essentialisation et ethnicisation des cultures indigènes. Les formes de transmission mémorielle des sociétés amérindiennes et minorisées ont alors une double dimension. D’une part, elles se construisent dans une matrice culturelle et sociale locale qui leur est propre. D’autre part, elles sont aussi, pour beaucoup, désormais investies au sein d’un monde globalisé en tant que ressources mobilisables pour conforter une identité collective, voire de nouvelles formes d’indianité. L’analyse des configurations patrimoniales que l’on peut observer sur le terrain demande alors une élucidation de ces formes d’imposition et d’adaptation mais aussi la compréhension de la manière dont les acteurs indigènes ont su, en retour, se réapproprier un droit à construire un discours propre sur leur culture et à l’instituer comme source d’une affirmation identitaire. Pour comprendre les diverses déclinaisons du processus de patrimonialisation culturelle dans la trentaine de sociétés amérindiennes étudiées dans ce projet, l’enquête se développera selon trois angles d’analyse complémentaires : • les régimes de temporalité, d’historicité (au sens large) et de savoir ; • la “fabrique” des patrimoines, leur construction sociale et leurs usages politiques ; • les logiques institutionnelles et les formes locales de gouvernance multiculturelle. La vingtaine d’anthropologues rassemblés dans ce projet sont engagés de longue date sur les terrains étudiés, couvrant un vaste échantillonnage de situations locales et de réponses diverses données au processus global de la patrimonialisation culturelle. Le projet, résolument comparatif, ne s’attache pas à dresser une typologie des similitudes et des différences entre les formes de mise en patrimoine mais plutôt à comparer des représentations catégorielles, des cadres, des relations, des processus de construction de sens et de composition des discours. À travers l’étude de la patrimonialisation culturelle, prise comme révélatrice de jeux d’acteurs, de stratégies de définition de soi et de construction du politique, l’enjeu est d’aborder deux phénomènes étroitement associés : d’une part, il s’agit d’appréhender les modalités de l’insertion des sociétés amérindiennes dans la modernité et leur capacité à l’investir, en mettant au jour les formes de cohabitation et de composition de régimes de savoirs et d’historicité générés à travers la patrimonialisation ; d’autre part, à travers l’analyse de ce processus, le projet entend éclairer la genèse et des développements contemporains des configurations multiculturelles qui caractérisent l’espace politique des régions méso et sud américaine.
2012
L'incertitude joue un rôle crucial dans les conflits stratégiques, soit sous la forme d'incertitude sur l'environnement ou alors sous la forme d'incertitude sur les stratégies jouées. Dans de nombreuses situations, il n'est pas possible de modéliser cette incertitude via un modèle probabiliste; on dit alors que les agents font face à de l'incertitude Knightienne ou de l'ambiguïté: la distribution de probabilité des résultats n'est pas parfaitement connue des agents. Dans les conflits stratégiques, nous avons souvent des variables telles que l'expérience passée, la communication avant le jeu, ou encore des normes culturelles qui influencent l'équilibre du jeu mais ne sont pas directement capturées par les paiements du jeu. Il est donc important d'introduire cette incertitude ou ambiguïté dans l'analyse des conflits stratégiques. Le projet entend développer une théorie générale de la prise en compte de l'incertitude (objective) dans les interactions stratégiques. Deux thèmes principaux seront développés. Premièrement, dans les conflits stratégiques il est souvent important de créer de l'incertitude car l'adversaire serait sinon en mesure d'utiliser l'information parfaite sur le comportement du joueur concerné. Traditionnellement, cette incertitude a été modélisée via des outils probabilistes, tels que des dés ou des roulettes. Dans des situations réelles, on peut penser qu'une panoplie plus vaste de moyens de créer de l'incertitude existe. Ceci est certainement le cas dans la littérature sur les négociations. Nous nous appuyons sur des avancées récentes de théorie de la décision qui permettent de modéliser cette incertitude pour explorer les conséquences sur les prédictions d'équilibre en théorie des jeux. Deuxièmement, l'environnement lui même peut être ambigüe. Les joueurs n'ont pas d'informations probabilistes sur le jeu réellement joué, le type de leurs adversaires etc. Dans des environnements réels, l'information est souvent rare et ne permet pas une évaluation probabiliste de ces éléments. Comment cette incertitude influe-t-elle sur les stratégies d'équilibre? Est-il possible de paramétrer l'ensemble des équilibres par le degré d'ambiguïté de l'environnement? Le but du projet est de développer une théorie complète de ces situations, incluant les fondements en théorie de la décision et les fondements épistémiques, ainsi que la théorie en forme extensive. Nous étudierons aussi des applications de la théorie à des situations telles que des jeux de communication ou des jeux de négociations. Nous ferons également des expériences pour tester les prédictions théoriques en laboratoire.
2012
Dans un contexte de mondialisation, la croissance laissait espérer une réduction des inégalités territoriales par l’intégration des périphéries à la dynamique des lieux centraux. Cependant, un grand nombre d’espaces se distinguent toujours des centres par les mauvaises conditions de vie de la majorité de la population, auxquelles s’ajoutent souvent la violence des affrontements entre les acteurs, l’amplitude des spoliations et les dégradations de l’environnement. Ces espaces et les conflits qui s’y déroulent sont parfois devenus une menace pour la stabilité de gouvernements nationaux. Comment comprendre la multiplication de tels espaces ? Nous considérons qu’il faut avant toute chose en étudier le fonctionnement. Nous pouvons pour cela utiliser le modèle centre-périphérie, à condition de le revisiter. Le modèle centre-périphérie, tel qu’il a été formalisé par A. Reynaud dans les années 1980 à partir de l’analyse de la dissymétrie des flux, a permis dans les décennies passées de mieux comprendre la création et la reproduction des inégalités entre les lieux. Dans ce modèle, le centre se constitue classiquement par le biais d’un processus historique où domination politique et économique se renforcent mutuellement. La périphérie dépendante pourvoit le centre en ressources, sans bénéficier de flux de biens et de capitaux en retour, ou perd ses habitants, dans une indifférence d’autant plus grande qu’elle est située loin des regards. Une des forces de ce modèle est qu’il pouvait rendre compte d’inégalités spatiales d’échelles diverses, quartiers d’une ville, régions d’un pays ou pays du monde. Par ailleurs, il a permis à A. Reynaud de différencier des types de périphéries, en fonction de la nature, de l’intensité et de la combinaison des flux qui les reliaient au centre. Depuis une trentaine d’années, la mondialisation a complexifié ce schéma. Elle atteint en effet tous les espaces de la planète, les sort de leur invisibilité, y amène investissements, nouveaux acteurs, nouvelles normes. Notre hypothèse est que ces nouveaux flux conduisent à une reconfiguration des asymétries spatiales entre centres et périphéries et laissent entrevoir l’émergence de nouveaux types d’espaces. Un modèle graphique interprétatif qui intégrera les flux entre les centres et les périphéries comme le modèle d’A. Reynaud, tout en prenant en compte leur plus grande diversité, permettra de comprendre et faire comprendre les situations de ces espaces. Leur originalité par rapport aux périphéries décrites dans les années 1980 nous conduit à les désigner par le terme de marges mondialisées. Nous partirons d’un modèle provisoire élaboré à partir des connaissances que nous pourrons réunir sur les flux reliant les marges aux centres dans la mondialisation, les participants apportant leur expertise sur les types de flux dont ils dominent l’étude. La robustesse de ce modèle sera testée en collectant des données relatives aux flux sur des territoires déjà étudiés par les membres du projet et qui seront abordés au prisme de la méthodologie et des objectifs communs. Nous intégrerons ensuite ces données à des bases, qui nous permettront de confronter le modèle initial à la réalité des flux entrant et sortant des marges, afin de l’améliorer. Ces résultats seront finalement diffusés. S’il s’agit bien d’une recherche fondamentale, ses conclusions pourront aider les sociétés locales et nationales à comprendre les modes d’insertion de leurs espaces dans la mondialisation et à concevoir les stratégies de développement spécifiques qu’elles peuvent mettre en œuvre, à partir de diagnostics mieux étayés théoriquement.
2012
Le projet JEANVI consiste à publier une traduction française intégrale et annotée des Histoires de l’empereur et moine byzantin Jean VI Cantacuzène (1295/96-1388), une source fondamentale pour la compréhension de l’histoire de l’Europe orientale au XIVe siècle, et d’autre part à publier une biographie thématique du même empereur rédigée par une jeune génération d’historiens spécialisés dans la période tardive de l’Empire byzantin, dite paléologue (1261-1453). Ce travail s’appuie sur la découverte importante faite à l’automne 2010 d’une traduction intégrale en 956 pages des Histoires de Jean VI que légua en 1977 son auteur, le célèbre byzantiniste français et professeur de Sorbonne Rodolphe Guilland (1888-1981), à l’Institut français des études byzantines (IFEB) et qui était demeurée jusqu’à ce jour inconnue, mais qu'il faut prendre le temps de réviser et d'annoter. Les trois volumes édités seront les suivants : Jean VI Cantacuzène : Byzance entre l'Islam et l'Occident, I. Histoires. Traduction intégrale par Rodolphe Guilland (†) éditée et annotée sous la direction d’Olivier Delouis, 2 vol. Jean VI Cantacuzène : Byzance entre l'Islam et l'Occident, II. Empereur et moine. Biographie thématique dirigée par Olivier Delouis, 1 vol. Note: Ce projet a déjà été présenté à l'ANR en 2011. Le document déposé a pris compte du jugement favorable du rapporteur et intégré ses remarques. Par ailleurs, de nombreux points ont été améliorés, notamment en terme de valorisation et de collaborations internationales. Les ajouts significatifs sont précédés d'un avertissement en gras dans le document scientifique.
2012
Le projet MobiClimEx se positionne sur la question de l’exposition humaine face aux événements extrêmes, en particulier le cas des crues rapides en région Méditerranéenne. La région du Gard est choisie comme région cible. La notion d’exposition intègre des relations complexes entre la mobilité des populations et la dynamique de l’événement hydrométéorologique. Notre ambition est d’aborder cette question sur un continuum d’échelles de temps et d’espace. On s’intéressera à la mobilité quotidienne à l’échelle locale, et à la mobilité résidentielle liée à l’évolution de l’occupation des sols sur plusieurs décennies. Notre objectif est de comprendre les interactions entre les facteurs environnementaux et les facteurs sociétaux pour ces gammes d’échelles. Les méthodologies d’analyse et les concepts développés s’appuieront sur l’analyse du temps présent (1960 – 2010). Ces développements seront menés dans une perspective d’évaluer l’évolution de l’exposition en climat futur (2020 – 2050) à l’issue de la fin du projet MobiClimEx.
2012
La Directive Cadre Européenne sur l’eau a contribué à modifier en profondeur le regard porté sur nos eaux, leur gestion et leurs vulnérabilités. Ce projet qui mobilise historiens, géographes, politologues, juristes, sociologues, géochimistes, hydrologues et ingénieurs, a pour ambition de revisiter le concept de qualité des systèmes hydriques selon une approche pluri-disciplinaire, alliant sciences environnementales et sciences de l’environnement, c’est-à-dire analyse des discours et descriptions de l’état du milieu, afin de comprendre comment la notion de qualité a été définie par de multiples acteurs au cours des XIXe et XXe siècles, mais aussi quelle en est sa part socialement construite, quelles sont les ruptures ou les changements dans la conception de la qualité, et comment la société a réagi à ces changements « réels » ou socialement construits. Perceptions, réglementations et observations du milieu sont les trois piliers conceptuels de Makara. Ils sont nécessairement à la source car sans eux, il n’y a pas d'objectivisation possible, et ils sont indispensables dans l'aboutissement comme moyens d'évaluation des politiques menées. L'analyse historicisée de ces trois piliers est ainsi un fil directeur qui permet à la fois d'évaluer les relations homme-milieu telles qu'elles sont idéalisées par la société et de contextualiser les volontés et aboutissements des politiques, d'évaluer les lenteurs, les blocages et les accélérations. Les terrains étudiés sont les bassins hydrographiques tels que définis par la loi de 1964, et plus particulièrement les bassins de la Seine, de la Loire et du Rhône, ainsi que la Bretagne, ce qui permettra de considérer des échelles spatiales et des peuplements humains très variés (1000 à 100 000 km2 ; 20000 à 17M habitants). Le projet comprend deux autres niveaux englobant ces trois piliers : une approche par études de cas relatives à des problèmes identifiés (produits chimiques, altération biologique, …) dont l’analyse fine permettra, pour chacun de ces cas, de mettre en évidence des décalages entre les approches des trois premiers thèmes. Une synthèse qui inclura une généralisation de l’étude des décalages entre perceptions, réglementations et mesures. Une montée en généralité sera effectuée à trois niveaux : (i) la Commission Internationale pour la Protection des eaux du lac Léman, commission transfrontalière franco-suisse mise en place en 1962, qui oblige la France à se confronter à des exigences de qualité plus élevées que celles qu’elle appliquait jusque-là (ii) Le cas de la DCE. Son articulation avec la vision française de la qualité des eaux, son impact sur l’harmonisation européenne des politiques de gestion des eaux. (iii) Une mobilisation de la connaissance d’autres terrains par les chercheurs impliqués dans le programme pour tenter de dégager des grandes lignes à l’échelle des grands systèmes hydrologiques occidentaux. L’objectif est d’arriver à une histoire de la qualité de l’eau des milieux qui mette en avant des trajectoires variées, des perceptions des changements de la qualité dont la genèse n’est pas toujours en relation avec ce que la mesure de la qualité déclare, des qualités définies par des réglementations qui ne reprennent qu’une part de ce qui était exprimé dans les discours et qui n’intègrent que difficilement les mesures sur le terrain, des mesures qui ne permettent que partiellement de répondre aux exigences des réglementations. On essaiera également de mettre en évidence l’évolution historique de ces décalages, les formes de convergence et de différentiations entre les terrains étudiés, le rôle des configurations et des types de pressions à différentes échelles (locales, régionales, nationales, ..), ou l’influence de la publicisation plus ou moins forte des débats.
2012
Les figures rurales de l’urbain généralisé au filtre des mobilités durables Comment les espaces de faible densité, qu’ils participent du rural ou du périurbain selon les catégories de l’INSEE, peuvent-ils contribuer, à leur manière, au développement de territoires globalement plus durables ? La présente proposition de recherche postule que, à côté et en complément des figures compactes, denses et diversifiées de l’urbain aggloméré, existent les « figures rurales d’un urbain généralisé ». La problématique se pose ainsi de la manière suivante : de quelle manière peut-on faire participer les espaces de faible densité au projet de la «mobilité durable » ? Une approche en positif des espaces de faible densité Il s’agit de dépasser l’approche « en négatif » de ces espaces de faible densité, « en creux par rapport à l’urbain » comme l’exprimait le groupe de travail portant sur la « Structuration de l’espace rural : une approche par les bassins de vie » (INSEE, SCEES l’IFEN, et la DATAR, 2003). Deux recherches menées par certains membres de notre équipe dans le cadre du PUCA et du PREDIT sur un échantillon de territoire situés entre pôles urbains ont permis de faire émerger certains enseignements qui confortent la pertinence de cette approche : isotropie relative du semis des agrégats bâtis et faibles distances les séparant, distribution dense des services . Des potentiels de proximité existent et sont autant d’éléments favorables aux modes de déplacement alternatifs à l’automobile ou à de faibles kilométrages automobiles. Pourtant, ces mobilités alternatives sont souvent un impensé de l’aménagement rural ou périurbain. Partant de ces premiers acquis méthodologiques, nous proposons d’élargir le champ de cette démarche à l’échelle du territoire métropolitain et d’explorer les caractéristiques spécifiques de ces espaces peu denses sur quatre plans : • au plan morphologique de la dispersion des agrégats bâtis (petite ville, bourgs, villages, hameaux), de la configuration des réseaux qui les desservent et du maillage des trames verte et bleue ; • au plan sociodémographique de la distribution des populations, des emplois et des services au sein de ce semis d’agrégats bâtis, afin de déceler l’accessibilité potentielle aux différentes ressources ; • au plan des pratiques de mobilité effectives qui seront reconstituées à partir de travaux statistiques et d’entretiens. Il s’agit de faire ressortir et d’expliquer la « teneur en proximité » de ces territoires ; • enfin, au plan des politiques locales d’aménagement aux différentes échelles de gouvernance et de planification et des dynamiques économiques propres à ces territoires. La synthèse de ces quatre plans permet de faire émerger des systèmes territoriaux différenciés et de déterminer leurs capacités à contribuer au développement de mobilités plus durables. Cette exploration s’appuiera sur l’analyse d’une quinzaine de « prélèvements » (« carrés » de cinquante kilomètres de côté). Ces « carrés», situés en France métropolitaine, recouvriront la diversité des paysages et des héritages ruraux (pays bocager, d’openfield, pays méditerranéen, moyenne montagne). Les termes de l’équation d’une mobilité durable en milieu peu dense L’objectif est de proposer une lecture renouvelée des potentialités de ces espaces peu denses, aujourd’hui considérés comme des territoires perdus pour la mobilité durable. Leur dynamisme démographique actuel est parfois même considéré comme dommageable du point de vue du développement durable. Le but est donc de préciser les termes de l’équation d’une mobilité durable en milieu peu dense. Il s’agit de fournir des outils d'analyse et d’aide à la décision d’aménagement, construits à partir des variables territoriales apparues comme déterminantes dans les pratiques de mobilité (dispersion des établissements humains, distribution des services, configuration des maillages viaires, organisation des transports collectifs, systèmes locaux de production, etc.).
2011
Dans le contexte d’une attention croissante portée aux institutions dans le champ des sciences humaines et sociales (économie, droit, sociologie, histoire…) et d’un intérêt renouvelé pour le thème des origines de la croissance et de la domination européennes à l’échelle du système monde, il apparaît crucial de s’intéresser à une institution, celle des privilèges, qui a structuré pendant toute l’époque moderne l’activité économique dans l’ensemble des territoires et des États européens. Le privilège, entendu comme attribution temporaire d’un espace d’action dans le domaine économique, apparaît comme une ressource pour les États, les collectivités et les individus, un cadre à l’intérieur duquel se sont affirmées des réalités diverses, des corporations de métiers aux grandes compagnies de commerce, des premières formes de propriété intellectuelle de l’inventeur aux entreprises capitalistes industrielles ou de services. De fait, si la capacité des souverains à édicter des normes générales et abstraites pour l’ensemble des sujets est le trait par lequel s’affirme les États modernes, le processus d’assujettissement à une loi générale et un jus commune est loin d’être achevé et général. Dans l’Europe de l’Ancien Régime, celle des sociétés d’ordres, il n’existait, en fait, pratiquement pas de statut général, mais une multiplicité de droits particuliers portés par le privilège, qui ne saurait donc être juridiquement une exception, et ne sera perçu comme tel, jus singulare par opposition au jus commune, qu’à la faveur de la montée en puissance de la notion d’égalité en droit et d’une conception de la loi comme ensemble de normes abstraites applicables à tous. Or, aucun recensement quantitatif n’a jamais été tenté de ces privilèges économiques, que ce soit à une échelle nationale ou européenne. Le but de ce projet est de combler cette lacune, en repérant, comptabilisant et classant les privilèges dans un certain nombre de territoires européens considérés comme significatifs : la France, l’Angleterre, les aires germanique et italienne. Dans ces deux derniers espaces, un choix d’entités politiques et économiques significatives a été fait : la Saxe et Augsbourg pour l’aire germanique, la République de Venise, l’Etat florentin, le Piémont et le duché de Mantoue pour l’aire italienne. La période prise en compte va du XVe au premier XIXe siècle : l’ancienneté des privilèges et leur ancrage dans les réalités socio-politiques médiévales, ainsi que l’acte de naissance du privilège d’invention en 1474 à Venise justifient la délimitation amont du projet. En aval, la permanence des privilèges dans une partie de l’aire germanique après l’épisode napoléonien, en France où le droit issu de la Révolution en assume la réalité sous certaines figures et conditions, en Angleterre où les Patents ne font l’objet d’une réforme qu’en 1852, dans les différents Etats italiens enfin, justifie l’enjambement de la période révolutionnaire et l’inclusion du premier XIXe siècle dans le projet. C’est là un point important de ce projet : ne pas considérer que la Révolution française introduit de facto et de jure une rupture brutale dans les processus et les institutions économiques, mais en explorer la nature et la réalité. L’enjeu du projet PRIVILEGES est clair : il s’agit de comprendre, dans la longue durée de l’existence de cette institution, la manière dont celle-ci contribue à la mobilisation et l’allocation des ressources, à quelles attentes et buts poursuivis elle répond du côté des acteurs et du côté de la puissance publique, et quelles dynamiques économiques, entrepreneuriales, spatiales, elle a contribué à impulser ou à porter.
2011
L'utilisation intensive des ressources souterraines (1000 km3/an) a permit le développement d'une économie agricole dynamique et porteuse de richesse la "groundwater economy". Cependant ce développement a de nombreuses conséquences environnementales : le tarissement des ressources souterraines, la dégradation de la qualité des eaux, la dégradation des sols et des milieux aquatiques. En fonction de la taille des aquifères et l'intensité des prélèvements d'eau, les tarissements des nappes vont jusqu'à 5m/an. Or plus de 10% de la production alimentaire repose sur des ressources souterraines surexploitées. Seule une minorité des surexploitations concerne les nappes fossiles (30 km3/an). Ce projet de recherche analysera la vulnérabilité et les capacités d'adaptation de la "goundwater economy" qui représente un système socio-écologique où les dynamiques sociales et biophysiques sont intimement liées. En effet la groundwater economy combine deux systèmes complexes : 1) le système aquifère où les processus de recharge et d'écoulement naturels se combinent aux processus anthropiques de prélèvements par forage et de ré-infiltration par irrigation; 2) le système social où l'économie générée par l'irrigation provient des agriculteurs eux-mêmes suivant leur capacité d'initiative, d'investissement et de gestion. Le projet tiendra compte de deux types de changement global : 1) le changement climatique et ses impacts sur la ressource; 2) les pressions anthropiques sur les aquifères pour l'agriculture irriguée. L'objectif du projet est de développer une approche intégrée pour analyser la vulnérabilité et les capacités d'adaptation de la groundwater economy au Maghreb face aux changements environnementaux, économiques et sociaux. Nous nous focaliserons sur trois territoires irrigués sur trois aquifères de taille moyenne et grande au Maghreb. Le projet analysera les facteurs perturbateurs qui peuvent impacter négativement les capacités des systèmes aquifères ainsi que les sociétés et les territoires dont la richesse dépend et les possibles adaptations aux changements globaux.. Pour atteindre ces objectifs, des avancées scientifiques seront obtenues sur les dimensions suivantes : la construction d'un cadre conceptuel pour interdisciplinaire pour pouvoir construire un dialogue et un débat parmi différents scientifiques et acteurs autour de la capacité d'adaptation de la groundwater economy, 2) la groundwater economy sera analysée sur trois types de ressources souterraines, selon un gradient de ressource fossile à une ressource totalement renouvelable. L'enjeu méthodologique sera de replacer les concepts de mitigation ou d'adaptation face à caractère renouvelable ou no de la ressource en eau souterraine, 3) le caractère informel de la groundwater economy rend les approches classiques de la GIRE non opérationnelles et nous oblige à trouver une nouvelle voie pour tenir compte de l'incapacité actuelle des politiques publiques pour mettre en œuvre des processus d'adaptation ou de mitigation.
2011
Le raisonnement sous hypothèse, ou raisonnement hypothétique, est un concept clé de la logique. Alors que le projet précédent, encore en cours, étudiait certaines de ses principales propriétés logiques et sémantiques, celui-ci s’en tient au point de vue de la théorie de la démonstration. Ce recentrement rend la collaboration des équipes française et allemande encore plus étroite, puisque l’orientation précédente s’enrichit de nouveaux aspects qui renforcent cette orientation. Le projet principal (MP, i.e. Master Project), auquel tous les participants contribuent, a pour objet le format des systèmes représentant la gestion des hypothèses et les concepts clés de la sémantique déflationniste. Cette ligne directrice se décline alors selon quatre sous-projets (IP, i.e. Individual Project) :1) Preuve et vérité, 2) taxinomie des calculs pour le raisonnement hypothétique d’un point de vue épistémologique, 3) recherche d’un cadre général pour penser dans leur unité ces différents systèmes logiques, 4) recherches historiques sur le développement de ces systèmes de représentation.
2011
Le projet a pour but de confronter pour la première fois, et dans un cadre chrono-géographique étendu, les assemblages céramiques et métalliques des régions centrasiatiques et de l’Indus-Balochistan (bassins de l’Oxus et de l’Indus) du Chalcolithique à l’âge du Fer (Ve-Ier mill. avant J.-C.). La question des interactions culturelles et matérielles entre les régions localisées au Nord et au Sud de l’Hindu-Kush est depuis longtemps débattue grâce aux découvertes réalisées en contextes proto-urbains et urbains sur de nombreux sites d’Asie centrale, d’Afghanistan ou du Pakistan. Toutefois, les observations n’ont été réalisées le plus souvent qu’à partir de pièces isolées remarquables en pierre ou en métaux précieux et de tessons de poterie exceptionnels. Or, les fouilles entreprises depuis plusieurs décennies par les équipes françaises (CNRS-MAEE) et allemandes (DAI) spécialisées sur ces régions ont permis de réunir une très large documentation. A partir de cette dernière, ont été élaborées d’importantes typo-chronologies permettant d’aborder la question échanges de matériaux, de technologies et de formes sous un jour entièrement nouveau et à différentes échelles. Dans cette optique, le projet franco-allemand est fondé sur une approche méthodologique innovante visant à croiser ces données typo-chonologiques à un vaste programme d’analyses archéométriques. Il prendra ainsi en compte une large sélection raisonnée d’échantillons (plusieurs centaines) de poterie et d’objets métalliques provenant de 25 sites majeurs, conservés dans des collections existantes auxquelles l’équipe a accès, en Europe et en Asie. Grâce à la collaboration de laboratoires d’analyses français et allemands reconnus et complémentaires, il reposera sur plusieurs approches particulièrement efficaces pour les études comparatives et de provenance. Pour le métal : la spectrométrie (MC-ICP-MS) et l’analyse par activation neutronique et, lorsque la taille des échantillons le permettra, la métallographie, en vue de déterminer la composition chimique et isotopique des échantillons, d’identifier d’éventuelles sources d’approvisionnement et de caractériser la technologie des alliages. Les résultats permettront : 1) de définir des groupes de métaux, 2) d’identifier des réseaux d’échanges pour le métal et 3) de préciser les interrelations dans les transferts de technologie. Pour la poterie, trois approches principales seront développées : la fluorescence X (XRF) et la spectrométrie (ICP-MS) pour la caractérisation chimique des vases, la pétrographie et les observations macroscopiques pour la caractérisation technique du corpus. Il s’agira de reconstituer les techniques de fabrication (mise en forme, traitement de surface, décorations peintes) et de définir le degré d’innovation, d’élaboration et de complexité des productions étudiées. Le traitement de l’ensemble des résultats des analyses, réalisé conjointement, permettra d’obtenir des données comparatives : 1) à une échelle locale (hétérogénéité des productions vs. homogénéité ; productions exogènes vs. endogènes) et 2) à une échelle régionale et macro-régionale (région vs. une autre région). Sont attendues : une définition de « provinces »/régions céramiques et/ou métallurgiques, en termes de formes et de technologies ; une meilleure compréhension des évolutions et transferts techniques au cours du temps ; et enfin une délimitation des différentes phases successives d’interrelations (phénomènes d’emprunts ou d’imitation, matérialisation et fluctuation des réseaux d’échanges) au sein de l’immense « sphère d’interactions » observée en Asie moyenne à la période protohistorique. L’interprétation des avancées en termes de technologies et d’échanges et leur signification seront également discutées pour répondre à de vastes questions historiques concernant la circulation des matériaux, des biens et des idées et de possibles migrations de populations à l’échelle régionale et extrarégionale (études comparatives avec l’Iran et la Mésopotamie).
2011
Le projet présenté par les deux équipes s’assigne trois objectifs complémentaires : 1) Etablir une comparaison systématique des échanges culturels de l’espace francophone et de l’espace germanophone avec les autres espaces linguistiques ouest-européens à travers une étude quantitative et qualitative d’un certain nombre de vecteurs de la traduction ou de la présence de textes issus des autres cultures relevant principalement des belles lettres, du théâtre ou de l’analyse critique. 2) Reconstituer à la fois l’ampleur des échanges, leur variation dans le temps, dans l’espace social et dans l’espace européen, et établir la sociologie des acteurs de cet échange (traducteurs/trices, éditeurs, milieux théâtraux, animateurs de revue, prescripteurs de lecture, institutions de transmission et de conservation des écrits). 3) Les deux équipes ont choisi de coupler le travail en extension (analyses quantitatives à partir de bibliographies, catalogues, répertoires, index de revues) et en intensité (études ciblées de certains genres, de certains types de livres ou d’auteurs, de certains groupes en charge du transfert et de la traduction). Les deux premiers volets de l’enquête porteront sur la mesure du phénomène de traduction et sur le degré d’intérêt et de réceptivité exprimé pour les œuvres étrangères (du milieu du XVIIIe siècle au début du XXe siècle), et s’appuieront sur des corpus bibliographiques, des corpus de périodiques littéraires et d’encyclopédies. Cette première approche sera complétée par des études de cas et par des approches plus qualitatives sur les différents acteurs de l’importation d’œuvres étrangères, traducteurs et traductrices, journalistes et critiques, éditeurs, libraires et autres intermédiaires, sur lesquels auront aussi été collectées des données de type biographique et institutionnel. Pour le théâtre, on partira des programmes effectifs d’un certain nombre de théâtres de villes de référence ce qui permettra de situer dans l’espace social et national le processus d’importation d’œuvres d’origine étrangère. Pour compléter l’étude de la réception et de l’espace de circulation des textes traduits on s’attachera, en dernier lieu, à l’analyse de la composition d’un certain nombre de bibliothèques privées dont on a conservé les catalogues ayant appartenu à la noblesse ou à la bourgeoisie cultivée entre 1760 et 1910. Au terme de ces différentes enquêtes conjointes on espère : 1. Etablir une cartographie culturelle des flux et circulations des biens culturels et une sociographie des intermédiaires culturels. 2. Mettre à la disposition de la communauté scientifique internationale des banques de données et des publications communes prévues pour proposer la synthèse des résultats et des comparaisons permettant une modélisation globale des processus de traduction et de réception des textes littéraires d’origine étrangère.
2011
Dans une société fondée sur la tradition comme l'était la société mésopotamienne, dans laquelle les fonctions productrices et la gestion du patrimoine étaient très clairement réparties, les femmes jouaient un rôle fondamental dans la production des produits de la vie quotidienne. Dans certains cas, leur rôle dépasse les simples besoins de la cellule familiale et s'intègre dans la production des grands organismes ou dans les circuits commerciaux. Elles sont aussi un élément essentiel pour la conservation et la transmission des richesses et du patrimoine. Les sources écrites du Proche-Orient mésopotamien, administratives, juridiques, économiques, documentent abondamment ce rôle économique des femmes sur une très longue durée de la fin du IIIème millénaire avant notre ère jusqu'à la fin du Ier. Alors que le rapport des femmes au monde du travail a changé de manière spectaculaire dans la France et le Japon contemporains, il est d'autant plus intéressant d'examiner comment dans un passé très ancien, et dans une civilisation très conservatrice, on peut analyser les différents aspects du rôle économique des femmes. L'étude projetée s'articule autour de trois thèmes: 1) «la femme dans la famille»: examiner le rôle économique des femmes dans le groupe familial (activités, productions, diversification, hiérarchie interne). 2) «la femme et l'économie externe»: prendre en compte des systèmes particuliers de production tels que les ateliers féminins des grands organismes palatiaux et religieux mésopotamiens ou la production textile domestique à finalité commerciale des femmes de marchands assyriens au début du IIème millénaire av. n. è. 3) «femme et patrimoine»: étudier le rapport entre la situation sociale et l'autonomie financière chez les femmes de notables et le rôle des femmes dans la transmission des patrimoines privés Chacun de ces thèmes sera examiné pendant la durée du projet (36 mois) sur une période chronologique large, en fonction des documentations écrites disponibles, par tous les participants, japonais et français des deux groupes de recherche. Cette étude donnera lieu à cinq ateliers de travail mutuels: trois au Japon, deux en France, et un colloque final à Paris, présentant la synthèse de ces ateliers et élargissant le débat. Mlle Yoko Wataï, bilingue en japonais et en français, sera plus spécialement chargée du rassemblement, du suivi et de la diffusion des résultats en France et au Japon, pendant la durée du projet.
2011
, Cette demande de financement a pour objet de permettre le développement et la mise en ligne d’un atlas électronique d’histoire de l’art, à partir d’un portail cartographique d’applications dites SIG (systèmes d’information géographiques). Cet atlas, ébauché en 2010 à la suite de plusieurs années de recherches sur les questions d’internationalisation artistique et de représentation cartographique, doit présenter, à l’échelle internationale, nationale et locale, mais aussi dans l’étude de la création artistique, non seulement les localisations d’objets artistiques, mais aussi l’impact des logiques spatiales et cartographiques sur l’histoire des arts. Les arts sont ici entendus au sens large : beaux-arts (peinture, sculpture, arts graphiques, architecture), arts décoratifs, cinéma et musique. ARTLAS doit contribuer à la constitution d'une histoire globale des arts. Un premier volet doit, sur deux années, cibler l’atlas sur les XIXe et XXe siècles. Les deux années suivantes seront consacrées à l’extension chronologique de l’atlas, pour les périodes moderne et médiévale. À terme, le projet devrait parvenir à s’autofinancer, à partir de contributions d’équipes de recherches intéressées par l’utilisation de cartes en histoire de l’art, et d’un retour sur investissement que permettrait la fabrication de cartes animées pour divers acteurs culturels : musées, galeries, collectivités territoriales… La demande de financement concerne 1/ la finalisation technique et scientifique de l’atlas, à partir des techniques géoinformatiques des SIG ; 2/ sa promotion scientifique par un colloque et une publication de livre ; 3/ la construction d’un site web et la publication d’un ouvrage papier constitué des meilleures cartes de l’atlas électronique. Ce projet est porté depuis 2009 par une équipe pluridisciplinaire de jeunes chercheurs venus en majorité de l’histoire de l’art mais aussi de l’histoire, la sociologie, l’économie, la géographie, des études cinématographiques, les lettres et des langues étrangères. Initié par Béatrice Joyeux-Prunel, maître de conférences aux départements d’histoire et Histoire et Théorie des arts de l’ENS Ulm, chercheur à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (IHMC, UMR 8066), il est au cœur d’une collaboration entre les départements littéraires de l’ENS (Histoire et Théorie des Arts, Géographie, Histoire, Sciences sociales, Langues et Littératures étrangères) et pousse ses ramifications vers ses départements scientifiques (Mathématiques et Informatique en particulier). Plus de la moitié des acteurs d’ARTLAS viennent cependant d’institutions extérieures, universités françaises et étrangères : les universités de Paris I, Paris IV, Paris III Sorbonne Nouvelle, Paris XIII, Paris Ouest Nanterre, Lille III, Tours et Rouen, l’INHA, l’EHESS, Sciences Po Paris, la BNF, Manchester University, la Scuola Normale Superiore di Pisa, la Freie Universität Berlin, l’Université Libre de Bruxelles, le Courtauld Institute de Londres, Columbia University et Purdue University (USA).
2008
Causation, in particular in its connection to probability, has emerged as one of the most active fields in philosophy of science and its neighboring fields. Still, the current state of research is incomplete; central issues are starting being tackled only in the recent years or are even not really in the focus. The joint project wants to inquire four such issues: When precisely does a specific event or fact actually cause another event or fact? (As opposed to: what are causal laws?) How precisely are “this-worldly” mechanistic conceptions of causation related to “other-worldly” counterfactual conceptions? How can we have causation on different (micro and macro) levels and how then do the levels relate? And in which sense are causal relations features of objective reality? Whereas the first three subprojects engage in various details of the foundations of causal theorizing, the fourth subproject deepens the philosophical background of the current discussions. All subprojects have their own topic; but they are interrelated, and they will immensely profit from mutual cooperation. Together they will considerably promote the current state of research. For all subprojects, the role of probability is of vital importance; so, probabilistic methodology will be a further uniting component of the joint project. The IHPST and the Philosophy Department of the University of Konstanz are leading institutions for philosophy of science in their countries and have a long-standing cooperation. Thus they create optimal presuppositions For a successful implementation of the joint project.